La Forêt Doit Se Réinventer Face Aux Maladies

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La Forêt Doit Se Réinventer Face Aux Maladies
La Forêt Doit Se Réinventer Face Aux Maladies

Africa-Press – Niger. C’est un vrai paradoxe: la forêt française s’étend, mais elle est malade. Depuis le début du 20e siècle, les arbres annexent les terres délaissées par l’agriculture. Ils s’étendent aujourd’hui sur 17,6 millions d’hectares, selon l’inventaire forestier national (IFN). C’est 900.000 hectares de plus qu’il y a dix ans. Mais au cours de la même période, leur mortalité a plus que doublé. En moyenne, entre 2015 et 2023, les maladies (70 insectes ravageurs et 110 champignons pathogènes recensés), les sécheresses, les tempêtes, les incendies ont détruit 16,7 millions de m3 de bois qui aurait dû rester vivant plus longtemps. C’est une hausse de 125 % par rapport à la décennie 2005-2015. Au total, nous apprend l’IFN, la France compte 159 millions de m3 de bois mort sur pied. 5 % des 2289 millions d’arbres que nous croisons en forêts françaises ont en fait trépassé. S’y ajoutent 8 % des arbres dégradés ou en cours de dépérissement, soit près de 200 millions d’individus.

De plus, l’Office national des forêts (ONF) estime que la moitié de la forêt française va basculer dans des conditions météo inadaptées à ses besoins d’ici à 2100. Le réseau Aforce (Adaptation des forêts au changement climatique), géré par le Centre national de la propriété forestière (CNPF), étudie ainsi, sur plusieurs centaines de placettes dans toutes les régions françaises, près de 150 espèces qui vont s’adapter au climat futur. Mélèze de Sibérie, épicéa d’orient, chêne du Caucase, liquidambar, cèdre du Liban peupleront bientôt la forêt française.

Double peine pour le châtaignier

Originaire d’Asie, le chancre du châtaignier Cryphonectria parasitica est apparu en 1904 aux États-Unis par l’importation de châtaigniers japonais. En 50 ans, ce champignon a fait disparaître du paysage l’espèce américaine Castanea dentata. Il est arrivé en France en 1956, toujours par échange commercial, et a affaibli les populations locales de Castanea sativa dans toute l’Europe. Cet ascomycète se multiplie sous des formes sexuées mais aussi asexuées qui favorisent sa dispersion rapide par le vent. Son mycélium s’insinue dans les vaisseaux puis le bois de l’arbre, provoquant des nécroses d’une couleur rouge ou orange qui peuvent provoquer la mort des gros arbres. Les forestiers et castanéiculteurs n’ont pu que constater les dégâts jusqu’à ce qu’un virus parasite – lui aussi asiatique – du champignon se montre efficace pour stopper les nécroses sans toutefois les faire disparaître.

Mais le châtaignier doit désormais aussi faire face à un insecte, le cynips Dryocosmus kuriphilus, apparu en France en 2007 en provenance de Chine. Cet hyménoptère de 2,5 à 3 millimètres de long provoque des galles qui contractent la surface des feuilles et perturbent floraison et fructification. Il a fait baisser la production française de châtaignes de 50 à 70 %, ce qui explique le prix désormais élevé de ce fruit.

Là encore, un parasite importé de Chine permet de limiter les dégâts. Les guêpes Torymus sinensis infectent les œufs et les larves du cynips avec de bons résultats. Des variétés hybrides créées aux États-Unis issues de croisements entre châtaigniers américains et chinois présentent une bonne résistance au chancre et sont proposées par les pépiniéristes. C’est à ce jour la seule solution pour maintenir la castanéiculture en vie.

