Sani Yaya : « Le Togo confirme son statut de pays réformateur »

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Sani Yaya : « Le Togo confirme son statut de pays réformateur »
Sani Yaya : « Le Togo confirme son statut de pays réformateur »

Africa-PressTogo. Retour de la croissance, nouvelles infrastructures énergétiques, partenariat avec Dangote, coopération renforcée avec le FMI… JA a fait le point avec le ministre de l’Économie et des Finances.

Nommé ministre du Budget en 2015, Sani Yaya, 57 ans, s’est vu confier un an plus tard le portefeuille de l’Économie et des Finances. L’ancien banquier explique comment le gouvernement entend consolider les acquis des mesures de riposte engagées contre la pandémie de Covid-19 et de quelle façon il s’attelle désormais à réorienter les priorités économiques et à réajuster le Plan national de développement (PND) 2018-2022, afin de relancer la croissance du PIB, lequel devrait se situer entre 0 % et 1 % pour 2020.

Jeune Afrique : À la fin de septembre 2020 , le Togo a annoncé la réévaluation de son PIB. Qu’implique ce rebasage ?

Sani Yaya:

Le Togo a en effet migré vers le système de comptabilité nationale (SCN) 2008. Cette migration a nécessité la définition d’une nouvelle année de base, 2016, pour prendre en compte les changements méthodologiques et capter les mutations intervenues dans la structure de l’économie nationale. Le PIB de 2016, sous le SCN 2008, s’établit à 3 574,4 milliards de F CFA [environ 5,45 milliards d’euros] à prix courants, contre 2 618,1 milliards suivant le SCN 1993, soit une réévaluation de 36,5 % du PIB.

Notre économie subit un choc sans précédent, mais se montre résiliente La mise en œuvre de ce nouveau système a eu des implications sur les critères de convergence, dont le taux d’endettement, qui ressort à 58,5 % en 2016 contre 78,7 % dans l’ancien système. En 2019, il s’établit à 51,9 % et, à la fin de décembre 2020, avec la mobilisation accrue des ressources pour faire face à la crise sanitaire, il devrait atteindre 57,8 %, largement au-dessous du seuil communautaire de 70 % prévu par le pacte de convergence de l’Uemoa et de la Cedeao.

Comment l’économie togolaise résiste-t-elle aux répercussions de la pandémie ?

Elle subit un choc sans précédent, mais se montre résiliente. Alors que beaucoup de pays enregistrent une récession pour 2020, le nôtre affiche en effet un taux de croissance positif de 0,7 %, grâce aux mesures de riposte prises très tôt par le gouvernement et qui ont permis de renforcer la résilience du secteur privé et de maintenir l’activité à un niveau acceptable au plus fort de la crise sanitaire.

Il s’agit notamment de la mise en place de mesures fiscales et douanières pour accompagner les entreprises, en particulier les PME-PMI, et du soutien au secteur agricole. À travers le Mécanisme incitatif de financement agricole [Mifa], l’État mène des actions afin de relancer les activités des maillons des différentes chaînes de valeur pour créer des emplois, les consolider, augmenter les revenus des producteurs et rendre le secteur plus résilient. D’autres actions ont été engagées, notamment à travers des transferts monétaires aux populations les plus vulnérables, réalisés au moyen de la plateforme digitale Novissi [« solidarité »].

Quelles sont les priorités de votre plan de relance ?

Notre stratégie, articulée autour des trois R (riposte, résilience et relance), vise à lutter contre la propagation du Covid-19, à renforcer la résilience du secteur privé et à relancer l’activité économique. Il s’agit d’affermir les capacités productives du pays et d’améliorer sa compétitivité. Nous sommes classés parmi les pays les plus performants au monde en matière d’IDE

Dans la phase de relance, un accent particulier sera mis sur la promotion du secteur privé pour lui permettre de jouer pleinement son rôle de principal contributeur à la croissance économique et à la création d’emplois. Outre le renforcement du Mifa pour accompagner les agriculteurs, une attention particulière sera portée aux jeunes entrepreneurs qui viennent de créer leur activité. Plus globalement, les priorités s’articulent autour des secteurs suivants : agriculture, santé, éducation, sécurité, eau, énergie et économie numérique. Ils bénéficieront d’un appui financier accru de la part du gouvernement.

