Africa-Press – Togo. En 1802, à Londres (Royaume-Uni), une gravure montre des vaccinés affublés de cornes, de sabots ou de museaux de vache. Moins de dix ans après les premières inoculations réalisées par le médecin Edward Jenner, certains redoutent que cette nouvelle pratique ne transforme le corps humain.
Le tournant survient avec les premières obligations vaccinales sur le sol britannique: une loi impose en effet la vaccination contre la variole dès 1853, puis la renforce en 1867. Dès que l’État légifère, les oppositions se structurent et donnent naissance aux premiers mouvements anti-vaccination. En Grande-Bretagne, la National Anti-Vaccination League fondée en 1867 dénonce une « violation du corps par l’État » et rassemble des foules. Même Louis Pasteur, pourtant figure centrale de la science du 19e siècle est critiqué. Dès 1885, des médecins jugent la vaccination antirabique encore expérimentale et appliquée trop vite.
Face à ces résistances, les pionniers ne disposaient ni d’administration sanitaire, ni de campagnes coordonnées. Ils misèrent donc sur l’exemple direct et la preuve visible. Edward Jenner répète ses inoculations dans les villages du Gloucestershire, entouré de médecins de campagne et de familles venues constater l’effet du vaccin. Louis Pasteur adopte la même stratégie. En 1881, l’expérience de Pouilly-le-Fort (Seine-et-Marne) se déroule devant vétérinaires, agriculteurs et journalistes: les moutons vaccinés survivent, les non-vaccinés meurent tous du charbon.
Nées avec les premiers vaccins, ces peurs n’ont jamais disparu. Les motifs, eux, n’ont guère changé. Une enquête américaine publiée en 2024 dans Public Health Reports identifiait trois raisons majeures: crainte de l’inconnu, peur d’effets à long terme et… vitesse du développement. Comme au 19e siècle !
La circulation des rumeurs en ligne accentue l’hésitation
L’Organisation mondiale de la santé, qui classait en 2019 l’hésitation vaccinale parmi les dix menaces majeures, dénonçait, quant à elle, l' »infodémie » et appelait à des messages « locaux, cohérents et crédibles ». De son côté, Heidi Larson, fondatrice du Vaccine Confidence Project, rappelle que la confiance se construit dans la relation, pas dans les messages venus d’en haut. Or, au début de la campagne de vaccination contre le Covid, la France a privilégié les plateformes nationales au détriment des médecins généralistes.
La circulation des rumeurs en ligne accentue cette fragilisation. Une revue publiée en 2022 dans eClinicalMedicine montre qu’une forte exposition à des contenus critiques sur les réseaux sociaux est souvent associée à une hésitation plus importante. S’y ajoute une défiance envers les autorités sanitaires: selon le Baromètre de Santé publique France de 2023, à peine un peu plus d’un parent sur deux leur fait confiance, un niveau en baisse depuis 2016.
Cependant, un recentrage sur les acteurs de proximité que l’histoire n’a cessé de valider est à l’œuvre. Depuis la pandémie, infirmiers et pharmaciens jouent un rôle accru dans cette nouvelle approche. Cet automne, près de 60 % des vaccinations contre la grippe sont réalisées en pharmacie, et la campagne démarre plus fort que l’an dernier.





