IMC Reprend Activités à Gobolo Après Suspension

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IMC Reprend Activités à Gobolo Après Suspension
IMC Reprend Activités à Gobolo Après Suspension

Africa-Press – CentrAfricaine. Quelques jours après avoir bloqué les opérations minières à Gobolo, le ministère des Mines voit son autorité contournée par une décision venue soi-disant de l’état-major des forces armées centrafricaines.

Le retour la semaine dernière des inspecteurs du ministère des mines à Bangui avait laissé le chantier de Gobolo dans un silence inhabituel. Les ouvriers chinois attendaient des instructions, le géologue sur place hésitait sur la marche à suivre. Personne ne savait exactement comment interpréter cette suspension ni combien de temps elle durerait. Les premiers jours se sont écoulés dans cette incertitude, chacun surveillant son téléphone.

Puis les communications ont commencé à circuler entre Bangui et Gobolo. Le commandant Lamtagué, directeur de la sécurité de l’IMC, a pris les choses en main depuis la capitale où il se trouvait déjà cinq jours avant l’arrivée des inspecteurs. Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre d’un responsable de sécurité, il ne s’est pas contenté de protéger le site. Il a décidé de relancer les opérations.

Les appels téléphoniques se sont multipliés. Lamtagué contactait les responsables chinois restés à Gobolo, leur donnait des directives précises. Selon lui, l’état-major avait autorisé la reprise du travail. Cette version s’est propagée rapidement parmi les employés du chantier. Les Chinois ont reçu le message avec soulagement et se sont empressés de préparer les machines.

Le géologue présent sur le site a tenté de freiner cet empressement. Il connaissait les risques juridiques, savait que défier une décision ministérielle pouvait coûter cher à l’entreprise. Mais sa voix s’est perdue dans le brouhaha des instructions contradictoires. Les Chinois ne voulaient rien entendre, protégés par l’aval militaire qu’ils pensaient avoir reçu.

Face à cette confusion, les responsables du chantier ont contacté l’inspecteur du ministère des Mines basé à Aba. Celui-ci leur a proposé un compromis: nettoyer le gravier déjà extrait, trier ce qui restait en surface, mais ne pas relancer l’exploitation proprement dite. La suspension devait rester en vigueur jusqu’à régularisation complète du dossier.

Mais depuis Bangui, Lamtagué maintenait une version différente. Au téléphone, il répétait que l’état-major avait tranché, que les activités devaient reprendre immédiatement. Les Chinois ont choisi d’écouter celui qui commandait les soldats plutôt que celui qui détenait la compétence administrative. Les engins sont retournés à la carrière dès le lendemain.

Cette situation crée maintenant un vide juridique dangereux. D’un côté, un ministère technique suspend un permis d’exploitation pour non-conformité. De l’autre, le directeur de la sécurité de l’IMC ordonne la reprise du travail en invoquant une autorisation de l’état-major. Entre les deux, les exploitants chinois avancent en sachant qu’ils sont couverts par des uniformes.

Le commandant Lamtagué avait déjà montré son engagement envers les intérêts de l’IMC lors de l’arrivée des inspecteurs. Bien qu’absent physiquement de Gobolo, parti à Bangui cinq jours plus tôt, il coordonnait tout depuis la capitale. C’est lui qui avait autorisé le sergent-chef à mobiliser les soldats pour intimider les agents du ministère. Les armes sorties, le recul forcé des inspecteurs, tout cela s’était déroulé sous ses instructions téléphoniques.

Pendant que les inspecteurs vérifiaient les bâtiments, Lamtagué avait également organisé la disparition des travailleurs illégaux camerounais. Une quarantaine d’ouvriers clandestins ont été conduits vers la forêt par les soldats FACA qui obéissaient à ses ordres. Cette manœuvre a permis de cacher la réalité de la main-d’œuvre illégale, les inspecteurs n’ont trouvé qu’un seul Camerounais resté par hasard.

L’opération de camouflage a réussi grâce à la coordination téléphonique. Depuis Bangui, le directeur de la sécurité donnait ses instructions, ses hommes sur place exécutaient sans poser de questions. Le système fonctionnait avec une efficacité qui témoignait d’années de pratique et de complicité bien établie.

Maintenant installé dans son rôle de décideur parallèle, Lamtagué court-circuite ouvertement le ministère des Mines. Il appelle directement sur le chantier, donne des directives qui annulent celles des inspecteurs, crée un circuit de commandement où l’autorité minière n’a plus son mot à dire. Les Chinois savent désormais à quelle porte frapper quand ils veulent contourner la réglementation.

Cette affaire pousse des nombreux centrafricains à s’interroger: qui détient réellement le pouvoir d’autoriser ou d’interdire l’exploitation minière? Le ministère technique censé réguler le secteur, ou le directeur de la sécurité de l’IMC qui invoque l’état-major pour justifier ses décisions? La réponse change selon les jours et les intérêts en jeu.

À Gobolo, les travailleurs camerounais cachés dans la forêt pendant l’inspection sont progressivement revenus. Ils représentent les trois quarts de la main-d’œuvre, tous sans papiers, tous clandestins. Sans eux, le chantier ne peut fonctionner. Leur retour signifie que le système mafieux a repris ses droits, que les menaces ont porté leurs fruits, que l’argent a parlé plus fort que la loi.

Les inspecteurs du ministère se retrouvent impuissants. Leur mission a abouti à une suspension officielle qui n’est pas respectée sur le terrain. Ils ont documenté des infractions graves, mais leurs conclusions sont balayées par un simple coup de fil du directeur de la sécurité de l’IMC. Leur autorité s’arrête là où commence celle des kalachnikovs.

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