Pourquoi avoir engagé une révision du PND ?

La crise sanitaire a montré la nécessité de renforcer la protection sociale et la résilience des acteurs économiques face aux chocs exogènes et, donc, de réorienter les priorités du gouvernement à travers une révision du PND. La reprise de l’activité économique au Togo devrait se raffermir, avec une projection de la croissance à + 4,7 % en 2021 [+ 3 % selon les prévisions du FMI], à la faveur de la feuille de route pour la période 2020-2025 portée par madame le Premier ministre, qui traduit déjà les changements à apporter au PND, avec 36 projets structurants et 6 réformes prioritaires.

Quels effets le PND a-t-il déjà produits ?

Le PND 2018-2022, qui entrait dans sa phase d’accélération, a malheureusement été stoppé par les impacts socio-économiques de la crise sanitaire. Toutefois, nous pouvons affirmer que ce plan ainsi que les réformes mises en œuvre – notamment pour améliorer le climat des affaires – ont suscité l’intérêt accru des investisseurs pour notre pays. Depuis 2018, le Togo est classé parmi les pays les plus performants au monde en matière d’investissements directs étrangers [IDE], selon la plateforme Foreign Direct Investment Intelligence. Cette dernière indique par ailleurs dans son rapport intitulé « Greenfield Performance Index 2020 » que le pays a attiré 11 projets d’IDE en 2019.

Cette croissance importante des IDE tient, entre autres, au partenariat signé en novembre 2019 avec le groupe nigérian Dangote pour ­l’implantation d’une usine de production et de transformation de phosphate carbonaté (2 milliards de dollars), ainsi qu’à la construction d’une centrale solaire (21,5 milliards de F CFA) financée par l’émirati Amea Power avec le soutien du Fonds d’Abou Dhabi pour le ­développement.

Plus récemment, le partenariat conclu avec le groupe singapourien Olam et sa filiale Arise pour la construction du Parc industriel d’Adétikopé [PIA]– un investissement de près de 140 milliards F CFA– ­traduit aussi l’engouement des investisseurs pour le Togo et son PND. Les travaux du PIA sont en cours, et des investisseurs ­industriels ont déjà annoncé la volonté de s’y installer, ce qui va encore booster les IDE.

Comment comptez-vous financer la nouvelle mouture du PND ?

Le gouvernement explore toutes les sources de financement, conformément à sa stratégie d’endettement à moyen terme. Le Togo a un bon rating [« notation de la dette »] auprès des agences de notation internationales comme Moody’s et Standard & Poor’s, il peut par conséquent recourir à un eurobond pour financer son développement. Nous travaillons aussi à l’éligibilité de notre pays aux programmes de la Millennium Challenge Corporation (MCC). Nous avons accompli des progrès notables dans divers domaines

Sur 78 pays évalués par la MCC, seuls 25 ont réussi à remplir la carte des scores, et le Togo est classé deuxième pays en Afrique après le Cap-Vert. Une performance qui s’ajoute à celle enregistrée dans les rapports « Doing Business » et « Évaluation des politiques et des institutions en Afrique » (CPIA), de la Banque Mondiale, et dans l’indice sur la bonne gouvernance de la Fondation Mo Ibrahim, qui montrent que notre pays confirme son statut de réformateur.

Quel est l’avenir de la coopération avec le FMI ?

Nous allons poursuivre la coopération avec le FMI afin de consolider les acquis du programme mis en œuvre sur la période 2017-2019, qui a donné satisfaction. Un contact permanent est maintenu avec le Fonds, et nous avons engagé des discussions au cours du mois de décembre 2020 pour préparer le prochain programme.

Sur la période 2017-2019 couverte par le programme appuyé par la Facilité élargie de crédit [FEC] du FMI, le Togo a accompli des progrès notables dans divers domaines, notamment celui des réformes structurelles. Ainsi, à la fin de décembre 2019, le déficit budgétaire global est ressorti à 1,2 % du PIB contre une norme de 3 % au sein de l’Uemoa, et le taux d’endettement, qui était de 81 % du PIB en 2016, a été ramené aux alentours de 70 %, faisant du Togo le seul pays à avoir respecté les critères de convergence de l’Uemoa.

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