Touadéra, Es-Tu Plus Malin que les Autres?

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Touadéra, Es-Tu Plus Malin que les Autres?
Touadéra, Es-Tu Plus Malin que les Autres?

Africa-Press – CentrAfricaine. Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC. Le président centrafricain Faustin Archange Touadera alias Baba Kongoboro campe sur ses positions malgré la grogne de l’opposition qui menace de boycotter les élections de 2025

Le ton était donné dès les premiers mots. Face aux journalistes réunis au Palais de la Renaissance ce 30 mai, Faustin-Archange Touadéra n’a pas mâché ses mots. L’homme qui dirige la République centrafricaine depuis bientôt une décennie affiche une confiance qui agace ses détracteurs. Mais derrière cette assurance, les fissures se creusent.

« Ils parlent aux diplomates, ils écrivent à d’autres chefs d’État au lieu de me parler », lance le président en évoquant l’opposition. Sa voix trahit une irritation mal contenue. Pour lui, le Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC) et ses alliés manquent de respect en s’adressant d’abord aux chancelleries étrangères. « Ça veut dire qu’ils ne reconnaissent pas mon rôle. Ça, je ne comprends pas ».

Pourtant, du côté de l’opposition, on ne comprend pas non plus. Depuis la promulgation de la nouvelle constitution en août 2023, les leaders du BRDC réclament des discussions franches. Ce texte, qui ouvre la voie à un éventuel maintien de Touadéra au pouvoir, fait grincer des dents. D’autant que la Cour constitutionnelle l’avait initialement rejeté en 2022 avant qu’il ne soit finalement soumis par référendum totalement illégal.

« La Cour a dit non, c’est clair comme de l’eau de roche », martèle un responsable du BRDC joint par téléphone par la rédaction du CNC. Selon lui, le président contourne délibérément les institutions pour servir ses intérêts. L’opposition exige donc un vrai débat direct avec le Président avant les échéances électorales de 2025: municipales, législatives et présidentielle. Sans cela, elle brandit la menace du boycott.

Ce qui coince aussi, c’est la façon dont les élections sont organisées en ce moment. L’opposition pointe du doigt la composition de l’autorité nationale des élections (ANE), jugée trop proche du pouvoir.

« C’est inacceptable que le président, le gouvernement et l’Assemblée nationale décident de tout », dénonce un opposant. Ils exigent une refonte de cette commission et un fichier électoral fiable pour garantir des élections justes. Sans ces changements, pas question de participer à ce qu’ils appellent un jeu déjà truqué d’avance.

Derrière cette partie d’échecs politique se dessine l’ombre de Moscou. Depuis 2018, la Russie et les hommes du groupe Wagner assurent la protection du régime centrafricain. Une alliance qui donne des ailes à Touadéra, mais qui inquiète ses opposants.

« Il se croit tout permis maintenant », confie un cadre du BRDC. « Avec les Russes derrière lui, il pense pouvoir ignorer tout le monde: l’opposition, les diplomates, même le peuple. » Cette relation privilégiée avec Wagner, pourtant épinglée par plusieurs rapports de l’ONU pour des violations des droits humains, offre au président une marge de manœuvre qu’il n’hésite pas à exploiter.

Face aux journalistes, Touadéra renvoie pourtant la balle à ses détracteurs. Puisque certains opposants siègent à l’Assemblée nationale, pourquoi ne s’expriment-ils pas dans l’hémicycle? « Dites-moi sur quoi on discute, quel est le sujet précis? », questionne-t-il, feignant l’ouverture. Une posture que l’opposition interprète comme de la mauvaise foi pure, ou de la sorcellerie des Gbakamandja.

À quelques mois des élections, la République centrafricaine navigue en eaux troubles. Plusieurs citoyens ont été incarcérées ces derniers mois, accusés de vouloir faire un coup d’État, alimentant le climat de défiance.

Au même moment, l’opposition pose ses conditions: révision de la constitution avec toutes les parties prenantes, l’autorité nationale des élections, fichier électoral fiable. Elle va même jusqu’à proposer une médiation africaine, idée balayée d’un revers de main par Touadéra au nom de la souveraineté nationale.

« Il croit avoir toutes les cartes en main, mais il oublie l’essentiel: le peuple », prévient un responsable de l’opposition. Si le dialogue n’aboutit pas, le boycott des élections pourrait plonger le pays dans une nouvelle spirale de tensions.

Touadéra semble parier sur sa capacité à imposer sa vision politique malgré la contestation. Fort de ses appuis russes et convaincu de sa légitimité, il refuse les concessions réclamées par ses adversaires. Mais ce jeu d’équilibriste pourrait bien lui coûter cher.

Car au-delà des calculs politiciens, c’est l’avenir de la République centrafricaine qui se joue. Dans un pays encore fragile après des années de crise, l’absence de consensus risque de rouvrir des plaies à peine cicatrisées.

La question demeure: le président centrafricain parviendra-t-il à maintenir le cap malgré la tempête qui gronde, ou son refus du dialogue finira-t-il par le rattraper? La réponse se dessine peut-être déjà dans les rues de Bangui, où la patience du peuple centrafricain s’amenuise de jour en jour….

Source: Corbeau News Centrafrique

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