La pyrale du buis, un ennemi difficile à combattre

Arrivée d’Asie en 2008, la pyrale du buis Cydalima perspectalis est aujourd’hui présente sur la quasi-totalité du territoire français. Cet insecte ne s’attaque qu’au buis. Sa chenille à la tête noire et au corps vert clair se nourrit des feuilles de cet arbuste au point de le défolier entièrement. Son papillon blanc lustré de 5 centimètres environ émerge en mai. Si ses ravages sont très visibles dans les parcs et jardins ornementaux, ils sont encore plus redoutables dans les forêts. Ces arbustes des sous-bois jouent en effet un rôle important contre l’érosion des sols. Desséchés par la défoliation, ils deviennent des combustibles accélérant la force des incendies. Dans les forêts du Jura, on estime que 80 % des buis sont morts.

La lutte contre un insecte qui n’a pas de prédateur n’est pas simple. Le projet SaveBuxus teste ainsi différents moyens de lutte comme le piégeage de masse, le traitement microbiologique, le lâcher de parasites, l’installation de nichoirs à mésanges. Les gestionnaires de parcs utilisent des produits phytopharmaceutiques à base de bactéries Bacillus thuringiensis. Des piégeages par phéromones sont également utilisés, et même la récolte à la main des chenilles. Mais en forêt, rien n’est vraiment possible, si bien que, dans le Jura, les traditionnelles « tourneries » du buis fabriquant jouets, ustensiles de cuisine, cochonnets de pétanque sont obligées de changer d’essence, tandis que dans les forêts, le buis laisse la place aux ronces.

Les pins maritimes de la forêt landaise menacés par le nématode

Le 3 novembre 2025 est une triste date pour la forêt landaise. Ce jour-là ont été repérés pour la première fois des nématodes dans des pins maritimes de la commune de Seignosse (Landes). Bursaphelenchus xylophilus est un ver originaire d’Amérique du Nord. Il est apparu en Europe pour la première fois en 1988, au Portugal. Spécialisé dans le pin maritime, le nématode pénètre par millions dans les canaux vasculaires, s’y multiplie, bloque la circulation de la sève et provoque une multitude d’embolies. En quelques semaines, les aiguilles du pin rougissent, puis tombent, l’arbre dépérit littéralement sur pied. Ce sont ainsi les 818.000 hectares de sylviculture aquitaine qui sont menacés car le ver se déplace facilement grâce à un coléoptère vecteur, Monochamus galloprovincialis. Tous les pins situés dans un rayon de 500 mètres autour du lieu de découverte vont être abattus d’ici à la fin de l’hiver 2026, et les travaux sylvicoles sont suspendus dans un rayon de 20 kilomètres.

Mais il est fort probable que ce ne sera pas suffisant et la diffusion du nématode est désormais inéluctable. Des projets scientifiques s’intéressent à l’histoire évolutive de l’espèce et tentent de mieux comprendre le fonctionnement démographique du nématode lors de sa phase d’invasion, ce qui devrait permettre à terme d’améliorer les moyens de surveillance et de lutte. Il n’existe pas encore de variétés résistantes ni de prédateurs du ver. Aussi, aujourd’hui, la seule solution viable est de cesser la monoculture du pin pour planter des forêts mélangeant feuillus et résineux.

Les scolytes ravagent les épicéas du nord-est

Une « tempête silencieuse « , déplorent les forestiers du nord-est de la France. Les épicéas y tombent par milliers, vaincus par les scolytes. Cette large famille d’insectes creuse des galeries dans le cambium de l’arbre (la couche sous l’écorce) pour y pondre leurs œufs. L’arbre perd de sa vigueur, ses aiguilles tombent et la mort peut intervenir en quelques semaines. Le principal bourreau des pessières (plantations en monoculture d’épicéas) est un scolyte nommé typographe. L’hécatombe a commencé en 2018, en conséquence d’une succession d’étés chauds. Les insectes rencontrent en effet des conditions favorables à leur reproduction et ils s’attaquent de plus à des arbres affaiblis. Or, les sécheresses de plus en plus longues et les vagues de chaleur frappent des résineux souvent plantés à moins de 800 mètres d’altitude, dans un milieu devenu trop chaud pour eux. Les abattages vont donc se poursuivre, modifiant en profondeur le paysage des régions du nord-est et du Massif central.

