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La vidéo de Michel Djotodia soutenant la candidature du Président Touadéra circule sur les réseaux sociaux et provoque de nombreuses réactions. L’ancien Président de transition, récemment sorti d’une grave crise sanitaire, loue le bilan du régime en place lors d’une conférence de presse à Bangui.
Ce qui frappe dans cette apparition, c’est moins le discours lui-même que le contexte dans lequel il a été prononcé. Il y a quelques mois à peine, Michel Djotodia vivait l’un des moments les plus difficiles de sa vie. Installé au Bénin, il est tombé gravement malade et avait besoin d’une opération urgente. Sans moyens suffisants pour financer seul son évacuation sanitaire, il s’est tourné vers le trésor public centrafricain pour demander une aide financière.
Sa demande n’a jamais abouti. Le dossier est resté bloqué quelque part dans les bureaux du ministère des finances, sans qu’aucun financement ne soit débloqué. Djotodia a multiplié les appels, les démarches, les sollicitations auprès des autorités. Rien n’y a fait. Même son propre frère, ministre d’État à la Justice et qui se bat par tous les moyens financiers pour soutenir les mouvements de soutiens à Touadera afin d’être nommé Premier ministre, n’a pas levé le petit doigt pour l’aider. Face à ce silence généralisé, l’ancien chef d’État a dû se débrouiller seul.
Il a vendu une partie de ses biens personnels et fait appel à ses proches pour réunir l’argent nécessaire. Grâce à ces sacrifices, il a pu se faire opérer et entamer sa convalescence au Bénin. Personne n’attendait son retour en Centrafrique de sitôt. Et pourtant, le 1er décembre, jour de fête nationale, Michel Djotodia est apparu aux tribunes officielles du défilé sur l’avenue des martyrs à Bangui. Sa présence a stupéfait tout le monde. Les caméras l’ont filmé, et les images ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux.
Son apparence physique a frappé les esprits. Lui qui était autrefois un homme imposant et robuste n’était plus que l’ombre de lui-même. Amaigri au point de ressembler à un squelette, le visage creusé, le corps fragile, il donnait l’impression d’avoir perdu trentaine de kilos. Certains ont même eu du mal à le reconnaître tant la maladie l’avait transformé. Voir un homme dans cet état prendre la parole publiquement a choqué beaucoup de Centrafricains.
Mais ce n’est pas tout. Selon plusieurs sources, des membres du gouvernement, notamment le ministre de la Justice Arnaud Djoubaye Abazène, auraient exercé des pressions sur lui pour qu’il lise un texte préparé à l’avance. Ce texte, Djotodia l’a lu devant les caméras, affirmant que le Président Touadéra avait ramené la paix en Centrafrique en peu de temps. Une affirmation qui laisse bon nombre des centrafricains choqués quand on sait que Touadéra dirige le pays depuis dix ans maintenant.
Cette notion de “peu de temps” a fait réagir. Dix ans au pouvoir, ce n’est pas rien. D’autres pays ont accompli des transformations bien plus importantes en bien moins de temps. Le Rwanda, par exemple, s’est relevé d’un génocide qui a coûté la vie à 800 000 personnes en seulement deux ans. Sa capitale, Kigali, est devenue en très peu de temps une ville moderne qui rivalise avec certaines villes européennes. Des routes ont été construites, des infrastructures ont vu le jour, l’économie a redémarré.
En Centrafrique, après une décennie de gouvernance, les réalisations concrètes restent difficiles à identifier. Même une simple route bitumée de quelques mètres n’a pas vu le jour dans le pays, y compris la capitale. Les infrastructures de base manquent cruellement, et la population continue de vivre dans des conditions difficiles. Parler de “peu de temps” dans ce contexte paraît donc étrange, voire déconnecté de la réalité vécue par les Centrafricains au quotidien.
Quant à la question de la paix tant vantée dans le discours de Djotodia, elle reste largement contestée. Les massacres de populations civiles n’ont pas cessé. Les mercenaires du groupe Wagner, présents sur le territoire centrafricain, sont auteurs des exactions contre les civils. Les témoignages de violences se multiplient, mais peu de choses sont faites pour y mettre fin.
Les groupes armés, quant à eux, n’ont pas vraiment déposé les armes. Certains ont bien signé des accords avec le gouvernement, mais ces accords ne résultent pas de victoires militaires. Ils sont plutôt le fruit d’arrangements financiers. La corruption a joué un rôle central dans ces tractations. Des chefs de groupes armés ont été achetés, des compromis ont été trouvés moyennant des sommes d’argent. Ce n’est pas une paix gagnée par la force ou par la diplomatie, mais une paix achetée à coups de billets.
Dans ce contexte, la déclaration de Michel Djotodia paraît d’autant plus étrange. Beaucoup se demandent s’il a vraiment parlé de son propre chef ou s’il a été contraint de prononcer ces mots. Son état de santé fragile, son abandon par le pouvoir pendant sa maladie, et sa réapparition soudaine à Bangui alimentent toutes sortes d’hypothèses. Le pouvoir en place semble avoir profité de sa vulnérabilité pour le faire intervenir publiquement et renforcer ainsi la campagne électorale en cours.
Source: Corbeau News
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