Vol De Graviers Aurifères: Lamtagué En Colère

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Vol De Graviers Aurifères: Lamtagué En Colère
Vol De Graviers Aurifères: Lamtagué En Colère

Africa-Press – CentrAfricaine. L’exploitation aurifère chinoise de Rondji a basculé dans le chaos total ce vendredi 12 décembre après qu’une militaire, dénommée CAPO, ait dérobé des graviers aurifères appartenant aux Chinois. Au lieu de sanctionner la coupable, le chef de la sécurité du site, le commandant Lamtagué a décidé de s’en prendre violemment à ceux qui avaient osé dire la vérité aux propriétaires chinois.

Tout commence tôt dans la matinée du vendredi 12 décembre sur le site minier de l’entreprise chinoise IMC, situé dans le village de Rondji, sous-préfecture d’Aba, dans la préfecture de Nana-Mambéré. Une femme militaire que tout le monde surnomme Kapo se promène tranquillement sur le chantier avec un sac vide à la main. Elle saisit une pelle et commence à remplir son sac de graviers aurifères, ces petits cailloux que les Chinois utilisent pour extraire les grains d’or. Personne ne l’arrête. Elle finit par disparaître avec son butin sans que quiconque ne réagisse sur le moment.

Cette militaire n’est pas une simple employée du site. Elle entretient une relation intime avec le commandant Lamtagué, chef de la sécurité de l’entreprise IMC et officier des Forces armées centrafricaines. Chaque fois que ce dernier vient à Rondji depuis sa base principale de Gobolo, c’est avec Kapo qu’il passe ses nuits. Leur liaison est connue de tous sur le chantier. Cette proximité entre les deux militaires confère à CAPO une certaine impunité que les autres travailleurs ont appris à redouter.

Alors, quelques heures après le vol des graviers par CAPO, le responsable chinois de la base fait sa tournée habituelle. Il inspecte ses stocks de graviers et remarque immédiatement des traces de pelle fraîches sur le tas. Quelqu’un a visiblement pris une quantité importante de matériau sans autorisation. Le Chinois convoque aussitôt Roméo, un jeune Camerounais, et Innocent, un Centrafricain. Ces deux hommes travaillent comme domestiques pour les Chinois. Le gérant chinois leur demande directement qui a touché aux graviers.

Les deux employés se retrouvent dans une situation délicate. S’ils se taisent, le Chinois risque de les accuser eux-mêmes du vol. Ils ont déjà vu ce scénario se produire à Gobolo il y a une semaine. Des mécaniciens avaient été emprisonnés à la gendarmerie d’Abba et forcés de payer une importante somme d’argent pour un poste de soudure disparu, alors que tout le monde savait que des militaires l’avaient pris. Roméo et Innocent ne veulent surtout pas subir le même sort. Après quelques secondes d’hésitation, ils finissent par lâcher le nom: c’est madame Kapo qui a pris les graviers.

La réaction du patron chinois ne se fait pas attendre. Il sort de son bureau en hurlant « Sodia Alibaba, Sodia Alibaba », un mot qu’il utilise pour traiter les militaires de voleurs. Sa colère éclate devant tous les employés présents. Il crie que les soldats censés protéger le site sont en réalité en train de le piller. L’ambiance devient électrique. Kapo, qui se trouve non loin de là, entend les cris. Elle comprend immédiatement que Roméo et Innocent ont parlé. Sans perdre une seconde, elle saisit son téléphone portable et compose le numéro du commandant Lamtagué.

Au bout du fil, elle explique rapidement la situation. Roméo et Innocent l’ont dénoncée devant le Chinois. Le patron est fou de rage et l’accuse publiquement de vol. Elle demande au commandant d’intervenir rapidement parce que la situation devient humiliante pour elle. Lamtagué ne pose pas de questions. Il monte immédiatement dans son pick-up garé à Gobolo, une dizaine de kilomètres, et démarre en trombe. Les douze kilomètres qui séparent Gobollo de Rondji, il les parcourt à une vitesse folle. Le véhicule soulève un nuage de poussière sur la piste cahoteuse.

