Africa-Press – CentrAfricaine. La journée du 28 décembre à Ndélé restera gravée dans les mémoires. Entre la présence intimidante de mercenaires dans les centres de vote et le refus des autorités électorales de remettre les procès-verbaux, le scrutin a viré au désordre total dans cette préfecture du nord.
Au centre de vote de Batelé comme à celui de la mairie ainsi qu’ailleurs, des mercenaires russes et syriens du groupe Wagner ont fait irruption dans plusieurs bureaux pendant les opérations de vote. Leur méthode était directe: ils demandaient aux mandataires du MCU de lever la main et de se mettre debout pour les identifier. Une fois repérés, ces observateurs recevaient l’ordre de se rasseoir sous le regard pesant des miliciens russes. Cette manœuvre s’est répétée dans d’autres centres, installant un climat de surveillance qui a mis mal à l’aise électeurs et observateurs.
À la fermeture des bureaux, les choses se sont encore compliquées. Le dépouillement des bulletins ne s’est pas déroulé en présence des mandataires des candidats, contrairement aux procédures habituelles. Les représentants des différentes formations politiques ont été tenus à l’écart pendant le décompte des voix, les privant de leur droit de contrôle sur les opérations électorales.
Après ce dépouillement opaque, les responsables de l’Agence nationale des élections à Ndélé ont carrément refusé de distribuer les fiches de résultats aux mandataires. Ces documents officiels, qui doivent normalement être remis à chaque mandataire présent dans le bureau, sont restés entre les mains exclusives des agents de l’ANE. Cette confiscation des procès-verbaux a privé les partis de toute possibilité de vérifier les chiffres annoncés.
La situation s’est aggravée pour les bureaux de vote installés dans les villages environnants. Les représentants des candidats devaient normalement récupérer également leurs copies des procès-verbaux au bureau central de l’ANE à Ndélé. Mais des mercenaires russes et syriens du groupe Wagner ont bloqué l’accès à ce bureau, empêchant physiquement les mandataires d’entrer pour obtenir leurs documents. Cette obstruction a semé la panique parmi les délégués qui se sont retrouvés coincés à l’extérieur, incapables de remplir leur mission.
Les habitants de Ndélé ont observé avec inquiétude cette mainmise totale sur le processus électoral. Voir des miliciens russes contrôler qui peut circuler et qui peut accéder aux résultats a créé un malaise profond au sein de la population. Certains électeurs ont exprimé leur sentiment d’impuissance face à cette confiscation généralisée des documents électoraux.
Ces dysfonctionnements du jour du scrutin font écho à des pressions exercées pendant la campagne électorale. Dans les villages de Tiri, Miaméré, Miamani et Diki, des habitants se sont plaints des menaces du ministre résident de Bamingui-Bangoran, Guismalla Hamza. Lors d’une rencontre avec les autorités villageoises, ce dernier aurait employé un ton comminatoire pour exiger un vote massif en faveur de Touadéra et de Mahamat Daout Mansour. Les chefs de village et de groupes auraient entendu qu’en cas de refus, leurs médailles leur seraient arrachées.
À Lemena, village situé à douze kilomètres de Ndélé, le même ministre aurait tenu un discours contradictoire auprès de ses proches. Il leur aurait conseillé de ne pas voter pour le député MCU Mahamat Daout Mansour ni pour le sultan-maire Senoussi Ibrahim, également du MCU. Guismalla Hamza aurait plutôt poussé ses centrafricains à soutenir le métisse chinois Loïc Ndocka, dit Chinois, comme député, et Deyi comme maire.
Le 28 décembre à Ndélé a donc vu se cumuler une série d’anomalies: présence de mercenaires dans les bureaux pendant le vote, dépouillement sans témoins, refus de remise des procès-verbaux, et blocage physique de l’accès au bureau central de l’ANE. Cette accumulation a vidé le scrutin de toute transparence et laissé les partis politiques sans aucun moyen de vérifier les résultats proclamés par les autorités électorales.
Source: Corbeau News Centrafrique
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