Africa-Press – CentrAfricaine.
À Gomonion, l’Industrie Minière de Centrafrique (IMC) a remplacé un délégué du personnel élu par les travailleurs par un autre désigné par la direction chinoise de l’IMC.
Rappelons qu’il y’a plusieurs mois, les employés avaient choisi leur représentant selon la procédure normale prévue par le code du travail centrafricain. Mais quelques mois après son élection, ce délégué a défendu les droits de ses collègues devant les responsables chinois. Cette prise de position a rapidement déplu à la direction de l’IMC qui a décidé de réagir.
Les chinois ont décidé de frapper. Ils ont tout d’abord changer le délégué choisi par les employés, puis le déplacer dans un poste reculé, loin de tout contact avec les ouvriers qu’il représentait. Les chinois ont commencé à intimider les employés, disant que celui qui continue de suivre les instructions de l’ancien délégué ne va pas être payé, et son salaire va être versé par le délégué qu’il soutient.
D’ailleurs, cette façon de procéder rappelle le fonctionnement des syndicats en Chine, où les instances représentatives dépendent directement du pouvoir et des directions d’entreprises. Ce modèle semble avoir été transporté tel quel à Gomonion. On se demande alors quelle législation s’applique réellement sur ce site minier.
En plus du changement du délégué, les licenciements se sont multipliés ces derniers mois sans qu’aucune procédure écrite ne soit respectée. Des ouvriers quittent le chantier du jour au lendemain, sans lettre de rupture ni notification officielle. Certains cumulent pourtant près de deux, trois ou quatre ans de service, tous payés à la journée, sans avoir jamais signé le moindre contrat.
De toute façon, les chinois ont bien compris au départ. La sécurité du site repose sur des hommes en armes, et c’est un commandant des forces armées centrafricaines qui occupe le poste de directeur de la sécurité de l’IMC. De facto, les soldats déployés sur les différentes bases minières chinoises appliquent les décisions prises par les responsables chinois. Dès qu’une tension apparaît, les militaires interviennent pour faire taire toute contestation.
L’inspection du travail n’a jamais visité le site pour vérifier si le code centrafricain est respecté. Le ministère du Travail ne semble pas, en tout cas selon notre constat, au courant de ce qui se passe au sein de l’entreprise IMC, y compris sur le site de Gomonion. Les Chinois fonctionnent comme si le pays n’avait ni loi ni autorité, persuadés que l’argent suffit à acheter tous les silences.
Cette situation devient encore plus pire quand on découvre la composition du personnel. Entre 75 et 80 % des employés sont des Camerounais travaillant sans papiers sur le territoire centrafricain. Ces ouvriers étrangers sont embauchés sans titre de séjour ni autorisation de travail valide.
Même du côté chinois, les choses sont étranges. Seuls deux ou trois responsables possèdent des documents en règle. Les autres Chinois présents sur le site opèrent sans papiers officiels. Ils viennent du côté du Cameroun et rentrent sur le territoire national sans papier. Il suffit que le commandant, directeur de sécurité de l’IMC les transportent dans son véhicule, et ils rentrent sans souci sur le territoire national. On se demande comment une telle situation peut perdurer sans que personne n’intervienne.
Les Chinois de l’IMC répètent que le président centrafricain est dans leur poche. Cette affirmation circule ouvertement parmi les employés et les habitants de la zone. Ils agissent comme si aucune loi ne pouvait les atteindre, comme si le territoire centrafricain leur appartenait.
À Gomonion, les ouvriers ne savent plus à quel cadre légal se référer. Le droit centrafricain existe sur le papier, mais c’est un autre système qui fonctionne dans les faits. L’IMC décide seule de qui peut parler au nom des employés et de qui doit partir.
Le site extracteur d’or emploie des milliers de personnes dans des conditions opaques. Aucun registre du personnel n’est tenu publiquement. Les salaires sont versés sans fiche de paie. Les horaires changent selon les besoins de production sans préavis ni justification.
Les autorités centrafricaines savent que ces entreprises rapportent de l’argent, même si peu de ces revenus profitent à la population. La corruption permet aux Chinois de fonctionner en dehors de tout contrôle. Les ministres reçoivent des avantages, les commandants militaires obtiennent des postes lucratifs, et le système se maintient.
Les employés de l’IMC se demandent dans quel pays ils travaillent vraiment. Les lois centrafricaines ne semblent pas s’appliquer à Gomonion. Le code du travail reste un document théorique qui n’a jamais franchi la porte de cette mine d’or.
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