Africa-Press – Togo. Godwin Tété Adjalogo, historien, doyen incontesté de la résistance togolaise contre le système politique qui dirige le Togo depuis plus de soixante ans s’en est allé. Grande figure intellectuelle et politique du Togo, il lègue l’héritage de l’exemple du courage en politique et une œuvre littéraire immense, dans lesquels les jeunes générations trouveront de multiples sources d’inspiration.
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Avec le décès ce 23 février, de Godwin Tété Adjalogo, âgé de 98 ans, historien et doyen incontesté de la résistance togolaise contre le clan et le système politique qui dirige sans partage le Togo depuis plus de soixante ans, les citoyens du Togo ont perdu l’une de ses plus grandes figures intellectuelles et politiques.
Ayant eu le plaisir d’être en contact avec lui et d’échanger quelques réflexions communes sur la nature et la sens des luttes sociales et politiques je garde le souvenir d’un infatigable combattant, un véritable monument de la lutte pour la liberté de son pays et de ses compatriotes. Sa vie entière, il n’aura jamais compté son temps pour traquer les injustices et les dérives autoritaires dont le Togo est si souvent le théâtre de manière récurrente.
L’engagement sans faille de Godwin Tété Adjalogo en faveur de l’émancipation du peuple togolais a non seulement marqué et influencé plusieurs générations mais ne doutons pas que le souvenir de ses combats et la justesse de ses analyses guideront encore des générations à venir.
En vrai panafricaniste convaincu, Godwin Tété Adjalogo a naturellement prolongé son engagement contre l’occupation coloniale par celui pour une véritable émancipation qui débordait largement le cadre du Togo, par son soutien pour l’engagement des peuples africains dans leur recherche de souveraineté.
Avec constance Godwin Tété Adjalogo est toujours resté fidèle aux enseignements et aux principes idéologiques acquis durant sa jeunesse militante. Ne négligeant jamais de les réaffirmer lorsque les circonstances l’exigeaient, la rigueur de ses analyses, la constance dans les convictions et l’intégrité de son engagement pour la justice et la dignité, lui ont conféré un statut de référence morale et intellectuelle qui a largement influencé des générations de militants au sein des mouvements de contestation.
Face aux multiples épreuves qui peuvent émailler une vie entière consacrée à la lutte pour l’émancipation, nul n’a jamais décelé chez Godwin Tété Adjalogo, le moindre signe de faiblesse ou de découragement, en particulier lorsque les vents contraires soufflaient avec force.
Je garde le souvenir d’une participation commune dans le débat radiophonique de l’émission Fenêtre sur l’Afrique au cours de laquelle son courage et sa détermination dans le commun combat pour faire accéder son pays, le Togo, au rang de démocratie, s’exprimaient sans la moindre ride que l’usure du temps inflige parfois aux combattants, comme aux jours de ses premiers pas militants, alors qu’il était au crépuscule de sa vie.
Godwin Tété Adjalogo, avait la volonté du combat chevillée au corps et rien d’étonnant si jusqu’à son dernier souffle il n’a eu de cesse de mener la lutte pour libérer le Togo du joug de la dictature.
Godwin Tété Adjalogo, fut un acteur éminent de la vie politique, depuis le temps ou il fallut lutter pour arracher l’indépendance, puis une fois celle-ci advenue construire la démocratie.
Après le bref intermède démocratique interrompu par le coup d’Etat qui entraina l’assassinat du premier président du Togo indépendant, il n’aura jamais ménagé ses efforts dans la lutte pour défaire son pays des chaines de la dictature du clan qui usurpe le pouvoir politique au Togo depuis plus de soixante ans.
On ne peut dépeindre la vie de Godwin Tété Adjalogo, sans évoquer l’historien émérite qu’il fut au long de sa vie et l’immensité de son legs d’écrivain prolixe en assortissant notre propos de sa bibliographie complète.
