Africa-Press – CentrAfricaine. Les « Russes noirs », , Ces anciens rebelles transformés en supplétifs de Wagner sèment la terreur parmi les populations civiles dans le pays de Boganda.
Depuis l’arrivée du groupe Wagner en République centrafricaine en 2017, une force paramilitaire hybride a vu le jour: les « Russes noirs ». Cette milice, constituée d’anciens combattants centrafricains recyclés par les mercenaires russes, accumule les crimes contre les populations civiles dans une impunité totale.
Le recrutement de ces hommes puise largement dans les rangs d’ex-rebelles, notamment ceux de l’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC) et d’autres groupes armés démobilisés. Leur appellation traduit cette dualité: des Africains dévoués aux intérêts de Moscou. Après une formation dispensée par Wagner, plusieurs ont été expédiés sur le front ukrainien avant d’être abandonnés à leur sort, selon des témoignages recueillis à Bangui.
Cette stratégie obéit à une logique militaire et économique. Wagner dispose ainsi d’une force auxiliaire bon marché, connaissant parfaitement le terrain centrafricain. Ces supplétifs permettent aux Russes d’éviter l’exposition directe tout en consolidant leur emprise territoriale. Ils forment une armée parallèle au service du pouvoir de Bangui, chargée des basses œuvres répressives.
Mais cette alliance révèle ses failles. À Zemio, en juin 2025, des « Russes noirs » ont défié leurs commanditaires russes, déclenchant un affrontement armé qui a fait plusieurs blessés. L’incident expose les fragilités d’un système fondé sur la contrainte et dépourvu de cadre institutionnel solide.
Les crimes de cette milice se multiplient sur tout le territoire. L’offensive de Boyo, dans la préfecture de la Ouaka, en décembre 2021, constitue un cas d’école. Des « Russes noirs » accompagnés de mercenaires Wagner ont lancé une opération punitive contre les communautés musulmanes, soupçonnées de sympathies pour l’UPC. Le bilan parle de lui-même: 547 habitations détruites par les flammes, des dizaines de victimes tuées ou blessées, des viols en série et des pillages systématiques.
Ces exactions plongent les régions concernées dans le chaos. Au-delà des pertes humaines et matérielles, elles génèrent un climat de terreur qui paralyse l’activité économique et fracture les communautés. Le recrutement forcé de jeunes gens, la disparition de soldats centrafricains envoyés combattre à l’étranger sans jamais revenir, et l’ostracisme dont souffrent certains groupes ethniques nourrissent une instabilité permanente.
Le régime de Bangui cautionne ouvertement ces pratiques. En s’appuyant sur cette milice, le pouvoir central cherche à museler l’opposition et à sécuriser son accès aux ressources minières. Cette connivence garantit une impunité complète aux auteurs des exactions. Comme l’observe le politologue Roland Marchal, cette instrumentalisation de la présence russe vise à instaurer un autoritarisme basé sur la terreur et le contrôle des richesses du sous-sol.
Le phénomène s’inscrit dans une stratégie plus vaste. Depuis que Wagner s’est muée en « Africa Corps » sous tutelle directe du ministère russe de la Défense, Moscou accélère sa pénétration du continent africain. La Centrafrique fonctionne comme un laboratoire où ce modèle hybride de mercenaires étrangers épaulés par des supplétifs locaux permet d’asseoir une influence géostratégique en marge de tout cadre légal.
Cette milice des « Russes noirs » incarne une menace grave pour les droits humains, la souveraineté nationale et l’équilibre régional. Son existence témoigne d’une internationalisation cynique des conflits africains, transformant les populations civiles en variables d’ajustement d’alliances militaro-politiques opaques et prédatrices au service d’ambitions géopolitiques étrangères….
Source: Corbeau News Centrafrique
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