Africa-Press – Cameroun. Invité de l’émission 7HEBDO sur STV, l’analyste politique Benjamin Ngongang a livré une charge frontale et argumentée contre le style de gouvernance du président Paul Biya, pointant l’absence criante du chef de l’État dans les moments de douleur nationale. Une tribune qui résonne comme un diagnostic collectif.
Il y a des mots qui font mouche parce qu’ils disent tout haut ce que des millions de Camerounais pensent tout bas. Sur le plateau de 7HEBDO, l’émission politique de STV, l’analyste Benjamin Ngongang a choisi ses mots avec une précision chirurgicale pour dire ce que beaucoup n’osent pas formuler publiquement: Paul Biya est absent là où un chef d’État devrait être le plus visible — aux côtés de son peuple qui souffre.
« Paul Biya est dans une position d’homme d’État. Montrer sa vie privée ne suffit pas », a déclaré Ngongang, rejetant d’emblée l’argument selon lequel les rares apparitions publiques du président — souvent dans des contextes protocolaires ou festifs — constitueraient une forme suffisante de présence. Pour l’analyste, la stature d’un chef d’État ne se mesure pas à la visibilité de sa vie personnelle, mais à sa capacité à incarner la nation dans ses moments les plus sombres.
Il cite deux exemples concrets, aussi douloureux que symboliques. La tragédie de la falaise de Dschang, qui a coûté la vie à plusieurs Camerounais. Et des drames survenus à quelques pas du Palais d’Étoudi lui-même. « On aurait aimé le voir sur les lieux, aux côtés des victimes, pour dire: Le Cameroun est avec vous », lâche Ngongang. Un geste simple, universel, qui distingue le chef d’État du simple gestionnaire de pouvoir.
L’analyste va plus loin, en convoquant une réalité du quotidien que des millions de Camerounais vivent chaque jour: les coupures d’électricité chroniques qui paralysent foyers, commerces et hôpitaux. « On aimerait aussi le voir se rendre dans un quartier privé d’électricité, discuter avec les populations et interpeller les responsables d’ENEO pour exiger des explications », poursuit-il.
Cette image — le président dans un quartier plongé dans le noir, face aux habitants excédés, exigeant des comptes devant les caméras aux gestionnaires de l’énergie — dit tout de ce que les Camerounais attendent d’un leadership incarné. Ce n’est pas de la démagogie, c’est de la politique au sens premier du terme: gouverner, c’est être présent là où le peuple est en peine.
La déclaration de Benjamin Ngongang touche à quelque chose de plus profond que la seule personnalité du président Biya. Elle soulève la question du modèle de gouvernance qui s’est progressivement imposé au Cameroun: un pouvoir lointain, vertical, peu enclin à la communication directe avec les citoyens, davantage préoccupé par les équilibres internes du système que par les signaux envoyés à la base de la pyramide sociale.
Dans un contexte où les Camerounais font face simultanément à une crise énergétique persistante, une crise sécuritaire dans plusieurs régions, une pauvreté qui ne recule pas et une défiance croissante envers les institutions, la question de la proximité du chef de l’État n’est pas anecdotique. Elle est au cœur du contrat social entre gouvernants et gouvernés.
« C’est là qu’on attend le chef de l’État: dans la proximité avec son peuple, surtout dans les moments de souffrance », conclut Ngongang. Une phrase simple, qui résume à elle seule des années de distance accumulée entre un palais et une nation.





