Africa-Press – Cameroun. Erigée au rang de Capitale européenne de l’innovation 2026, Grenoble Alpes Métropole a accueilli pour la troisième fois l’écosystème de la tech à l’occasion de Tech&Fest. Placée sous le signe de la souveraineté, cette édition a réuni plus de 20.000 visiteurs, venus pour échanger sur les enjeux du secteur et pour découvrir des initiatives émergentes. Le iForum, en particulier, lieu de rencontre entre start-up et investisseurs, a braqué ses projecteurs sur les projets innovants du bassin grenoblois, et ce, quels que soit leur stade de développement. Du laboratoire à la commercialisation, en passant par les essais pilotes, les scientifiques ont pu présenter leurs idées… et leurs ambitions futures.
Parmi la diversité des thématiques abordées sur le salon, Sciences et Avenir propose une sélection de cinq projets prometteurs en santé et en environnement, ayant émergé sur le territoire alpin.
Kolibri, jouer de la musique aux cellules?
La transfection, c’est-à-dire l’intégration de matériel génétique exogène dans une cellule, est un procédé essentiel dans le domaine médical. Cette technique permet d’étudier la fonction d’un gène, de modéliser des maladies et de développer des traitements, comme des thérapies cellulaires ou géniques. Or, l’efficacité d’intégration des gènes dépend du vecteur et du type cellulaire, avec une difficulté accrue pour les cellules souches et les neurones. La start-up Kolibri a ainsi développé une méthode favorisant l’intégration du matériel génétique en soumettant les cellules en suspension à des ondes acoustiques, sous forme d’ultrasons. « En plus d’atteindre un taux de transfection avoisinant les 98% et une viabilité des cellules de 95%, cette technologie a prouvé son efficacité quel que soit le type cellulaire et l’anticorps de vérification utilisé », énonce Gabriel Dumy, co-fondateur et expert en acoustophorèse. Kolibri a ainsi obtenu le prix « Early Stage » (stade précoce) du programme de sélection du iForum.
Transfection par champ acoustique. Crédits: Kolibrilab
Injectose, remplacer le plastique par la cellulose
Il existe de nombreuses alternatives au plastique, mais la force d’Injectose tient à sa formulation et à sa large gamme d’applications. « Ce que nous avons développé, c’est une nouvelle matière à base de fibres de cellulose. L’ajout d’un lubrifiant aux fibres végétales permet de créer une matrice souple et homogène, compatible avec toutes les presses à injection plastique. », explique Emilien Fréville, fondateur d’Injectose, un projet né au laboratoire LGP2 à Grenoble (CNRS, Université Grenoble Alpes). Plus précisément, toutes les matières végétales contenant de la cellulose (feuilles mortes, algues rouges vertes et brunes, coton…) peuvent être valorisées. Une fois broyées, l’additif biosourcé permettant la liaison y est ajouté à un taux de 5%. La pâte obtenue peut ainsi être utilisée telle quelle dans tous les équipements d’injection et de moulage, déjà installés chez les industriels. Le matériau final est recyclable dans la poubelle jaune. « Pour l’instant, c’est l’industrie cosmétique qui montre le plus d’intérêt. Cette technologie lui permet notamment de recycler les coproduits issus des procédés de transformation. Mais à terme, nous voulons remplacer le plastique partout où c’est nécessaire, comme les bouchons des bouteilles d’eau par exemple ».
Injection de cellulose, comme alternative au plastique, grâce à la formulation de la start-up Injectose. Crédits: Sciences et Avenir
BAM, un biomatériau pour reproduire les tissus du corps
Malgré l’essor des organoïdes (structures miniatures et simplifiées d’un organe, fabriquées in vitro) dans les laboratoires de recherche, ce modèle biologique présente encore des limites. Leur forme en trois dimensions crée des interactions difficilement contrôlables et leur analyse par imagerie demeure complexe. Face à ces contraintes, l’équipe BRM du laboratoire Biosanté (Inserm, CEA, Université Grenoble Alpes) a développé BAM, un matériau composé de polymères biocompatibles. Ces polymères servent de squelette architectural, et sont recouverts d’un film biomimétique reproduisant la composition moléculaire et la rigidité de l’environnement cellulaire ciblé. Cette structure assure un support 3D aux cellules qui se développent dessus, dans un environnement similaire au tissu vivant. « Nous avons porté une attention particulière à ce que ce matériau soit adapté aux techniques d’imagerie, pour faciliter l’analyse des cellules après les expériences. BAM est donc transparent, il est très peu auto-fluorescent, il permet de bien distinguer les cellules les unes des autres, et son architecture et sa rigidité sont modulables », liste Nathan Thibiéroz, doctorant au sein du laboratoire BioSanté.
BeFC, des piles à biocombustible sans métal
Fruits de 20 ans de recherche au CNRS, la technologie BeFC (Bioenzymatic Fuel Cell) est la toute première source d’énergie sans métal au monde. Cette pile en papier contient des enzymes – de la glucose oxydase et de la laccase – permettant de convertir du glucose et de l’oxygène en électricité. « Actuellement, nos piles ont un voltage d’1,5 V (volt), l’équivalent d’une pile AA, et une durée de vie d’un mois. Elles permettent d’alimenter des équipements électroniques à faible consommation et faible durée de vie », commente Julien Fournis, ingénieur chef de produit. « Nous sommes en train de les tester avec un dispositif permettant de mesurer la température de grands prématurés. C’est rassurant de ne pas mettre de métal ou de piles en lithium pouvant fuiter sur la peau de nourrissons ». Cette technologie est également utilisée dans des trackers logistiques pour suivre la chaîne du froid lors du transports de biens. Recyclables et déjà brevetées en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, le prochain objectif de la start-up BeFC est d’augmenter le potentiel électrique et la durée de vie de leurs piles.
TOTEM, vers une médecine personnalisée en oncologie
La prise en charge des tumeurs cérébrales agressives, telles que le glioblastome, se heurte à de multiples échecs thérapeutiques, un problème amplifié par le manque de pertinence des modèles animaux. William Bourgeois, post-doctorant, et François Berger, directeur de recherche à l’Université Grenoble Alpes, se sont donc penchés vers un nouveau modèle d’étude: les tumoroïdes, autrement dit la culture de cellules tumorales provenant d’un patient. La méthode qu’ils ont développée, nommée TOTEM, repose sur le prélèvement d’une partie du tissu cancéreux, qui est déposée sur une fine puce en silicium nanoporeuse, puis encapsulée dans une matrice de bioencre, « reproduisant les forces mécaniques en jeu dans une tumeur ». « Nous avons ainsi montré que pendant un mois, les cellules se développent comme si elles étaient dans le corps humain », déclare William Bourgeois. Le caractère instantané de cette encapsulation et ce mode de culture constitue la force de ce procédé. « Nous mettons en place un kit à destination des hôpitaux et des laboratoires pharmaceutiques, pour qu’ils puissent créer des batteries de tests pour des traitements oncologiques ». Par ailleurs, cette avancée ouvre la voie vers une médecine tumorale personnalisée.
Kit d’encapsulation et de culture cellulaire de tumoroïdes, selon la méthode TOTEM. Crédits: Sciences et Avenir





