Par Maher Hajbi
Africa-Press – Tchad. Entre retour progressif des investissements, promesse de renégociation, appels d’offres, bras de fer et arbitrage international, l’or noir africain a navigué entre risques et opportunités au cours de l’année qui se clôt.
Malgré la chute des prix de l’or noir, l’année 2025 s’achève dans une relative euphorie pour l’industrie pétrolière et gazière africaine. Si les majors occidentales des hydrocarbures restent de plus en plus sélectives dans leurs projets sur le continent, et que des chantiers d’extraction demeurent en suspens, le continent reste un terrain d’ambitions, après la remise en ordre de marche de plusieurs projets clés.
L’heure du rebond pour TotalEnergies
Malgré les nombreuses critiques des organisations environnementales et humanitaires, TotalEnergies a relancé ses grands chantiers africains, considérés comme des « bombes climatiques ».
En chute, de 705 000 barils équivalent pétrole par jour (bep/j) en 2019 à 450 000 bep/j en 2024, la production combinée de liquides et de gaz de TotalEnergies connaîtra un rebond de poids avec le démarrage, en 2026, de Tilenga, son projet pétrolier en Ouganda, dont la production est estimée à 220 000 bpj.
Suspendu en 2021 après une attaque jihadiste survenue dans la province du Cabo Delgado, le projet Mozambique GNL de 20 milliards de dollars a quant à lui fait l’objet d’une reprise partielle. Malgré le retrait des fonds des agences de crédit britannique et néerlandaise, le groupe tricolore a décidé avec ses partenaires d’apporter des fonds propres supplémentaires, soit 2 milliards de dollars. La phase de production doit se faire entre 2029 et 2030.
En plus de son projet Eacop d’oléoduc entre l’Ouganda et la Tanzanie, TotalEnergies s’attache également à développer de nouveaux chantiers, comme le gisement Venus en Namibie dont les travaux devraient s’accélérer en 2026. Le géant français du pétrole et du gaz mise aussi sur des nouvelles licences en Algérie, au Congo et au Liberia.
ENI muscle son efficience
À la tête d’ENI depuis 2014, Claudio Descalzi est un fervent promoteur de l’exploitation des ressources gazières africaines. Avec la major italienne qu’il dirige, le physicien milanais a acté, en 2025, la décision finale d’investissement (FID) pour Coral Nord, la partie nord du gisement Coral dans le bassin de Rovuma au large du Mozambique, qu’il exploitera via une unité flottante de liquéfaction de gaz naturel (FLNG).
La capacité du projet est estimée à 3,6 millions de tonnes par an et son démarrage est prévu en 2028. Le groupe transalpin a également lancé la phase 2 du projet Congo LNG en avance sur le calendrier. Il portera la capacité totale du projet à 3 millions de tonnes par an, soit 4,5 milliards de m3.
la suite après cette publicité
Le mastodonte gazier italien a, par ailleurs, cédé des participations minoritaires dans ses opérations offshore au Congo et en Côte d’Ivoire – dans les gisements Marine XII et Baleine – à Vitol contre un montant initial de 1,65 milliard de dollars. La transaction devrait s’élever à environ 2,7 milliards de dollars, en raison de la variation de la valeur des actifs au moment de la signature finale du contrat.
L’opération s’inscrit dans le cadre de la stratégie d’optimisation du portefeuille du groupe dédié à l’amont qui consiste à accélérer la monétisation des découvertes par la cession de participations. « Un modèle connu sous le nom de « dual exploration strategy » », a expliqué la direction à JA.
Dangote, l’éternel bras de fer
Aliko Dangote est l’un des hommes les plus riches du continent. Mais est-il le plus puissant? En tout cas au Nigeria, le prince de Kano n’hésite jamais à aller au front pour défendre ses intérêts contre le régulateur pétrolier nigérian et les politiques d’importations de carburant qui, selon lui, sapent les efforts de raffinage local.
L’année 2025 a été marquée par un bras de fer inédit entre le redoutable entrepreneur – à la tête de la plus grande raffinerie du continent, avec une capacité de production de 650 000 barils de pétrole par jour – et le régulateur pétrolier. La situation a contraint deux hauts responsables de l’institution étatique à quitter leurs postes.
Retraité du groupe pétrolier depuis 2023, Nourredine Daoudi a été rappelé pour prendre la tête de Sonatrach.
En Algérie, les majors à l’affût
Pour son premier appel d’offres pétrolier depuis 10 ans, l’Algérie a attiré les poids lourds du secteur. TotalEnergies – en partenariat avec Qatar Energy – a obtenu le périmètre Ahara. Situé à la jonction des bassins prolifiques de Berkine et d’Illizi, le permis couvre une superficie d’environ 14 900 km2 dans le sud-est du pays.
Le groupe italien ENI a, quant à lui, raflé le périmètre Reggane II dans la wilaya d’Adrar. Le groupe public Sonatrach – qui a changé de tête en octobre dernier avec la nomination de Noureddine Daoudi à la place de Rachid Hachichi – détiendra une participation majoritaire de 51 % comme le prévoit la loi algérienne.
Au Sénégal, la promesse inachevée de renégociation
Dirigée par El Hadj Ibrahima Diop, un inspecteur principal des impôts et des domaines à la retraite, la commission d’audit et de renégociation des accords signés sous Macky Sall ne s’est toujours pas prononcée publiquement sur les clauses contestées par le Sénégal.
Alors que la révision des contrats pétroliers, gaziers et miniers a été la promesse phare du nouvel exécutif lors des élections de 2024, la task force d’Ousmane Sonko, créée en 2024, demeure très discrète. Dans l’attente du verdict, Dakar reste engagé dans un bras de fer avec la compagnie australienne Woodside Energy autour des questions fiscales en suspens sur le projet pétrolier Sangomar.
Au Gabon, racheter pour mieux contrôler
Déterminé à voir Libreville peser davantage dans le secteur des hydrocarbures, Brice Clotaire Oligui Nguema a engagé la Gabon Oil Compagny dans une série d’acquisitions d’actifs pétroliers. Après Assala Energy en 2024, contre 1,3 milliard de dollars, le groupe pétrolier public a à la fois mis la main sur les actifs gabonais du groupe britannique Tullow Oil pour 300 millions de dollars, mais aussi sur SMP Afrique, la filiale africaine de la Société de maintenance pétrolière (SMP).
Le rachat du spécialiste du forage et du reconditionnement de puits pétroliers et gaziers, révélé par Africa Business+, est évalué à quelques dizaines de millions de dollars. Les deux opérations permettent au Gabon de renforcer ses opérations de forage, de réduire ses coûts d’exploitation et d’augmenter sa production d’or noir qui avoisine les 70 000 barils de pétrole par jour.
Source: JeuneAfrique
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Tchad, suivez Africa-Press





