Bataille Géopolitique au Port de Douala

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Bataille Géopolitique au Port de Douala
Bataille Géopolitique au Port de Douala

Africa-Press – Cameroun. Les révélations exclusives de Jeune Afrique dévoilent l’ampleur des influences étrangères dans le conflit qui secoue le principal port du Cameroun

Derrière l’apparente querelle administrative autour du Port autonome de Douala se cache une véritable guerre d’influence entre réseaux d’affaires internationaux. Jeune Afrique révèle les ramifications géopolitiques d’un conflit qui dépasse largement les frontières camerounaises.

Selon les informations exclusives obtenues par Jeune Afrique, Ferdinand Ngoh Ngoh, le tout-puissant secrétaire général de la présidence camerounaise, entretient des liens étroits avec des milieux d’affaires israéliens. Ces derniers travaillent directement avec Transatlantic D, la société pressentie pour remplacer le géant suisse SGS dans la gestion des scanners du port de Douala.

Cette proximité n’est pas anodine. Elle explique en partie le soutien du bras droit de Paul Biya à Cyrus Ngo’o, le directeur général du PAD, dans son bras de fer contre le ministre des Finances Louis Paul Motaze. Le 30 janvier, Jeune Afrique a appris que Ferdinand Ngoh Ngoh a organisé une rencontre discrète avec Jean-Claude Ayem Mauger, conseiller économique du président Biya, quelques heures seulement après la réunion de crise menée par le Premier ministre.

Face à cette offensive, la SGS, entreprise suisse de certification et d’inspection, ne compte pas abandonner sans combat un contrat juteux qui pourrait courir jusqu’en 2032. Jeune Afrique révèle que René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et figure influente du régime Biya, préside le conseil d’administration de SGS au Cameroun – un détail rarement mentionné mais qui éclaire les véritables rapports de force.

Cette position stratégique de Sadi explique pourquoi le ministre des Finances Louis Paul Motaze bénéficie d’un soutien aussi ferme dans sa volonté de maintenir le contrat avec SGS. Pour ces défenseurs des intérêts suisses, l’argument juridique est simple: les quatre scanners prévus au contrat n’ont été opérationnels qu’en 2022, ce qui repousse mécaniquement la fin du contrat à 2032.

Au-delà des aspects contractuels, Jeune Afrique a pu établir que le Port autonome de Douala représente un enjeu crucial pour le contrôle du commerce en Afrique centrale. Principal débouché maritime du Cameroun, il assure également le transit des marchandises vers le Tchad et la République centrafricaine.

Selon nos sources, le chiffre d’affaires annuel généré par les opérations de scanning dépasse largement les 15 milliards de francs CFA. Un pactole qui aiguise les appétits et justifie l’intensité de la bataille juridique et politique en cours.

Jeune Afrique a appris que plusieurs services de renseignement occidentaux suivent de près cette affaire. Les enjeux sécuritaires liés au contrôle des flux de marchandises dans cette région instable – avec la présence de groupes armés au Tchad et en RCA – ne sont pas négligeables.

La question du scanning des conteneurs dépasse ainsi le simple aspect commercial. Elle touche à la lutte contre le trafic d’armes, la contrebande et le financement du terrorisme dans la région du Lac Tchad.

Pour les observateurs économiques interrogés par Jeune Afrique, cette crise révèle surtout la fragilité du climat des affaires au Cameroun. Comment une entreprise peut-elle planifier ses investissements quand un contrat signé en bonne et due forme peut être remis en cause par un simple changement d’alliance au sommet de l’État?

« Ce qui se passe au port de Douala envoie un signal désastreux aux investisseurs internationaux », confie sous anonymat un diplomate européen en poste à Yaoundé. « Cela montre que la sécurité juridique dépend moins du droit que des rapports de force au sein du régime. »

Jeune Afrique révèle également que plusieurs chancelleries de la sous-région suivent attentivement l’évolution de ce dossier. Le port de Douala étant vital pour les économies enclavées du Tchad et de la RCA, toute perturbation de son fonctionnement aurait des répercussions immédiates sur ces pays voisins.

Des sources diplomatiques indiquent que N’Djamena a même fait savoir discrètement à Yaoundé son inquiétude face à l’instabilité actuelle, craignant que les opérations de scanning ne soient perturbées pendant la période de transition.

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