Africa-Press – Togo. Les alvarezsaures sont des théropodes, c’est-à-dire des dinosaures carnivores bipèdes, apparentés aux oiseaux. Contrairement à d’autres dont la taille est immense, eux sont célèbres pour leurs petites dimensions et leurs bras courts et massifs, terminés par une seule grande griffe surdimensionnée, tandis que les autres doigts sont réduits. La plupart des spécimens bien conservés proviennent d’Asie et datent de la fin du Crétacé (il y a 100 à 66 millions d’années). En Amérique du Sud, en revanche, les restes étaient jusqu’ici fragmentaires, ce qui rendait leur interprétation délicate.
Une « pierre de Rosette » pour comprendre les alvarezsaures
Le premier spécimen d’Alnashetri cerropoliciensis découvert ne comprenait que quelques os incomplets de la patte arrière. « Lorsque nous avons décrit Alnashetri pour la première fois, nous n’avions que quelques os fragmentaires du membre postérieur. Cela suffisait à suggérer qu’il appartenait au groupe des alvarezsaures, mais pas beaucoup plus. Nous ne pouvions même pas dire avec certitude si l’individu était juvénile ou adulte », explique Peter Makovicky, de l’Université du Minnesota, coauteur de l’étude publiée dans la revue Nature.
Avec le nouveau fossile, presque complet, la situation change totalement. « Avec ce nouveau spécimen, nous disposons soudain d’un squelette presque complet. Cela nous donne tout le contexte anatomique: comment le crâne s’articule avec le cou, comment le membre antérieur se compare au membre postérieur, comment les proportions s’organisent. Nous pouvons voir clairement quels caractères sont partagés avec d’autres alvarezsauridés et lesquels sont uniques. »
Alnashetri occupe une position précoce dans l’évolution du groupe. »Il présente déjà certains traits observés chez les alvarezsauridés plus dérivés, mais il en est dépourvu d’autres, comme les bras extrêmement raccourcis et les dents très réduites. » Cette combinaison en fait un intermédiaire clé. « Cela en fait un pont essentiel entre les théropodes plus anciens et les alvarezsauridés tardifs aux anatomies beaucoup plus étranges. En ce sens, il joue le même rôle que la pierre de Rosette: il relie un état bien compris à un autre qui paraissait auparavant énigmatique. »
Miniaturisation: un scénario à revoir
Les alvarezsaures tardifs sont minuscules et présentent des bras très courts, massifs, dotés d’un pouce hypertrophié. Cette morphologie a longtemps été interprétée comme une adaptation à un régime insectivore spécialisé, évoluant en parallèle avec une réduction progressive de la taille corporelle.
« Pendant longtemps, on a pensé que les plus petits alvarezsauridés suivaient un même schéma évolutif: diminution de la taille corporelle, bras de plus en plus courts et robustes avec un pouce agrandi, réduction des doigts latéraux et dents minuscules », rappelle Peter Makovicky. « Ces caractères étaient interprétés comme des adaptations à un mode de vie fondé sur la consommation de fourmis et de termites, évoluant de concert dans le cadre d’une écologie spécialisée. » Alnashetri ne correspond pourtant pas à ce modèle. « Alnashetri complique ce tableau. Il est petit, parmi les plus petits alvarezsauridés, mais ses dents ne sont pas réduites et ses membres antérieurs ne sont pas encore transformés en outils courts et puissants adaptés au creusement ».
Pour le paléontologue, « cela signifie que la petite taille a évolué indépendamment des modifications extrêmes des bras et de la dentition. » En d’autres termes, devenir minuscule ne signifiait pas automatiquement devenir spécialiste des insectes sociaux. « Cela affaiblit l’idée d’un lien simple et direct entre réduction de la taille et alimentation à base de fourmis. Cela suggère plutôt que les alvarezsauridés expérimentaient différentes stratégies écologiques. »
Un petit prédateur dans un désert
Avec une masse estimée à moins de un kilogramme, Alnashetri mesurait moins d’un mètre de long, dont une grande partie pour la queue. « Il vivait il y a environ 95 millions d’années dans ce que nous appelons le désert de Korkorkom, un environnement sableux qui couvrait une grande partie du nord de la Patagonie », précise Peter Makovicky. Ce paysage abritait des sphénodontes herbivores, des serpents encore pourvus de membres, de petits mammifères à dents en sabre, des crocodiliens terrestres et des dinosaures dont quelques géants comme Giganotosaurus et Argentinosaurus.
Son régime alimentaire reste à préciser, mais certaines indications existent. « Son crâne, d’environ sept centimètres de long, porte des dents pointues implantées dans des alvéoles, compatibles avec une alimentation composée d’invertébrés et de petits vertébrés ». Sa survie dans un environnement peuplé de prédateurs plus imposants reposait probablement sur la vitesse. « Avec ses pattes relativement longues, c’était sans doute un animal rapide et agile. Dans un environnement où évoluaient de plus grands prédateurs, notamment le Buitreraptor, la vitesse devait être essentielle ».