À Rondji, les employés voient arriver le pick-up du commandant dans un crissement de freins. Lamtagué en descend, le visage dur, l’arme à la ceinture. Il n’adresse même pas un regard au responsable chinois. Il crie directement en direction de Roméo et Innocent: « Venez ici ! Venez ici immédiatement ! » Les deux hommes s’approchent, inquiets. Le commandant leur ordonne d’arrêter tout de suite leur travail et de quitter la base. « Allez, quittez de là-bas ! Vous arrêtez maintenant ! Vous partez ! »

Le gérant chinois tente d’intervenir. Il demande au commandant pourquoi il veut renvoyer ses employés. Ces hommes n’ont rien fait de mal, ils ont simplement répondu à sa question. Mais le commandant Lamtagué ne l’écoute pas. Il continue de hurler sur Roméo et Innocent. « C’est vous qui racontez n’importe quoi sur mes soldats ! Vous allez partir d’ici ! » Le ton monte encore d’un cran. Le commandant porte maintenant la main à son arme et la brandit devant tout le monde. « S’ils restent encore quelques minutes ici, je vais les descendre ! Je vais tirer ! »

Roméo, le jeune Camerounais, sent la panique le gagner. Il voit bien que le commandant n’est pas en train de plaisanter. Cet officier a la réputation d’être violent. Tout le monde sait qu’il se fait appeler « le Tigre » et qu’il a déjà battu des employés presque à mort sur d’autres sites. Roméo décide de ne pas prendre de risques. Il regarde le Chinois et lui dit: « Bon, si je dois partir maintenant, alors payez-moi tout de suite. » Le responsable chinois refuse d’abord. Ce n’est pas le jour de paie et il n’a pas prévu de régler les salaires maintenant. Mais Lamtagué insiste, son arme toujours en main. « Payez-les maintenant, sinon je les descends ici même ! »

Face à cette menace directe, le Chinois cède. Il va chercher l’argent et paie Roméo sur-le-champ. Le Camerounais fourre les billets dans sa poche, attrape son sac et se dirige vers la sortie du site. Par chance, un camion de ravitaillement en carburant vient justement de terminer sa livraison et s’apprête à retourner vers Garoua Boulaï. Roméo court vers le véhicule, grimpe à l’arrière et s’installe parmi les bidons vides. Le camion démarre et l’emmène loin de Rondji. En quelques minutes, le jeune Camerounais disparaît dans un nuage.

Innocent, le Centrafricain, ne peut pas partir aussi facilement. Sa femme et son fils vivent sur la base minière. Il possède également une petite boutique dans l’enceinte du site où il vend des produits de première nécessité aux autres travailleurs. Toute sa vie est concentrée ici. Il essaie de négocier avec le commandant pour obtenir au moins jusqu’au lendemain. Il explique qu’il a besoin de temps pour organiser le déménagement de sa famille et récupérer ses marchandises. Mais le commandant Lamtagué refuse catégoriquement. « Non, non, non ! Tu pars maintenant ! Tu ne restes pas une minute de plus dans cette base ! »

Innocent comprend qu’il n’a pas le choix. Il fait rapidement ses adieux à sa femme et à son fils, leur explique qu’ils devront rester sur place pour l’instant. Il prend juste un petit sac avec quelques affaires et quitte le site à pied. Il marche jusqu’au village de Rondji, distant de quelques kilomètres. Là-bas, il trouve un endroit où passer la nuit. Son plan est de revenir le lendemain avec deux ou trois motos-taxis pour transporter ses bagages, les stocks de sa boutique, sa femme et son enfant. Ensuite, il quittera définitivement la région pour rentrer à Bangui.

Pendant ce temps, sur le site minier, Kapo observe la scène sans dire un mot. Elle voit les deux employés partir sous la pression du commandant. Personne ne lui demande de s’expliquer sur le vol des graviers. Personne ne fouille son coin pour retrouver le sac qu’elle a rempli ce matin. Le commandant Lamtagué a réglé le problème à sa manière en éliminant les témoins gênants plutôt qu’en sanctionnant la coupable.

