Ultimatum D’Expulsion Pour Réfugiés En Centrafrique

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Ultimatum D'Expulsion Pour Réfugiés En Centrafrique
Ultimatum D'Expulsion Pour Réfugiés En Centrafrique

Africa-Press – CentrAfricaine.
La septième République autoproclamée de Touadéra montre son vrai visage. Michel Nicaise Nassin, ministre et oncle du président, ordonne le départ forcé de milliers de réfugiés installés depuis des années sans informer les organisations internationales.

Le régime issu du coup d’État constitutionnel du 30 août 2023 puis du hold-up électoral de Touadéra commence son nettoyage. Le 8 janvier 2026, Michel Nicaise Nassin a signé la note numéro 006 qui donne aux réfugiés présents depuis plus de cinq ans un délai courant jusqu’au 15 mars pour s’inscrire à un rapatriement présenté comme volontaire.

Ce document administratif contourne délibérément les conventions internationales. Passé cette date butoir, le statut de réfugié sera annulé et leur présence jugée irrégulière sur le territoire national, les exposant ainsi à une arrestation puis à une expulsion immédiate.

Le ministre invoque un changement fondamental de circonstances dans les pays d’origine des exilés. Selon lui, les motifs ayant justifié leur fuite n’existent plus et rien ne légitime désormais leur séjour en Centrafrique.

Pourtant, cette analyse omet une réalité bien plus complexe sur le terrain. Les réfugiés n’ont pas tous quitté leur pays uniquement pour des raisons politiques désormais résolues selon les autorités centrafricaines.

Beaucoup ont fui des catastrophes naturelles qui continuent de frapper leurs régions d’origine. D’autres ont échappé à des conflits tribaux ou ruraux qui demeurent actifs et meurtriers dans plusieurs zones de retour envisagées.

La directive de Nassin ne retient qu’une seule option parmi les trois prévues par le droit international. Le cadre juridique reconnaît normalement le rapatriement volontaire, l’intégration locale ou la réinstallation dans un pays tiers comme solutions durables.

En éliminant deux de ces possibilités, le ministre transforme un choix personnel en diktat gouvernemental. Les réfugiés se retrouvent privés de toute alternative réelle et contraints d’accepter un retour qu’ils n’ont pas choisi.

L’agence onusienne chargée de protéger ces populations a découvert l’existence de cette note avec stupeur. L’UNHCR n’avait reçu aucune information préalable du gouvernement malgré son rôle central dans la gestion des dossiers de réfugiés.

Cette mise à l’écart délibérée des Nations unies montre la nature unilatérale de la décision. Les délégués des différentes communautés de réfugiés se sont alors rendus d’urgence auprès des bureaux de l’agence internationale pour comprendre la situation.

Les responsables onusiens ont admis leur totale ignorance de ce projet d’expulsion massive. Ils ont conseillé aux représentants des communautés d’aller rencontrer la Commission nationale pour les réfugiés, l’organe gouvernemental censé coordonner ces questions.

Une délégation composée de représentants de toutes les communautés s’est donc présentée à la CNR. Le secrétaire général Hervey Zouaka a refusé de les recevoir en prétextant un agenda surchargé qui l’empêchait de tenir cette réunion pourtant urgente.

Il a délégué son directeur de la protection pour rencontrer les délégués à sa place. Cet homme s’est montré totalement incapable de répondre aux questions posées par les représentants des réfugiés inquiets de leur sort.

Face aux interrogations sur le financement, les modalités pratiques et les garanties de sécurité, le fonctionnaire a reconnu son impréparation. Il a avoué ne disposer d’aucun élément concret pour éclairer la situation et n’être pas outillé pour débattre du sujet.

La rencontre s’est achevée sans qu’aucune réponse ne soit apportée aux préoccupations exprimées. Les délégués sont repartis les mains vides tandis que l’UNHCR reste dans l’obscurité totale concernant les moyens financiers soi-disant mobilisés pour cette opération.

Le gouvernement affirme pourtant disposer d’un budget permettant d’organiser ces départs groupés. Les documents officiels mentionnent des paquets d’assistance au retour sans jamais préciser leur contenu ni leur montant exact.

Ces promesses floues ressemblent davantage à un appât qu’à un engagement ferme et vérifiable. Aucune trace de cet argent n’apparaît dans les comptes de l’agence onusienne normalement associée à ce type d’opération humanitaire.

