Africa-Press – CentrAfricaine. Le 28 décembre, les centrafricains votaient dans le chaos des fraudes massives. Au même moment, les réseaux sociaux subissaient un bombardement informatif. Accusations contre l’Occident, fabrications mensongères: une machine de propagande russe inondait les plateformes avec une intensité jamais vue auparavant.
Tout démarre le 29 décembre à 8h13. Un message circule dans une boucle Télégramme proche du Kremlin, reprenant un article de RIA Novosti. Dmitri Podolski, conseiller du dictateur Touadéra et homme de confiance des Russes à Bangui, y accuse Paris d’avoir voulu “manipuler les élections” par des pressions financières.
Une minute après, Sputnik Africa diffuse exactement les mêmes accusations sur X. Le texte est quasiment identique, mot pour mot. La synchronisation interroge déjà.
Dans la demi-heure qui suit, plusieurs comptes se présentant comme “panafricanistes indépendants” reprennent l’information sur Facebook et X mot pour mot, lettre pour lettre. Le contenu, l’angle choisi et parfois les phrases entières sont copiés-collés depuis les sources russes.
En moins de deux heures, huit publications distinctes diffusent cette même accusation. L’examen des profils montre qu’ils sont basés en Russie ou dans les pays de l’Alliance des États du Sahel. La spontanéité affichée paraît douteuse.
Une deuxième vague survient rapidement. Cette fois, la cible change: l’Union européenne. Des publications affirment qu’une délégation officielle d’observateurs européens supervise le scrutin centrafricain. L’information, attribuée à une interview de Podolski diffusée par l’agence TASS, se répand via des médias connus pour servir les narratifs russes.
Après enquête, cette délégation n’existe pas. L’ambassadeur de l’Union européenne à Bangui confirme qu’aucune mission n’a été envoyée, faute de demande des autorités locales. Des journaux centrafricains comme la radio Ndèkè-Luka démontent rapidement le montage.
Les prétendus “observateurs” sont en réalité des individus liés aux réseaux russes, mandatés sans aucun cadre institutionnel européen. La manœuvre apparaît limpide: inventer une présence occidentale fictive pour mieux la dénoncer ensuite.
Ce schéma renforce le discours anti-européen et valorise par ricochet la présence russe et Wagner en Centrafrique. Les deux épisodes obéissent au même protocole: un narratif préparé à l’avance, lancé par les médias d’État russes, puis amplifié par des influenceurs affichant un panafricanisme de façade.
Derrière les discours sur la souveraineté et l’indépendance, ces relais fonctionnent comme des haut-parleurs au service d’agendas russes. La synchronisation des messages, la répétition des formules, la géolocalisation des comptes: tout indique une coordination minutieuse.
En période électorale, cette mécanique façonne l’opinion publique africaine sans que beaucoup n’y voient autre chose qu’une révolte spontanée contre l’ancienne puissance coloniale. Les autorités centrafricaines gardent le silence sur ces manipulations qui se déroulent en pleine lumière
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