Il lègue aux jeunes générations un monumental travail en cinq volumes sur l’Histoire du Togo qui balaye l’évolution politique depuis l’époque coloniale De la Colonisation Allemande au Deutschetogobund, puis mandataire, Histoire du Togo. La palpitante quête de l’Ablodé (1940-1960), pour aborder ensuite l’avènement de l’indépendance et la courte parenthèse démocratique, Histoire du Togo ; 1960-1963 Le régime et l’assassinat de Sylvanus Olympio. Il consacrera ensuite plusieurs volumes pour mettre à nu le système dictatorial de père en fils et en décortiquer les arcanes, Histoire du Togo, Le coup de force permanent (2006-2011), Autopsie du développement pernicieux, Le cas du Togo (1963-2013), Histoire du Togo (Tome 5). Il affine ensuite l’analyse dans De la tragi-comédie à la comi-tragédie, où « il analyse le processus qui a fait passer le pays de la tragi-comédie initiée en 1963 à une comi-tragédie inaugurée avec les élections du printemps 2005, en passant par l’instauration de la dictature en 1967. Un pays socialement ravagé, régionalement partitionné et diplomatiquement isolé. » Puis dans Et le peuple togolais de s’insurger pour la démission de Faure Gnassingbé, il étudie « la période de l’histoire du Togo allant de juin 2017 à mars 2018. Période au cours de laquelle la “question togolaise”, née de l’assassinat du président Sylvanus Kwami Epiphanio Olympio en 1963, prendra subitement une tournure dramatique. »
Une fois acquise cette connaissance approfondie il appelle à la lutte de libération. Ainsi, Peuple togolais, que faisons-nous de la terre de nos aïeux, est consacré à l’analyse « la période de l’histoire du Togo allant de septembre 2020 à février 2021. Une clé de voûte pour décrire le processus politique, économique, social et culturel qui a conduit à la dramatisation de la « question » togolaise. », puis dans Peuple togolais, libérons-nous ! Par notre foi, notre courage et nos sacrifices, qui couvre la période de début mai 2020 à fin août 2020, il déduit « grâce à l’analyse de nombreux articles, chroniques, contributions d’auteurs togolais,» qu’« il ressort l’espoir d’une libération du peuple, qui passera inévitablement par un renforcement de l’opposition face à la dynastie au pouvoir. »
Dans La question togolaise, livre qui couvre la période de l’histoire du Togo allant de début avril à fin octobre 2021, Godwin Tété, décrit « le processus politique, économique, social et culturel qui a conduit à la dramatisation de la « question » togolaise », ce qui le conduit à considérer que « le drame fondamental de la République togolaise – que ses pères fondateurs voyaient comme « l’or de l’Humanité » – est que le peuple togolais, en l’état actuel des choses, ne saurait, tout seul, rien qu’avec des bulletins de vote, sortir de la dictature ethno-militaro-clanique plus que cinquantenaire des Gnassingbé. » Puis insiste encore dans Encore la question togolaise, où il met en exergue les points cruciaux qui entravent la marche du Togo vers la démocratie, entre autres « le refus de la transparence électorale, le hold-up de l’élection présidentielle de 2020, le déni du droit et les entraves graves portées à la mise en œuvre de la loi sur la décentralisation, démontrent que les fondations de la démocratie et l’État de droit s’effondrent. Le pouvoir en place ne semble guère préoccupé par les appels au changement et à l’alternance politique qui lui sont lancés de l’intérieur comme de l’extérieur. »
Godwin Tété, n’a jamais oublié le rôle majeur que peut jouer la jeunesse dans le processus de lutte d’émancipation. Ainsi dépeignant Quelques pans cruciaux de l’histoire contemporaine du Togo, il déplore que « La jeunesse togolaise se retrouve privée de la connaissance de l’histoire de son pays, en raison de la politique obscurantiste du despotisme du régime RPT/UNIR… et souhaite « mettre à la disposition de ladite jeunesse quelques pans particulièrement importants de l’histoire récente du Togo, en recoupant plusieurs articles écrits de sa main. » Il continuera ce travail dans les Ecrits circonstanciels de militantisme politique, ouvrage destiné aux « futures générations africaines, pour l’Histoire: en guise de mémoire »…
Dans son travail multiforme et multidisciplinaire de conscientisation Godwin Tété Adjalogo, n’a pas oublié de lier la théorie à la pratique des luttes à travers deux ouvrages majeurs qui couvrent des périodes différentes, Ecrits circonstanciels de militantisme politique (2002-2013), et Ecrits circonstanciels de militantisme politique (2014-2015), qui reprennent dans le même objectif de conscientisation des jeunes générations « de multiples articles “militantistes” antérieurement publiés. »
Sa vie durant, Godwin Tété Adjalogo, a ainsi décortiqué les moindres recoins de la vie politique du Togo sous la domination dictatoriale du clan Gnassingbé.
