Africa-Press – Cameroun. C’est une affaire qui ébranle les entrailles du palais d’Etoudi avec l’implication présumé de plusieurs hauts responsables de État proches du président paul Biya.
PRÉDATION ET BANDITISME EN COL BLANC:
Plusieurs hauts responsables de la présidence et certains collaborateurs sont soupçonnés de trafic de devises, d’or et de diamants, en particulier de devises, ce qui plombe les activités économiques de la sous-région.
Une enquête financière d’une ampleur inédite menace d’ébranler les plus hautes sphères de l’État camerounais. Selon des documents confidentiels et des sources sécuritaires concordantes, plusieurs hauts responsables de la Présidence de la République et des collaborateurs directs du Chef de l’État sont formellement soupçonnés d’être impliqués dans un vaste réseau de trafic illicite de devises, d’or et de diamants. Ces activités, dont les montants évoqués dépasseraient le milliard d’euros et le milliard de dollars, porteraient gravement atteinte à la stabilité économique nationale et plomberaient les activités de toute la sous-région CEMAC.
Un système protégé opérant depuis les aéroports nationaux
Le mécanisme mis en lumière est d’une audace qui a laissé les forces de l’ordre « stupéfaites », selon les termes d’un haut-gradé. Les transferts illicites s’opéreraient principalement via les aéroports internationaux de Yaoundé-Nsimalen et de Douala, pourtant des points de passage réputés contrôlés. La particularité du système réside dans le contournement total des autorités douanières et de police.
Les suspects bénéficieraient d’un accès privilégié et exclusif à des zones protégées des aéroports, interdites aux services de contrôle habituels. Les envois s’effectueraient parfois à bord d’avions spéciaux ou diplomatiques, utilisant des circuits et des couvertures qui paralysent toute vérification. « La douane et la police n’ont tout simplement pas accès aux zones où se déroulent ces crimes économiques. C’est un système parallèle qui fonctionne en toute impunité », dénonce une source au sein de la gendarmerie.
Le prétexte du BIR pour un pillage organisé des devises
L’enquête, dont les conclusions ont déjà été bouclées et transmises à l’attention exclusive du Président de la République, Paul Biya, révèle un mode opératoire sophistiqué. D’après les éléments recueillis, d’importantes quantités de devises étrangères seraient extraites du territoire sous le prétexte fallacieux d’achats d’équipements militaires pour le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), l’élite des forces armées camerounaises.
Ce détournement de l’argument sécuritaire, sacré dans un contexte de lutte contre Boko Haram et les séparatistes, permettrait de justifier des transferts massifs. Cependant, les investigations montrent qu’aucun matériel ne correspondant aux montants transférés n’a été livré. L’argent, une fois sorti du pays, serait en réalité rapatrié sur des comptes bancaires offshore dans des paradis fiscaux, servant non pas à équiper l’armée, mais à enrichir des intermédiaires, des banques étrangères et, in fine, les initiés du réseau.
Des plaintes régionales et une crise de confiance majeure
L’impact de ces agissements dépasse largement les frontières du Cameroun. Plusieurs États voisins de la CEMAC auraient officieusement adressé des plaintes, dénonçant le pillage organisé des réserves de devises de la sous-région. Ces sorties massives de capitaux, en violation des règles communes de l’Union Monétaire, contribueraient à assécher les liquidités, à affaiblir le franc CFA et à entraver le financement des économies locales, plombant ainsi tout le tissu économique régional.
Cette affaire place le Président Paul Biya dans une position extrêmement délicate. Les dossiers compromettants sont sur son bureau. Ils impliquent des hommes de son entourage le plus proche, ceux qui sont censés exécuter sa politique et protéger les intérêts de l’État. Le silence, la procrastination ou un éventuel étouffement de l’affaire seraient interprétés comme un aveu de complicité tacite ou d’impuissance face à une mafia interne.
Une attente cruciale: l’action du Chef de l’État
La balle est désormais dans le camp du Président Biya. La crédibilité de ses engagements répétés en faveur de la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance est suspendue à sa réaction. Le pays et la sous-région observent s’il ordonnera des arrestations au plus haut niveau, des révocations immédiates et des poursuites judiciaires sans faiblesse, ou si cette affaire, comme d’autres avant elle, sera enterrée par les arcanes du pouvoir.
L’affaire qui éclate n’est pas un simple fait divers de corruption. C’est la révélation d’un réseau prédatoire institutionnalisé au cœur de l’appareil d’État, détournant l’argument de la sécurité nationale pour piller les ressources du pays et de ses voisins. Elle met à nu la fragilité de la gouvernance économique et la porosité criminelle des institutions censées être les plus sécurisées. Le choix qui s’impose maintenant au sommet de l’État est historique: purger et assainir en risquant de secouer son propre système, ou laisser faire, au prix d’une défiance définitive des citoyens, des partenaires économiques et des alliés régionaux. L’intégrité et la stabilité du Cameroun sont en jeu.
Charly Pierre Moudouba, expert crime économique CEMAC





