“Au-delà de la transition : comment concrétiser un Tchad social ?”, une réflexion de Dr. Ahmat Yacoub

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"Au-delà de la transition : comment concrétiser un Tchad social ?", une réflexion de Dr. Ahmat Yacoub

Africa-PressTchad. “Oui pour un dialogue inclusif mais il faut éviter que cela ne se transforme en une assemblée exclusive de genre classique qui ne sert qu’à la prolifération de gourous politiques incontrôlables dont le seul objectif est de se partager le gâteau”, affirme Dr. Ahmat Yacoub Dabio.

​Pour le président du CEDPE, la situation est tellement grave que toute nouvelle autorité – y compris celle qui vient après la transition – doit prendre en compte les priorités suivantes : l’unité, la lutte contre le terrorisme, le dialogue inclusif et la réponse aux attentes de la population.

“Ce vieux concept de dialogue inclusif laisse planer le doute sur les intentions des hommes politiques capables de tout pour désorienter la trajectoire de la seule cible populaire qui est la recherche d’une réconciliation nationale réelle à travers un processus de dialogue profond. C’est pourquoi, au lieu de dépenser de l’argent et perdre du temps dans des rencontres improductives au nom d’un dialogue bidon, il est plutôt préférable de renforcer les capacités des institutions pour mener à bien des discussions cas par cas avec toutes les entités en conflit avec les institutions de l’Etat”, estime Dr. Ahmat Yacoub Dabio.

Et d’ajouter que le moment est donc venu de saisir cette opportunité d’ouverture vers un dialogue profond que tout le monde exige, et d’éviter de jouer à la ruse en tentant de tailler des institutions sur mesure dont la productivité finale n’honore pas le pays.

Pour Dr. Ahmat Yacoub Dabio, “la création d’un ministère de réconciliation est une initiative salutaire surtout que c’est une personnalité compétente à qui ce poste est confié”. Il estime qu’il aurait été souhaitable également de créer une institution de médiation indépendante dirigée par un professionnel. Car “une institution de gestion des conflits forte et indépendante devient un dispositif additionnel nécessaire à ceux mis en place pour assurer le dialogue, la démocratie, l’État de droit et la bonne gouvernance”.


Les attentes des tchadiens sont grandes, notamment face aux conflits intercommunautaires qui ont fait plus de 400 morts depuis le début de l’année. “Il faut tout d’abord reconnaître l’existence des conflits endémiques plutôt chroniques, mal gérés par les six anciens présidents et qui risquent de se poursuivre sous les auspices du 7ème chef de l’État, le jeune général Mahamat Idriss Déby, et au-delà, si la volonté réelle de résoudre sérieusement les conflits ne se manifeste pas”, prévient Dr. Ahmat Yacoub Dabio.

Si les sources des conflits qui minent le Tchad sont diverses, on peut énumérer quatre grandes causes : l’injustice, l’humiliation, la haine et la pauvreté. La plus grande partie des conflits au Tchad sont des conflits relationnels, d’intérêts, d’informations et quelquefois structurels. Le président du CEDPE préconise, avant la tenue d’une conférence pour la paix, de se livrer à des recherches méticuleuses sur les sources des conflits. Cela permettra de cerner les causes et les sources des conflits et d’envisager des solutions.

En tant qu’expert en matière de gestion des conflits, Dr. Ahmat Yacoub Dabio souligne que la réussite d’une réconciliation sérieuse au Tchad doit nécessairement passer par la mise en place d’une Equipe chargée de la paix, composée du ministère de la Justice, du ministère de la Réconciliation, de la Médiature, appuyées par la société civile.

Il met en avant une démarche en quatre étapes : un dialogue interne qui doit impliquer les partis politiques, la société civile, les personnes ressources, les institutions indépendantes ; un dialogue avec les politico-militaires pour déblayer le terrain et rapprocher les points de vue des deux parties ; un dialogue avec la diaspora et les mouvements en exil, notamment pour faire le point sur le rôle de la diaspora tchadienne dans le développement socioéconomique ; et enfin la tenue d’une conférence de paix et de réconciliation (CPR).

Par ailleurs, le dialogue ne doit pas prendre fin avec la réconciliation, mais il doit être une culture en continue pour promouvoir la paix. Ainsi, Dr. Ahmat Yacoub Dabio suggère la mise en place d’un Conseil Supérieur d’études et de recherches sur la prévention et la gestion des conflits (CSERPGC), composé des chercheurs, dont l’objectif est de mener de réflexions sur la prévention et la gestion des conflits.

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