Les autorités centrafricaines justifient leur décision par une amélioration générale de la sécurité dans tous les pays d’origine. Cette affirmation ignore les rapports des organisations internationales qui documentent la persistance de violences dans plusieurs régions concernées.

Rappelons que vers la fin 2025, l’UNHCR avait organisé un recensement permettant à chaque réfugié d’exprimer librement son souhait. Les trois options prévues par le droit international leur avaient été présentées et chacun avait fait son choix en toute connaissance.

Ces listes existent et contiennent les préférences individuelles de milliers de personnes. Pourtant, personne au sein du gouvernement ne semble vouloir consulter ces documents qui donneraient une réponse adaptée à chaque situation particulière.

Au lieu d’examiner ces demandes cas par cas, le ministre impose une solution unique. Cette approche monolithique nie la diversité des parcours et des aspirations légitimes de populations qui ont construit leur vie en Centrafrique depuis des années.

L’assistance humanitaire dont bénéficiaient ces réfugiés s’est tarie depuis plusieurs mois déjà. Par exemple, un homme qui s’est cassé le pied dans un accident sur l’avenue David Dacko n’a même pas pu obtenir du paracétamol pour soulager sa douleur.

Il a présenté son ordonnance médicale aux services compétents de l’UNHCR. La responsable canadienne de la protection lui a simplement répondu qu’aucun budget n’était disponible pour couvrir ce type de dépense pourtant minime.

Ce réfugié blessé a dû débourser plus de 70 000 francs CFA de sa poche pour se soigner. Sa famille supporte seule tous les frais médicaux sans aucun soutien de l’agence censée assurer leur protection sanitaire.

Cette situation individuelle confirme l’abandon généralisé dans lequel se trouvent ces populations vulnérables. La protection juridique demeure sur le papier mais toute aide concrète a disparu du quotidien des réfugiés laissés à leur sort.

Ils se retrouvent coincés entre deux menaces qui pèsent désormais sur leur avenir. Soit ils acceptent un retour forcé vers des zones encore dangereuses, soit ils basculent dans l’illégalité totale après le 15 mars.

Le délai imposé par le ministre court jusqu’à cette date fatidique du milieu du mois de mars. D’ici là, des milliers de personnes doivent prendre une décision qui engagera leur vie et celle de leurs enfants sans disposer d’informations fiables.

Les campagnes de sensibilisation annoncées par la CNR ressemblent plutôt à des opérations de pression psychologique. Des bureaux ont été ouverts dans quatorze villes du pays pour faciliter les inscriptions et accélérer le processus d’enregistrement forcé.

Le vocabulaire utilisé dans les documents officiels reste irréprochable sur la forme. On parle de rapatriement volontaire, de solutions durables et de changement fondamental de circonstances dans un jargon administratif bien planifié.

Mais derrière ces formules policées se cache une expulsion programmée et méthodique. Les réfugiés qui refuseront de s’inscrire perdront automatiquement leur statut légal dès le lendemain de la date limite fixée par le ministre.

Ils deviendront alors des étrangers en situation irrégulière sur le territoire centrafricain. Cette nouvelle catégorie administrative les rendra passibles d’arrestation et d’expulsion à tout moment sans aucune forme de recours possible.

Cette épée de Damoclès les oblige à choisir entre deux formes de danger bien réels. Celui qu’ils ont fui il y a des années et celui que crée cette nouvelle réglementation imposée sans concertation ni préparation.

L’opinion internationale reste largement ignorante de ce qui se prépare en Centrafrique. Les grandes organisations de défense des droits humains n’ont pas encore réagi publiquement à cette directive qui bafoue pourtant les principes les plus élémentaires.

Les précédents observés dans d’autres pays montrent comment ces opérations se déroulent habituellement. Une fois le délai écoulé, les autorités procèdent à des contrôles d’identité ciblés dans les quartiers où vivent les réfugiés.

Les personnes interpellées sans papiers valides se retrouvent immédiatement placées en rétention administrative. Elles sont ensuite renvoyées de force vers leur pays d’origine sans que leur sécurité soit vérifiée ni garantie.

La septième République de Touadéra inaugure ainsi son existence par une purge administrative silencieuse. Le ministre Nassin, fidèle serviteur et parent du chef de l’État, applique une politique qui arrange le pouvoir en place.

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