Il est difficile de lutter contre les scolytes. La première des stratégies est de surveiller les forêts pour couper les arbres malades afin d’éviter les contaminations. L’ONF a également mis en place des « pièges à phéromones » qui capturent les femelles scolytes. Les forestiers ont ainsi une idée plus précise du degré d’infestation des massifs. En Allemagne, des gestionnaires ont parié sur le « laisser-faire ». Sans intervention, les scolytes se développent mais leurs prédateurs aussi, ce qui peut rétablir un équilibre écologique. Le réseau Aforce teste de son côté les possibles remplaçants de notre épicéa commun: épicéas de Serbie, d’Orient, ou de Sitka.

Après la graphiose, une seconde chance pour l’orme

La première attaque de Ophiostoma ulmi (graphiose de l’orme) a eu lieu en 1916. De nombreux ormes ont su résister à ce champignon. Mais en 1971, la seconde offensive d’un descendant, Ophiostoma novoulmi, a eu raison des ormes champêtres. Selon les travaux de Jean Pinon, chercheur de l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), cet ascomycète est apparu dans le Val-de-Marne, en provenance d’Amérique du Nord via l’Angleterre grâce au commerce de grumes. Dix ans plus tard, il avait envahi la France. Cette souche s’est avérée bien plus agressive que celle du début du siècle. L’arbre emblématique des haies de l’ouest de la France, mais aussi des forêts tempérées et des alignements des boulevards a ainsi quasiment disparu du paysage.

Le mycélium d’Ophiostoma ulmi envahit le réseau vasculaire des branches et du tronc. Le feuillage se flétrit, les branches se dessèchent. La mort peut se produire dans les deux ans. Intervient alors une deuxième phase: les scolytes viennent se nourrir du bois mort. Ils deviennent porteurs des spores du champignon, favorisant sa dispersion. Il n’y a toujours pas de remède à la graphiose. Mais des variétés résistantes arrivent sur le marché, issues d’hybridation entre ormes européens et asiatiques opérées par l’Inrae et son homologue néerlandais Alterra. Des municipalités tentent ainsi la réimplantation de l’espèce. Mais ces arbres sont des clones qui ne peuvent être réimplantés en forêt. Le frêne de Mandchourie et le frêne oxyphylle sont des remplaçants probables en cours de test.

Des solutions attendues contre la chalarose du frêne

Encore un champignon ! Hymenoscyphus fraxineus est arrivé d’Asie de l’Est en Pologne dans les années 1990. Au rythme de 60 kilomètres par an, il a peu à peu envahi tout le continent européen, provoquant d’énormes dégâts chez les frênes (Fraxinus sp) qui représentent la quatrième essence exploitée par l’industrie du bois. Les spores du champignon voyagent au printemps grâce au vent, se déposent et germent sur les feuilles, provoquant des nécroses qui s’étendent tout l’été. Le champignon passe l’hiver sur les nervures des feuilles mortes, dans la litière au pied des arbres, ce qui explique que les frênes des villes soient épargnés par la maladie puisque le cycle ne peut s’accomplir faute d’humus. Plus les arbres sont jeunes, plus ils sont vulnérables et les plantations monospécifiques sont désormais impossibles. Le champignon se propage plus facilement sur des sols humides et sous des climats arrosés en été. C’est pourquoi les frênes poussant dans le pourtour méditerranéen sont épargnés du fait d’étés de plus en plus secs et de températures élevées.

L’exploitation du frêne commun est aujourd’hui très difficile en forêt, mais des espoirs de restauration subsistent. Il existe en effet des frênes naturellement résistants à la maladie. Les forestiers estiment pouvoir faire se multiplier ces individus tolérants. L’arbre ayant un grand intérêt économique, il a fait l’objet de recherches sur sa culture permettant de réduire la pression de la maladie. Les sylviculteurs bénéficient ainsi depuis 2021 d’un ouvrage, Le Frêne face à la chalarose, édité par le CNPF.

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