Africa-Press – CentrAfricaine. À 245 kilomètres de Bangui, des ouvriers centrafricains viennent d’être renvoyés par les patrons chinois pour laisser place aux citoyens Camerounais. Une scène qui devient habituelle sur les sites miniers chinois en Centrafrique.
Sur 100% des employés de cette exploitation minière chinoise, 70% viennent du Cameroun. Les Centrafricains représentent une minorité sur leur propre territoire. Pourtant, leurs ancêtres, comme Barthélemy Boganda, Abel Ngoumba, Ange-Félix Patassé, André Kolingba, Jean-Bedel Bokassa ont combattu pour que les richesses du pays profitent d’abord à leurs enfants. Mais cette logique semble avoir disparu depuis quelques années.
Vers la fin -décembre 2025, les ouvriers camerounais ont annoncé à leur chef chinois leur départ pour le Cameroun. Ils voulaient rentrer au pays pour les fêtes de fin d’année. Leur patron chinois refuse, et continue de refuser. Il a tenté de les retenir, mais les camerounais ont refusé net. Ils sont partis malgré l’opposition de leur chef chinois, laissant l’exploitation presque vide.
Cette absence forcée a créé un vide qu’il fallait combler rapidement. Le travail prenait du retard et les machines restaient immobiles. L’entreprise a alors contacté les quelques Centrafricains présents pour qu’ils trouvent des remplaçants. Des conducteurs d’engins et des manœuvres ont répondu à l’appel sans hésiter.
Ces nouveaux recrutés connaissaient parfaitement le métier. Beaucoup avaient l’expérience nécessaire pour faire tourner les bulldozers et autres machines lourdes. Ils ont travaillé depuis fin décembre jusqu’à janvier sans hésiter, contents d’avoir enfin accès à ces emplois. Leur satisfaction n’allait pourtant pas durer longtemps.
Mi-janvier, les Camerounais sont de retour. Surprise! Tout le monde croyait qu’ils sont partis pour tout bon. Mais non! Ils s’imposent de force. Mais à leur retour, ils ne sont pas revenus seuls, loin de là. Ils ont amené leurs frères, leurs cousins, d’autres membres de leurs familles. Le patron chinois a pris sa décision sans la moindre hésitation.
Tous les Centrafricains recrutés en urgence ont été renvoyés. Aucune explication n’a été donnée, aucune indemnité versée. Les Camerounais ont repris leurs postes et les nouveaux arrivants ont été embauchés immédiatement. Les travailleurs centrafricains se sont retrouvés sur le carreau du jour au lendemain.
Cette préférence affichée pour la main-d’œuvre camerounaise interroge profondément. Pourquoi les exploitants chinois favorisent-ils des étrangers plutôt que des centrafricains? La stratégie reste floue et personne ne semble vouloir enquêter sérieusement. Peut-être jugent-ils les Camerounais plus dociles ou moins revendicatifs.
Le pire reste l’absence totale de contrats de travail. Les Centrafricains bossent sans papiers, sans protection sociale, sans garanties. Tombe malade, tu te débrouilles seul. Meurs sur le chantier, ta famille ne touchera rien du tout.
Le code du travail centrafricain prévoit pourtant des obligations claires. Mais sur les sites miniers chinois, ces textes n’ont aucune valeur. Ils restent lettre morte et personne ne vient les faire respecter. Le ministre du Travail demeure dans ses bureaux climatisés de Bangui.
L’inspection générale du travail ne se déplace jamais sur le terrain. Ces autorités ignorent volontairement ce qui se passe à quelques centaines de kilomètres de la capitale. Ou alors elles savent et choisissent de fermer les yeux délibérément. Les deux hypothèses sont également accablantes pour les travailleurs abandonnés.
Pendant ce temps, les Camerounais travaillent sans autorisation officielle. Ils n’ont pas de permis de travail en bonne et due forme. Ils franchissent la frontière, on les embauche directement, on les paie, point final. Aucun contrôle n’est effectué par les services compétents.
L’ambassade de Chine à Bangui affirme que ces accusations sont mensongères. Mais ses représentants ne vont jamais vérifier sur place la réalité des faits. Le Haut conseil de la communication, lui aussi, préfère nier plutôt que d’investiguer. Quand des journalistes dénoncent ces pratiques, on les accuse de propager de fausses informations.
Cette situation dépasse largement le simple cas de Yaloké. Elle concerne l’ensemble des sites d’exploitation tenus par des entreprises chinoises. Partout, le même schéma se répète inlassablement. Les Centrafricains sont relégués aux tâches subalternes quand ils ne sont pas purement exclus.
Et quand on daigne les employer, ils touchent la moitié du salaire versé aux travailleurs venus d’ailleurs. Cette discrimination salariale s’ajoute à l’humiliation du licenciement arbitraire. Difficile de ne pas penser aux sacrifices consentis par les générations précédentes. Ceux qui ont lutté pour l’indépendance croyaient bâtir un pays différent.
Ils imaginaient que les ressources nationales serviraient d’abord les nationaux. Aujourd’hui, leurs petits-enfants assistent impuissants à la captation de ces richesses. Mais il faut dire la vérité. Le dictateur de Bangui Faustin-Archange Touadera ne peut certes pas tout contrôler dans ses moindres détails. Ses journées sont remplies de dossiers urgents qui s’accumulent sur son bureau.
Mais justement, c’est pour cela qu’existent des ministres et des inspecteurs. Chacun devrait assumer ses responsabilités dans son domaine précis. Or la chaîne est brisée et les relais institutionnels ne jouent plus leur rôle. Le système fonctionne à vide pendant que les citoyens souffrent.
On parle de la septième république dans les couloirs du pouvoir. Mais à quoi bon prolonger un mandat qui ne garantit pas aux citoyens le droit élémentaire de travailler? Comment justifier une telle ambition quand les mécanismes de protection les plus basiques sont défaillants? Les travailleurs centrafricains se posent ces questions avec une amertume grandissante chaque jour.
À Yaloké, le site minier continue de fonctionner normalement. Les machines tournent sans interruption et l’or sort de terre. Les camions chargés prennent la route vers des destinations inconnues. Mais pour les habitants de la zone, le spectacle est celui d’une dépossession qui ne dit pas son nom.
Ils voient partir les richesses sans en tirer le moindre bénéfice durable. Ils regardent des étrangers occuper des postes qu’ils pourraient parfaitement tenir. Et ils constatent que leurs propres autorités ne font rien pour inverser cette logique
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