Africa-Press – CentrAfricaine. Alors que les habitants du village Hadjlitaye, une localité située à une dizaine de kilomètres de Sarayebo, dans la préfecture de la Vakaga, étaient en train de célébrer la fête de Noël, vers 14 heures, au marché hebdomadaire, les mercenaires russes du groupe Wagner ont déclenché une fusillade aveugle. Cette opération menée depuis Vakaga s’est soldée par la mort de 12 personnes, dont huit civils innocents pris au piège des tirs croisés des assaillants.
Tout commence le 25 décembre à Sikikédé, dans la préfecture de la Vakaga. Les mercenaires russes stationnés depuis 4 jours dans cette ville décident de lancer une offensive contre les groupes armés invisibles. Ainsi, ils ont quitté Sikikédé en direction de Boromata, une autre localité de la même préfecture de la Vakaga. Sur place, ils récupèrent plusieurs jeunes des groupes d’autodéfense et les obligent à les accompagner dans le but précis de leur montrer les différentes bases des groupes armés dans la zone. Ces garçons connaissent le terrain mieux que personne. Les Wagner ont besoin d’eux pour trouver les bases des rebelles cachées dans la brousse.
Avec les miliciens autodéfense, le convoi mixte se met en route. Motos, camions, chars. Direction Aouck, situé à une quarantaine de kilomètres de Sikikédé sur l’axe menant au Tchad. Arrivés là-bas, les miliciens de Boromata conduisent les mercenaires vers une ancienne base du PRNC. Mais l’endroit est vide. Plus personne depuis longtemps. Quelques installations abandonnées témoignent d’une présence passée. Les Wagner mettent le feu aux abris de fortune et repartent aussitôt.
Les jeunes de Boromata les mènent ensuite vers une autre base, celle du FPRC, membre de la CPCF. Même constat: base désertée, structures vétustes. Les mercenaires détruisent ce qu’ils trouvent et ordonnent de continuer la route. Ils veulent du concret, des rebelles en chair et en os.
C’est le village Hadjlitaye, proche de Saraïbo qui devient leur cible suivante. Cette ville frontalière de la RCA fait face à une autre ville, Tissi. C’est une ville frontalière tchadienne située juste de l’autre côté. Entre les deux, une ligne invisible sépare deux pays mais pas les habitants qui commercent librement. Dans la ville de Hadjlitaye, chaque jeudi, un marché attire des centaines de personnes. Éleveurs tchadiens, soudanais, agriculteurs centrafricains, petits commerçants. Ce 25 décembre tombe un jeudi.
Les Wagner arrivent dans la ville vers 14 heures en plein marché. Dès leur incursion, ils ouvrent le feu. Les détonations résonnent partout dans la ville, y compris dans le marché hebdomadaire. Femmes, hommes, enfants courent dans tous les sens. Certains tombent, touchés par les balles. Trois femmes meurent sur le coup. Cinq autres personnes s’effondrent également. Huit civils au total.
Des combattants du FPRC se trouvent justement à Saraïbo ce jour-là. Ils sont venus faire leurs courses, acheter des provisions. Quand les coups de feu éclatent, ils réagissent immédiatement. Ils sortent leurs armes et ripostent. L’échange dure plusieurs minutes. Deux mercenaires russes sont abattus. Deux miliciens autodéfenses de Boromata ont été également abattus dans le combat.
Face à cette résistance, les Wagner battent en retraite. Ils filent vers Birao pour demander du renfort. Le lendemain vendredi, ils reviennent avec des hélicoptères et davantage d’hommes. Le village subit une nouvelle incursion.
Pendant ce temps, le 26 décembre, sous pression de Wagner, le ministère de la Défense nationale publie un communiqué fantaisiste. Le texte parle d’opérations de reconnaissance menées par les Forces armées centrafricaines et leurs alliés. Il évoque la sécurisation du processus électoral. Plusieurs bases de groupes armés auraient été repérées et neutralisées dans le secteur d’Aouk et de Tissi. Une trentaine d’éléments armés ici, une quarantaine là-bas, soixante combattants plus loin. Les autorités tchadiennes auraient été informées.
Pas un mot sur les huit civils tués au marché. Aucune mention des deux mercenaires russes tombés lors des accrochages. Le communiqué appelle les populations au calme et à éviter les déplacements inutiles dans les zones d’opérations. Il réaffirme la volonté du gouvernement de protéger les citoyens et de garantir des élections paisibles.
Sur le terrain, les familles pleurent leurs morts. Les commerçants racontent leur terreur quand les balles ont commencé à voler. Personne ne comprend pourquoi on tire sur des gens venus vendre des chèvres ou acheter du mil.
Le marché de ce jeudi 25 décembre devait ressembler à tous les autres. Un moment d’échanges, de retrouvailles entre voisins des deux côtés de la frontière. Les trois femmes qui y ont laissé leur vie étaient probablement venues avec leurs produits, espérant rentrer chez elles avec quelques billets. Les cinq autres victimes civiles avaient sans doute des projets similaires.
Les deux mercenaires russes tués durant l’accrochage avec le FPRC ne figurent nulle part dans le communiqué officiel. Comme si leur mort n’avait jamais eu lieu. Les deux morts parmi les autodéfense, leurs blessés se soignent tant bien que mal, loin des hôpitaux et des caméras.
Dans le pays, avec Wagner, la frontière entre opération militaire et bavure reste floue. Les populations paient régulièrement le prix de conflits qui les dépassent. Saraïbo rejoint la longue liste des localités meurtries par une violence qu’elles n’ont pas choisie.
Source: Corbeau News Centrafrique
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