100 jours du gouvernement de Saleh Kebzabo : ‘’Le bilan est morose’’, Dr Evariste Ngarlem Toldé

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100 jours du gouvernement de Saleh Kebzabo : ‘’Le bilan est morose’’, Dr Evariste Ngarlem Toldé
100 jours du gouvernement de Saleh Kebzabo : ‘’Le bilan est morose’’, Dr Evariste Ngarlem Toldé

Africa-Press – Tchad. Mis en place le 14 octobre dernier, le gouvernement de transition dirigé par Saleh Kebzabo a 100 jours. Répression sanglante des manifestations du 20 octobre dernier, Commission d’enquête internationale, recrutements polémiques à la Fonction publique,… Le politologue, Dr Evariste Ngarlem Tolde, livre son analyse à Tchadinfos.
1/ La répression sanglante des manifestations du 20 octobre dernier contre la prolongation de la transition a été, comme le reconnait le conseiller aux droits humains du président de transition, une ”mauvaise publicité” pour le pays…

La manifestation du 20 octobre a marqué un tournant dans l’histoire politique de notre pays. Parce que jamais, en une journée, on a enregistré un tel nombre de victimes. Si officiellement le gouvernement a parlé de 50 morts, les partis politiques ayant appelé à la manifestation, les associations de défense des droits humains parlent au bas mot de 200 morts.

Il y a aussi la qualification. Le gouvernement a parlé de rébellion alors que c’était une manifestation pacifique. Ensuite en est-on venu à la suspension (pour trois mois) des partis politiques et associations qui ont appelé à cette manifestation. Décidément, ça a fait que l’image de notre pays a pris un sacré coup. De l’extérieur, les gens ont pointé du doigt le Tchad comme un pays où les libertés fondamentales notamment de manifester, d’expression sont mises à mal. C’est vraiment une très mauvaise publicité pour notre pays.

2/ Des membres d’une commission d’enquête internationale étaient à N’Djamena pour faire la lumière sur ces événements. Mais, son impartialité a été très vite mise en doute…

On a parlé d’une Commission d’enquête internationale qui regrouperait en principe la CEEAC, l’Union africaine, l’Union européenne, et les Nations unies. Malheureusement, ce qu’on a servi à N’Djamena, récemment, ce n’était pas cette composition là. On a vu que c’est spécialement les membres de la CEEAC, les représentants du facilitateur de la RDC, quelques-uns de la CEN-SAD.

On a vu que beaucoup les ont boudés notamment l’Ordre des avocats. On pensait que c’était une mission préliminaire, mais dire déjà que c’est cette Commission internationale qui est venue faire le travail, il faut reconnaître que le gouvernement est en train de creuser sa propre tombe. C’est comme ci l’exécutif a quelque chose à cacher. La mission a accouché d’une souris. On se demande bien s’il y aura encore une seconde commission.

3/Des organes ont été mis en place pour veiller à l’application des résolutions et recommandations du dialogue national. Là encore, le consensus n’y est pas.

Il est difficile d’avoir un consensus sur les questions politiques. Si les organes ont été mis en place pour veiller à l’application des résolutions et recommandations du dialogue national, les questions politiques n’avaient pas véritablement été débattues au dialogue. Ce qui fait qu’aujourd’hui, c’est la coalition au pouvoir qui décide de tout faire.

Vous verrez qu’avec la mise en place des organes comme la Commission électorale nationale indépendante (CENI), sur quelle base les gens vont aller au référendum ? S’agira-t-il d’une reprise totale du fichier électoral, ou alors simplement d’une révision ? Et le découpage administratif correspondra-t-il au découpage électoral ? Ce n’est pas clair dans la tête de tout le monde. Vous verrez que la coalition au pouvoir va se disloquer. A l’approche même de la confection des listes électorales.

4/ Les recrutements notamment des policiers à la Fonction publique ont été dénoncés par beaucoup de Tchadiens qui s’estiment être écartés. Ce que le président de transition a reconnu. Ne devrait-on pas veiller en amont à l’équilibre des différentes régions dans les nominations ?

Le recrutement des policiers à la Fonction publique, tout le monde le sait. Même les conseillers nationaux ont demandé son annulation. Même si le président a promis rectifier le tir. Et ce qui vient de se passer, ce n’est pas la première fois. On a vu des nominations qui ne visent que deux ou trois provinces sur les 23 que compte le pays. Il faut qu’on tienne compte du poids démographique de chaque province. Ou que le recrutement à la Fonction publique se fasse par concours. Les textes sont là, il faut les appliquer.

5/ Le gouvernement a signé un accord avec le groupe d’autodéfense de Miski. Des voix s’élèvent pour dire que le gouvernement accorde plus d’égards aux rebelles et groupes armés. Tout se réduirait à un rapport de force ?

C’est vrai que le pouvoir actuel ne connaît que le langage de la force. Allez signer un accord avec le groupe d’autodéfense de Miski revient à dire que le gouvernement s’est ramené à un niveau d’un groupe d’autodéfense. A quoi sert un gouvernement dans un pays s’il faut aller signer des accords avec des groupes d’autodéfense ? Et combien on en aura si chaque province devra revendiquer un accord avec le gouvernement pour cesser les hostilités ? C’est une très mauvaise approche.

6/ Que retenir de positifs des 100 jours de ce gouvernement ?

On a parlé de refondation du Tchad. Mais, sur quelle base veut-on faire cette refondation ? Après cent jours, le bilan est morose. On retient pas grand-chose de ce gouvernement avec ça et là des accusations de tentative de coup d’Etat, des arrestations, etc. Rien de concret, rien de bon. Chaque jour que Dieu fait, la direction générale de service de sécurité des institutions de l’Etat (DGSSIE) continue de s’armer et se préparer à la guerre.

7/ A quoi faut-il s’attendre dans les semaines, mois à venir ?

On a débarqué le maire de la ville de N’Djaména. Les gens ont annoncé sa destitution avant que les choses ne se passent. On a convoqué les conseillers un dimanche. Il y a un désordre organisé dans notre pays.

Il faut s’attendre à des nominations sans respect des normes administratives. On va s’attendre à beaucoup de surprises. Tel que c’est parti, c’est la déliquescence même de l’Etat. On se demande bien s’il y a un pilote à bord. Il y a des rebellions qui naissent ça et là notamment au sud du pays. Ceux de l’est et du nord sont en train de s’organiser. On s’attend inévitablement à des situations très dangereuses, très incertaines.

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