Aicha Fall
CE Qu’Il Faut Savoir
Le Sénégal fait face à un paradoxe économique où la richesse comptable ne se traduit pas par des liquidités disponibles. Malgré des projets d’infrastructure et des ressources naturelles prometteuses, les entreprises souffrent de retards de paiement et de tensions de trésorerie. Ce phénomène met en lumière la distinction entre solvabilité et liquidité, essentielle pour comprendre les défis actuels.
Africa-Press – Senegal. Une économie peut afficher une croissance soutenue, attirer des investisseurs et multiplier les grands projets tout en souffrant d’un manque immédiat de liquidités. Les chantiers avancent, les annonces se succèdent, mais sur le terrain les entreprises attendent leurs paiements, les banques resserrent le crédit de court terme et les tensions de trésorerie deviennent un frein silencieux à l’activité.
Cette contradiction est particulièrement visible lorsque la richesse reste comptable avant d’être liquide. Une économie peut disposer d’actifs importants, de perspectives favorables ou de recettes futures attendues sans que cela se traduise par du cash disponible pour faire fonctionner le quotidien. Or les salaires, les fournisseurs, les stocks ou les échéances bancaires ne se règlent pas avec des promesses de revenus futurs.
Le cas des finances publiques l’illustre clairement. Un État peut lancer des infrastructures majeures tout en accumulant des retards de paiement envers ses prestataires. Au Sénégal, la question des arriérés intérieurs revient régulièrement dans les discussions budgétaires. En 2024, la Cour des comptes a notamment attiré l’attention sur le poids des engagements non réglés et sur les tensions de trésorerie qui en découlent pour de nombreuses entreprises dépendantes de la commande publique.
Lorsqu’une société de BTP attend plusieurs mois le paiement d’un marché public, elle continue pourtant à payer ses salariés, ses sous-tritants et ses fournisseurs. Le contrat existe, la créance aussi, mais la liquidité manque. Cette situation peut provoquer des faillites dans des entreprises qui semblent pourtant actives et rentables.
La situation bancaire ajoute une autre couche de fragilité. Dans l’UEMOA, le volume moyen hebdomadaire des échanges sur le marché interbancaire a atteint 861,9 milliards de FCFA en février 2026, contre 778,8 milliards en janvier, soit une hausse de 10,7 %, tandis que le taux moyen à une semaine reculait de 4,79 % à 4,19 %. Ces chiffres publiés par la BCEAO montrent une amélioration globale de la liquidité bancaire.
Mais cette abondance apparente ne signifie pas que les PME obtiennent facilement du crédit de trésorerie. La Banque mondiale indique que seulement 22,6 % des entreprises sénégalaises disposent d’un prêt bancaire ou d’une ligne de crédit, et pour les petites structures, les garanties exigées dépassent souvent quatre fois le montant emprunté. L’argent circule dans le système, mais il atteint difficilement les acteurs qui en ont besoin au quotidien.
Le paradoxe se retrouve aussi dans les économies riches en ressources naturelles. Le Sénégal, avec les projets pétroliers et gaziers de Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim, affiche des perspectives de recettes considérables. Pourtant, avant l’entrée effective de ces revenus, les besoins budgétaires restent immédiats et la pression sur la trésorerie publique demeure forte. Les recettes futures ne règlent pas automatiquement les urgences présentes.
La même logique s’observe dans l’immobilier. Une entreprise peut posséder plusieurs hectares de terrain ou un important patrimoine bâti sans être capable de régler rapidement ses échéances si ces actifs ne sont pas facilement mobilisables. Être riche en patrimoine n’équivaut pas à disposer de liquidités.
Cette distinction entre solvabilité et liquidité est souvent mal comprise. La solvabilité mesure la capacité à rembourser sur le long terme. La liquidité concerne la capacité à faire face immédiatement aux obligations courantes. Un pays, une entreprise ou même une banque peut sembler solide sur le papier tout en étant confronté à une crise de trésorerie très concrète.
C’est souvent dans cet écart que naissent les blocages les plus sérieux. L’économie paraît dynamique, mais la circulation de l’argent ralentit. Et lorsque la liquidité se fige, la croissance elle-même peut finir par perdre son élan.
L’économie sénégalaise, riche en ressources naturelles et en projets d’infrastructure, a connu une croissance soutenue ces dernières années. Cependant, cette dynamique est souvent entravée par des problèmes de liquidité, où les entreprises peinent à obtenir les paiements nécessaires pour leurs opérations quotidiennes. Les retards de paiement de l’État et les exigences de crédit élevées des banques exacerbent cette situation, mettant en péril la viabilité de nombreuses PME.
Source: Seneweb





