Hongrois, Russes ou Soudanais : le Tchad en guerre par procuration ?

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Hongrois, Russes ou Soudanais : le Tchad en guerre par procuration ?
Hongrois, Russes ou Soudanais : le Tchad en guerre par procuration ?

Mathieu Olivier – envoyé spécial à N’Djamena

Africa-Press – Tchad. Alors que se tient l’élection présidentielle au Tchad, une rumeur persistante fait état de l’arrivée de mercenaires russes du groupe Wagner à N’Djamena, fin avril. Voici ce que l’on sait.

La rumeur est tenace, y compris au sein de l’état-major de campagne de l’un des principaux candidats à l’élection présidentielle, Succès Masra. Un de ses conseillers l’a assuré à Jeune Afrique: « Cent trente mercenaires russes de Wagner ont débarqué au Tchad pour sécuriser la campagne de Mahamat Idriss Déby Itno. » Il n’en est cependant rien.

Le Premier ministre, candidat à la magistrature suprême, se garde d’ailleurs bien de reprendre cette information erronée. « Je ne m’occupe pas encore des relations internationales et de la politique de sécurité du pays. Mais j’espère que ce sera le cas très bientôt », nous a-t-il répondu en souriant le 3 mai, peu avant la fin officielle de la campagne.

Plusieurs sources gouvernementales ont démenti la rumeur auprès de Jeune Afrique. « Aucun mercenaire russe n’a débarqué à N’Djamena et il n’existe aucun accord en ce sens », assure l’une d’elles. « C’est une fake news destinée à pourrir la campagne présidentielle de Mahamat Idriss Déby Itno », explique une autre.

Des Hongrois en attente…

Un accord existe bel et bien entre le Tchad et un pays est-européen pour l’accueil de soldats à N’Djamena, mais celui-ci a été passé avec la Hongrie. Fin 2023, le ministère de la Défense hongrois a ainsi annoncé, lors d’une conférence de presse avec son homologue tchadien, que plus de 200 de ses soldats pourraient être déployés au Tchad en 2024.

Ce déploiement n’a toutefois toujours pas eu lieu. Si un petit nombre d’officiels hongrois le préparent déjà depuis N’Djamena, où ils sont déjà présents, la délégation armée ne devrait pouvoir mettre le pied sur le sol tchadien qu’après un vote favorable de l’Assemblée nationale tchadienne, ce qui pourrait prendre plusieurs mois.

Selon une source diplomatique contactée par Jeune Afrique, ce déploiement, prévu notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, pourrait même ne jamais avoir lieu. Dans l’entourage de Mahamat Idriss Déby Itno, plusieurs personnalités s’y opposent, ce qui pourrait faire échouer le projet porté initialement par le fils du président hongrois Viktor Orban, Gaspar Orban. Ce dernier, un officier de l’armée, est désormais l’un des piliers de la stratégie sécuritaire de son père au Sahel.

…et des Russes au Darfour

N’Djamena a-t-elle cependant bien accueilli des Russes sur son sol à la fin du mois d’avril ? Selon plusieurs sources sur place, une délégation restreinte d’une trentaine de ressortissants russes a en réalité transité par l’aéroport de la capitale, avant de poursuivre sa route vers le Darfour soudanais.

Moscou pourrait avoir envoyé ces supplétifs en renfort aux Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Daglo dit Hemetti. Pourquoi par N’Djamena ? « La capitale tchadienne est une plaque tournante de l’aide envoyée aux FSR, via des hommes d’affaires soudanais réfugiés au Tchad et les réseaux des Émirats arabes unis notamment », explique une source sécuritaire.

Récemment encore, le gouvernement soudanais d’Abdel Fattah al-Burhan, rival d’Hemetti, a dénoncé auprès du Cameroun une présumée livraison à venir de 600 pick-up aux FSR par l’entremise des Émirats arabes unis et qui devaient transiter par le Tchad et la Centrafrique depuis le port de Douala. Faute de preuves, Yaoundé a autorisé leur dédouanement.

La situation au Soudan est l’une des grandes préoccupations du président tchadien de transition, Mahamat Idriss Déby Itno. Le Tchad accueille en effet sur son sol plus d’un million de réfugiés, selon les données des Nations unies. Un chiffre qui ne comprend pas les Soudanais venus s’installer avec leurs biens dans la capitale, précise une source gouvernementale.

« C’est un bouleversement et une charge énorme pour nous, mais nous ne recevons que très peu de soutien de la communauté internationale, ajoute cette dernière. Quand on voit les milliards qui sont dépensés pour l’Ukraine par les Occidentaux, il y a de quoi nourrir une certaine frustration envers eux. »

Source: JeuneAfrique

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