Africa-Press – CentrAfricaine. À Obo, à peine le premier ex-milicien sorti du coma suite à sa torture sauvage, le deuxième vient d’être capturé par ces forces du désordre et de chaos dans la ville.
Souvenez-vous, le vendredi 6 février dernier, Obo avait vécu quatre heures de terreur. Dès quatre heures du matin, gendarmes, policiers, soldats et mercenaires russes avaient encerclé la ville pour ratisser chaque quartier. Cette opération massive s’était soldée par l’arrestation d’un jeune pharmacien du quartier Banguito, ancien milicien azandé formé puis intégré dans l’armée nationale avant d’être désarmé et reconverti dans le commerce. Conduit au poste de gendarmerie, il avait été roué de coups jusqu’au coma avant d’être transporté d’urgence par sa famille à l’hôpital où il venait tout juste de reprendre connaissance.
Et comme si cela ne leur suffisait pas, ce lundi 9 février, à peine 3 jours plus tard, le même scénario s’est reproduit dans la même ville. Les mercenaires russes accompagnés des forces du désordre ont procédé à une nouvelle arrestation ciblée. Leur victime porte elle aussi le profil d’ancien milicien azandé formé puis intégré dans l’armée nationale. Comme la première victime encore hospitalisée, cet homme avait déposé les armes lors du désarmement imposé par les mercenaires avant de reprendre une existence paisible dans la ville.
L’interpellation n’a pas concerné uniquement les ex-miliciens. Un jeune civil l’accompagnait au moment où les hommes en uniforme l’ont appréhendé. Les raisons exactes de son implication demeurent floues, et personne ne connaît vraiment les motifs qui ont justifié sa capture. Les témoins rapportent que les deux individus ont été embarqués rapidement, sans explication ni possibilité de résistance.
Sur le terrain, le dispositif mobilisé mêlait différentes composantes dans une confusion totale. Gendarmes, policiers et soldats agissaient ensemble sans que la hiérarchie ne soit clairement établie. Cette absence de rôles définis amplifie le sentiment d’arbitraire ressenti par la population locale, qui ne sait jamais quelle institution pilote réellement ces opérations musclées menées dans leur ville.
L’enchaînement de ces arrestations visant spécifiquement d’anciens miliciens azandés ayant servi dans l’armée provoque de vives inquiétudes à Obo. Beaucoup y voient une campagne délibérée pour éliminer toute figure susceptible de représenter une autorité morale ou technique au sein de cette communauté. La rapidité avec laquelle une deuxième victime a été capturée après la première renforce cette perception d’acharnement.
Les familles des personnes arrêtées vivent dans l’angoisse depuis l’enlèvement de leurs proches. Elles redoutent que le même scénario funeste ne se répète, avec son lot de brutalités et de souffrances infligées loin de tout regard extérieur. L’expérience du premier ex-milicien, toujours hospitalisé après les sévices endurés, sert de sinistre référence à ce qui pourrait advenir cette fois encore.
Dans les quartiers d’Obo, la peur s’installe durablement. Chacun se demande qui sera le prochain sur la liste, quel sera le prétexte invoqué, quelle sera l’issue de ces rafles successives. Cette situation génère un climat de méfiance généralisée où personne ne se sent vraiment à l’abri des prochaines descentes, surtout parmi ceux qui partagent le même profil que les victimes.
Les rancœurs accumulées risquent de laisser des traces profondes dans les esprits. Même si des paroles de réconciliation venaient à être prononcées un jour, les blessures infligées ne disparaîtront pas du cœur de ceux qui les ont subies. La mémoire collective conserve longtemps le souvenir des injustices vécues, et les victimes n’oublient jamais ce qu’elles ont enduré.
Certains observateurs estiment que cette stratégie de répression pourrait produire l’effet inverse de celui recherché. En attisant la colère et le ressentiment, les auteurs de ces actes préparent peut-être le terrain à des réactions futures qu’ils ne maîtriseront plus. L’histoire a souvent montré que la violence engendre la violence, dans un cycle dont il devient difficile de sortir une fois enclenché.
Le préfet Léonard Mbélé continue d’ailleurs de solliciter activement l’intervention des mercenaires russes dans une ville qui ne connaissait pourtant aucun incident armé. Contrairement à Mboki, Djema, Zemio ou Bambouti qui ont été le cadre d’affrontements, Obo restait calme avant ces opérations répétées menées par les forces du désordre. Aucun coup de feu n’y avait retenti depuis le début des troubles l’année dernière dans la région.
Pour l’heure, le sort de l’ex-milicien arrêté lundi dernier demeure incertain. Nul ne sait dans quelles conditions il est détenu, ni quel traitement lui est réservé entre les murs de la gendarmerie. Son compagnon d’infortune partage vraisemblablement le même destin, plongé lui aussi dans l’inconnu
Source: Corbeau News Centrafrique
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