Africa-Press – Cameroun. Invité de l’émission Droit de Réponse sur Équinoxe TV, l’analyste Augustin Nguefack a livré un diagnostic sans concession sur la situation de la jeunesse camerounaise. Entre fiscalité prédatrice, absence de politique publique cohérente et illusions du militantisme partisan, il brosse le portrait d’une génération sacrifiée — qu’elle soit du RDPC ou non.
Il y a des vérités qui dérangent précisément parce qu’elles ne s’adressent à personne en particulier et concernent tout le monde. Sur le plateau de Droit de Réponse, l’émission politique phare d’Équinoxe TV, Augustin Nguefack a pris le temps de déshabiller, méthodiquement et sans complaisance, la réalité de la jeunesse camerounaise. Non pas pour accabler, mais pour nommer. Car, comme il le dit lui-même: « Il faut expliquer les choses de sorte que celui qui nous regarde se dise: Oui, c’est vrai. »
Premier constat posé par Nguefack, et sans doute le plus concret: le jeune Camerounais qui décide d’entreprendre, en dehors des réseaux du parti au pouvoir, le RDPC, ne bénéficie d’aucun filet de sécurité institutionnel. Pire, il devient immédiatement une cible. « Dès lors qu’il commence à entreprendre, les services fiscaux sont à ses trousses, la police également », observe l’analyste, décrivant un État qui perçoit le jeune entrepreneur non comme une ressource à protéger et à accompagner, mais comme une source de prélèvement à exploiter.
Cette réalité, des milliers de jeunes commerçants, artisans, techniciens et prestataires de services la vivent quotidiennement dans les marchés, les quartiers et les zones industrielles du pays. L’impôt avant l’accompagnement. La contrainte avant l’encouragement. Un modèle à rebours de tout ce que les politiques publiques de développement recommandent pour stimuler l’entrepreneuriat jeune.
Deuxième couche du diagnostic, plus politique celle-là: face à cet abandon structurel, nombre de jeunes en viennent à percevoir l’intégration dans les cercles du RDPC comme la seule voie d’accès aux ressources de l’État. Un calcul rationnel dans un système irrationnel. « Vous voyez des jeunes sans avenir, sans structure, sans encadrement, qui rêvent d’intégrer, d’une manière ou d’une autre, certains cercles du RDPC pour espérer bénéficier de retombées », analyse Nguefack.
Mais même ce pari-là s’avère perdant. Car l’analyste rappelle un chiffre brutal, issu de l’exécution budgétaire 2025: plus de 5 000 milliards de francs CFA ont été inscrits au budget mais non décaissés. Autrement dit, l’argent existe sur le papier, mais ne circule pas dans l’économie réelle. « Le pays souffre, le pays est en difficulté. C’est la réalité », tranche-t-il. Dans ces conditions, même le militantisme partisan ne garantit plus l’accès aux ressources promises. Le RDPC distribue des illusions qu’il n’a plus les moyens d’honorer.
Ce qui donne à l’intervention de Nguefack sa portée réelle, c’est son refus de réduire le problème à une fracture politique entre jeunes du RDPC et jeunes de l’opposition. La jeunesse abandonnée dont il parle, c’est 85 % de la jeunesse camerounaise — toutes obédiences confondues. « Le RDPC n’a aucune boussole pour cette jeunesse, qu’elle soit militante ou non », martèle-t-il.
Une jeunesse sans boussole, c’est une jeunesse qui cherche des issues là où elle peut. Et Nguefack de conclure sur une image aussi saisissante que tragique: « C’est cette jeunesse-là qui meurt en Russie. » Une référence directe au phénomène des jeunes Camerounais enrôlés comme mercenaires dans le conflit russo-ukrainien — ultime symbole d’une génération prête à risquer sa vie ailleurs, faute d’avoir trouvé un avenir ici.