Ce qui vient de se passer à Rondji n’est pas un incident rare. Depuis le 4 décembre, le commandant Lamtagué multiplie les débordements sur les différents sites miniers qu’il est censé sécuriser. En huit jours seulement, il a semé le désordre à Gobolo, à Rondji et sur d’autres chantiers gérés par l’IMC. À Gobolo, il a fait emprisonner des mécaniciens pendant quarante-huit heures pour un vol qu’ils n’avaient pas commis. Il les a tabassés violemment avant de les jeter en cellule. Quand le patron chinois a voulu les faire libérer, Lamtagué les a de nouveau arrêtés sur le pont d’Aba et ramenés en prison. Le 5 décembre, à Rondji déjà, il a battu deux chauffeurs presque à mort parce qu’il les accusait d’avoir transmis des informations sur lui à des journalistes du CNC.

Roméo, avant de partir ce vendredi, a tenté d’expliquer au commandant Lamtagué pourquoi il avait dénoncé Kapo. « Ce n’est pas la première fois qu’elle vole des graviers des chinois ici. Elle le fait régulièrement depuis des mois avec d’autres militaires. Mais personne n’osait le dire ici. Quand le Chinois nous a questionnés directement, on a eu peur d’être accusés à sa place. C’est exactement ce qui s’est passé à Gobolo avec le poste de soudure. Des mécaniciens ont été emprisonnés et ont dû payer un million et demi alors que ce sont des militaires qui avaient volé l’équipement. On ne voulait pas subir le même sort ».

Les sites miniers de la Nana-Mambéré fonctionnent tous selon le même principe. Les entreprises chinoises comme EMC obtiennent des concessions aurifères et exploitent l’or avec leurs propres machines et leur propre personnel technique. Pour assurer la sécurité de ces installations isolées en pleine brousse, elles paient les Forces armées centrafricaines qui déploient des soldats sur place. Ces militaires sont censés empêcher les intrusions, protéger le matériel et maintenir l’ordre. En échange, ils reçoivent des primes régulières versées par les Chinois.

Mais ce système crée des situations ambiguës. Les soldats sont payés par les exploitants miniers, mais ils restent des éléments de forces de défense nationale avec leur propre hiérarchie et leurs propres règles. Quand un conflit éclate entre un militaire et un employé civil, qui tranche? Quand un soldat commet un vol, qui le sanctionne? Le patron chinois n’a aucune autorité sur les militaires. Il ne peut ni les réprimander ni les renvoyer. Et si le chef de la sécurité décide de couvrir ses hommes ou ses proches, personne sur le site ne peut s’y opposer.

Les travailleurs civils, qu’ils soient camerounais ou centrafricains, se retrouvent donc piégés. Ils n’ont aucun recours face aux abus. S’ils dénoncent un vol commis par un militaire, ils risquent d’être chassés comme Roméo et Innocent. S’ils se taisent, ils risquent d’être accusés du vol eux-mêmes. Dans les deux cas, ils perdent. Le patron chinois, malgré son statut d’employeur, ne peut rien faire face à un commandant armé qui menace de tirer. Il doit courber l’échine, payer les indemnités exigées et regarder ses meilleurs employés partir.

Gobolo, la situation avait atteint un point critique le 8 décembre. Après l’emprisonnement des mécaniciens camerounais, leurs compatriotes avaient décidé de faire grève. Les conducteurs de bulldozers, de pelles mécaniques, les chauffeurs de camions bennes avaient tous arrêté le travail. Le chantier s’était complètement figé. Les Camerounais représentent la majorité de la main-d’œuvre qualifiée sur ces sites. Sans eux, pas d’extraction, pas de production, pas d’or.

Mais à Rondji ce vendredi, Roméo et Innocent n’ont pas eu cette chance. Ils ne sont que deux. Leur départ ne paralyse pas l’exploitation. Les Chinois peuvent facilement trouver d’autres domestiques pour laver leurs linges. Le commandant a donc pu les expulser sans conséquence immédiate pour la production. Les responsables chinois du site ont assisté, impuissants, à cette démonstration de force. Ils ont perdu deux employés honnêtes et reçu le message suivant: ne touchez pas aux militaires, même quand ils volent

Source: Corbeau News Centrafrique

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