Africa-Press – CentrAfricaine. Sur le plateau de l’émission de la radio Ndèkè-Luka Patara, le ministre conseiller du président déclare que les Banguissois trouvent toujours de l’eau à la fin.
Fidèle Gouandjika vient de regarder les reportages. Des femmes qui marchent des kilomètres dès trois heures du matin. Des enfants qui portent des bidons trop lourds. Des files qui durent jusqu’à seize heures. Des gens qui payent 500 francs pour attendre toute la journée.
Il prend la parole et lâche la phrase qui glace. Le Centrafricain ne meurt pas de soif, affirme-t-il. Il y a de l’eau, ajoute-t-il comme si cela réglait tout. Selon lui, chacun rentre chez soi avec un bidon d’eau à la fin de la journée.
Cette déclaration tombe comme un camouflet pour tous ceux qui endurent cette humiliation quotidienne. Oui, ils rentrent avec de l’eau. Après avoir perdu une journée entière. Après avoir dépensé l’argent du repas. Après avoir raté l’école ou le travail. Après avoir bu une eau parfois non potable.
Fidèle Gouandjika poursuit en rejetant la faute sur SODECA. C’est la société d’État qui a des problèmes pour la fourniture à grande échelle, précise-t-il. Comme si la SODECA n’était pas sous la tutelle du gouvernement qu’il représente. Comme si dix-sept ans au pouvoir ne suffisaient pas pour régler ces problèmes.
Il explique ensuite que tout cela est saisonnier. Pendant la saison des pluies, ces problèmes n’existent pas, rappelle-t-il. C’est la saison sèche dans le monde entier, conclut-il. Une excuse météorologique pour justifier l’absence totale d’infrastructures fonctionnelles dans la capitale.
Les témoignages recueillis dans les quartiers racontent pourtant une autre histoire. À Fatima, plus une goutte depuis 2004. À Damala, les fontaines sont mortes depuis plus de cinq ans. À Ngongoyen, les gens supplient le gouvernement en vain. Ce n’est pas un problème de saison mais d’abandon total.
Raymond Adouma de l’opposition réagit immédiatement. La population n’est pas au centre des préoccupations du régime en place, martèle-t-il. Ce régime s’en fout complètement. Vous aviez promis cinq mille châteaux d’eau, rappelle-t-il à Gouandjika. Il y en a un seul à Bimbo et même pas terminé.
Quentin Gbouando de la société civile abonde dans le même sens. Si l’État avait développé une politique décente, on ne serait pas là chaque année à en parler. Cette situation dure depuis trop longtemps. Le gouvernement doit prendre des mesures sérieuses au lieu de minimiser la souffrance des gens.
Mais Gouandjika reste campé sur sa position. Pour lui, le problème est exagéré par les médias. Il reproche même aux journalistes de rabâcher le même sujet depuis quinze ans. Vous devez être fatigués de le faire, leur lance-t-il avec mépris.
L’animateur Armando Yanguendji rappelle les chiffres. Le taux de pauvreté atteint 68 %. L’espérance de vie est passée de soixante ans à cinquante-trois ans depuis 2016. Les hôpitaux renvoient des enfants faute d’eau. Les écoles ferment. Les commerces s’arrêtent. Tout cela pendant que le président vient d’être réélu pour un troisième mandat de sept ans.
Gouandjika promet un avenir meilleur. Dans dix ou quinze ans, une centrale nucléaire réglera tous les problèmes d’électricité. L’uranium, le pétrole, le gaz vont transformer le pays. En attendant, les Banguissois peuvent continuer à se lever avant l’aube avec leurs bidons.
La phrase du ministre conseiller résonne comme une gifle. Le Centrafricain ne meurt pas de soif. Techniquement vrai. Mais quelle vie mène celui qui doit sacrifier une journée entière pour quelques litres d’eau. Quelle dignité reste à celui qui mendie ce que tout être humain devrait avoir sans effort.
Les femmes de Nzangoya continuent de marcher jusqu’à Gitangola. Les enfants de Fatima continuent de porter des jerricanes trop lourds. Les malades de Saint-Charles continuent d’être renvoyés chez eux. Au palais, on valide un troisième mandat et on parle de nucléaire pour 2040. Sur le plateau de Patara, Fidèle Gouandjika affirme que personne ne meurt de soif
Source: Corbeau News Centrafrique
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