Africa-Press – CentrAfricaine. Maleyombo Prospère, Nzogna Cédric, Passe Ndoum Ben et Géhu Gouandjia attendent toujours une réponse. Licenciés sans préavis il y a plus d’un an, ils ont saisi les ministères compétents. Pourtant, chaque tentative de faire avancer leur dossier se heurte à un silence inexplicable. Que s’est-il passé?
Le 3 octobre 2023, ces quatre journaliers ont été convoqués à ce qu’ils pensaient être une réunion ordinaire. Ils se sont retrouvés face à Tony Mushimbete et Ali Lumanisha, deux Congolais de la RDC, ainsi que deux Rwandaises prénommées Fany et Laurence. L’ambiance était tendue dès le début. Mushimbete a annoncé sans détour qu’il ne s’agissait pas d’une discussion mais d’une notification. Leur sort était déjà scellé.
Le motif du renvoi? Un message WhatsApp rédigé par Géhu Gouandjia et envoyé à Mushimbete quelques jours auparavant. Dans ce texto, Gouandjia exprimait sa frustration face au blocage d’un dossier ouvert depuis décembre 2022, quand Mushimbete avait accusé plusieurs journaliers de vouloir attenter à sa vie. Des accusations jamais prouvées malgré les enquêtes menées. Dans son message, Gouandjia écrivait simplement que si l’affaire n’était pas réglée à l’amiable, il saisirait la justice. Une démarche légitime que les responsables ont transformée en menace.
Les quatre hommes ont tenté de se défendre, expliquant qu’ils n’avaient pas tous participé à la rédaction du message. Mushimbete a balayé leurs arguments d’un revers de main: “Que vous ayez participé ou pas, la décision est prise”. Ali Lumanisha est allé encore plus loin, les traitant de “féticheurs et sorciers”. Les expatriés ont affirmé ne pas avoir peur et ont défié ouvertement les autorités centrafricaines de leur imposer de reprendre ces employés.
Ce jour-là, les quatre journaliers ont été suspendus immédiatement, sans préavis ni indemnité. Leur badge d’accès aux installations de la MINUSCA leur a été retiré sur place. Depuis, ils tentent de faire valoir leurs droits devant les instances centrafricaines.
Leur avocat a déposé des dossiers auprès de l’inspection du travail et de plusieurs ministères. Au ministère des Affaires étrangères, la MINUSCA a été convoquée à trois reprises pour s’expliquer. À chaque fois, les représentants de la mission onusienne ont refusé de se présenter. Aucune explication officielle n’a été fournie pour justifier cette absence répétée.
Plus étrange encore, les dossiers déposés par les victimes semblent introuvables. Au ministère des Affaires étrangères, impossible de remettre la main sur le leur. Au ministère du Travail, même constat. Les documents auraient tout simplement disparu des archives administratives.
Plusieurs sources proches du dossier affirment que le DMS, numéro deux de la MINUSCA, serait intervenu personnellement auprès de la ministre du Travail, Annie-Michelle Mouanga pour la corrompre et la mettre dans sa propre poche comme un vieux billet de 500 francs. Cette démarche inhabituelle a permis de geler l’avancement du dossier au niveau ministériel. Une implication directe de la hiérarchie de la mission qui montre l’importance accordée à cette affaire.
Mais un autre nom revient avec insistance dans les témoignages recueillis par la rédaction du CNC: celui de l’ancien procureur de la République, ancien ministre de la justice, monsieur Firmin Findiro. Plusieurs personnes impliquées dans le dossier le décrivent comme un intermédiaire agissant pour le compte de la MINUSCA. Il se rendrait régulièrement dans différents services administratifs pour des visites discrètes afin de corrompre avec des billets de banque les autorités.
Au début de ce dossier, des sommes importantes circuleraient pour s’assurer que certains documents ne refassent jamais surface. Firmin Findiro, bien que magistrat de profession, continuerait à œuvrer dans l’ombre en faveur de la Minusca pour faire obstacle aux recours juridiques des quatre licenciés.
Cette version des faits est confirmée au cours de notre enquête. Firmin Findiro mène depuis le début de cette affaire une mafia pour tenter d’étouffer cette affaire. Ainsi, le blocage administratif que rencontrent les quatre hommes est bien réel à cause de la mafia de la Minusca et de Firmin Findiro. Chaque démarche entreprise aboutit à une impasse.
Mais juridiquement, la situation des quatre licenciés est solide. Le Code du travail centrafricain limite les contrats de journalier à deux ans maximum. Or certains d’entre eux ont travaillé jusqu’à huit ans sous ce statut précaire. Une pratique courante à la MINUSCA mais totalement illégale qui leur a fait perdre des droits essentiels: primes, congés payés, couverture médicale, perspective de retraite.
L’Accord de Siège signé entre la République centrafricaine et les Nations Unies précise que les employés locaux de la MINUSCA sont soumis au droit du travail national. Le licenciement sans préavis ni indemnité viole donc clairement la législation en vigueur. La loi centrafricaine prévoit des réparations dans ces cas: réintégration avec de véritables contrats, versement de dommages et intérêts pour le préjudice subi.
Mais faire appliquer ces dispositions face à une institution internationale dotée de moyens quasi illimités et d’immunités diplomatiques relève du parcours du combattant. Les expatriés de la MINUSCA bénéficient de protections qui les mettent à l’abri de poursuites judiciaires. Un privilège nécessaire au fonctionnement des missions de paix, mais qui crée un sentiment d’impunité.
Les quatre hommes continuent pourtant leur combat. Ils se présentent régulièrement aux rendez-vous fixés par leur avocat, répondent aux convocations administratives quand elles arrivent encore jusqu’à eux. Ils espèrent qu’un magistrat finira par accepter d’examiner leur dossier malgré les pressions qui s’exercent.
Du côté de la MINUSCA, le silence reste la seule réponse. Les représentants de la mission ne se déplacent pas aux convocations officielles. Aucune explication n’est fournie sur les raisons de ces licenciements ni sur le sort réservé aux dossiers administratifs. Cette absence de dialogue équivaut à un refus de reconnaître le problème.
Affaire à suivre sur la mafia de l’ancien ministre Firmin Findiro dans nos prochains articles.
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