A l’instar de deux célèbres précurseurs Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, Godwin Tété Adjalogo, a consacré deux ouvrages majeurs sur l’Homme africain. Dans La question nègre il considère que « La question nègre est celle qui porte sur le Destin de l’homme négro-africain. Elle naquit du choc brutal et conflictuel de l’Occident au contact de l’Afrique noire. De nos jours, elle se décline concrètement par: comment se fait-il, qu’à l’orée du troisième millénaire, l’homme négro-africain se trouve encore globalement si vulnérable, si manipulable? Certes, la cause profonde réside dans les nombreux siècles de traite et d’esclavage négriers et dans la colonisation. Mais n’y aurait-il pas, par hasard, certaines pesanteurs endogènes dont cet homme gagnerait à se débarrasser au plus vite? » Puis dans un deuxième ouvrage La question nègre, Parlons-en encore, il « revient sur les causes profondes héritées de nombreux siècles de traite négrière, esclavage, colonisation et néo colonisation, puis s’interroge aussi sur les facteurs endogènes de cette situation. » Enfin dans un ouvrage mémoriel consacré au dossier noir de la traite, Abolition de l’esclavage, La traite et l’esclavage négriers, « il saisit l’occasion du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage pour éditer une étude précise et documentée sur la traite et l’esclavage négriers, en s’intéressant à l’histoire, il n’a jamais déserté le combat du présent. »
On ne saurait évoquer l’œuvre littéraire multidisciplinaire de Godwin Tété Adjalogo, en omettant son engagement panafricain auquel il aura consacré pas moins de quatre ouvrages. Deux sont consacrés à l’un des pères fondateurs du panafricanisme Marcus Garvey: Père de l’unité africaine des peuples, Sa Vie, sa Pensée, ses Réalisations et Marcus Garvey: Père de l’unité africaine des peuples, Tome 2, Garveyisme et panafricanisme. Deux autres à son engagement personnel Ma chétive vie, Parcours d’un militant panafricaniste et Mon testament politique, L’itinéraire d’un panafricaniste.
Alors que s’est tenue à Lomé à la fin de l’année 2025, une pseudo Conférence panafricaine, laquelle dans les faits consacra au plus haut, le « faux panafricanisme » contemporain ambiant, celui des affairistes de toutes espèces, politiciens, acteurs économiques et activistes de la société civile. En la matière, le niveau de réflexion, la qualité et la profondeur d’analyse des travaux publiés en leur temps par Godwin Tété Adjalogo, tranchent singulièrement avec l’indigence et la pauvreté des discours de mercantis entendus à Lomé du 8 au 12 décembre 2025.
A cet effet, en guise d’hommage à leur illustre figure intellectuelle et infatigable combattant de la lutte pour l’émancipation du peuple du Togo, il semble utile de recommander à la jeunesse du Togo une lecture attentive des ouvrages de Godwin Tété Adjalogo.
Cher Godwin Tété Adjalogo, repose en paix !
Que le souvenir de ton combat infatigable guide les pas de tous les amoureux de la liberté !
François FABREGAT





