Saïd Omar : « Le problème se focalise sur la série A4 »

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Saïd Omar : « Le problème se focalise sur la série A4 »
Saïd Omar : « Le problème se focalise sur la série A4 »

Africa-Press – Comores. L’édition 2023 des examens nationaux a suscité une inquiétude de l’opinion publique. Afin de comprendre la cause de cette régression, La Gazette des Comores s’est rapproché d’Omar Saïd, un inspecteur pédagogique du CIPR de Mboude. Ce dernier a accepté de répondre aux questions de HZK/ La Gazette des Comores.
Question : Comment expliquer la baisse des résultats aux examens nationaux ?
Saïd Omar : Ce n’est pas une question que l’on peut répondre en une seule réponse. Il y a plusieurs facteurs à tenir en compte. Non seulement du niveau d’une manière générale et sur les examens nationaux en particulier. Si l’on regarde bien ces résultats, ce sont des résultats globaux. En désagrégeant série par série, la série scientifique s’en sort très bien, les résultats parlent d’eux-mêmes. La difficulté se trouve sur la série littéraire dont les 3⁄4 des candidats font la série A4. Cette série demande de la rigueur, de l’assiduité et de la polyvalence. Malheureusement, ce sont eux qui tirent les résultats vers le bas. C’est un constat. A ce stade, nous devons après examen, analyser ces résultats et faire des recommandations. Il y a de part et d’autre des responsabilités à tous les niveaux, parents, élèves, enseignants, encadreurs et autorités. La plupart des écoles qui ont un taux de réussite élevé, sont des écoles qui s’intéressent aux disciplines. Les établissements publics sont livrés à eux-mêmes. Même, nous les enseignants, nous avons besoin d’une remise à niveau. Le gouvernement a fait un effort en envoyant les enseignants à l’Alliance française pour se performer mais cela ne suffit pas. Il faut parler au quotidien, écrire au quotidien et écouter. Nous sommes des enseignants.

Question : Certains pointent du doigt les enseignants, qu’en pensez-vous ?
S.O: Je pense qu’Il y a des raccourcis. Il faut essayer de comprendre comment on recrute les enseignants. Quand on prend quelqu’un qui a fait la météorologie pour l’histoire-géo ou un économiste pour les mathématiques, il va faire comment ? Certains enseignants ne sont pas pluridisciplinaires. Je suis persuadé qu’avec beaucoup d’efforts nous pouvons mieux faire et rehausser le niveau. Car le problème se focalise sur la série A4. C’est une série littéraire, ce n’est pas du jour au lendemain qu’on devient littéraire, c’est une construction depuis la maternelle jusqu’au baccalauréat. Aujourd’hui combien d’élèves et enseignants lisent, même le Xala de Sembene Ousmane introduit aux examens nationaux depuis un bout de temps, rares sont ceux qui le lisent.

Question : Quels sont les axes à renforcer pour une éducation de qualité ?
S.O : Bientôt il y aura des assisses sur l’éducation nationale. Peut-être c’est l’occasion de mener une réflexion. J’ai quelques pistes en tant qu’encadreur et homme de terrain, à savoir renforcer la lecture chez les élèves, obliger les enseignants à parler couramment le français. Chaque élève doit être appelé à présenter une œuvre ou faire son résumé. On encourage les enfants à écouter les émissions en français. Peut-être, l’on peut rechausser le niveau. Ce sont des petites mesures qui peuvent avoir un impact sur la vie des élèves. C’est inquiétant de voir un enfant qui a suivi un cursus scolaire complet et de ne pas pouvoir constituer une phrase correcte, c’est scandaleux. Nous avons tous une part de responsabilité.

J’ai fait encore cette observation concernant les étudiants de l’IFERE, qui veulent devenir des enseignants. La plupart d’entre eux, ont fait la série A4, certains ont des lacunes et ils font la formation avec ces lacunes. Malheureusement, une fois sur le terrain, ces lacunes s’observent facilement. Ces gens devront être performés, outillés et avoir les atouts pour être des enseignants de qualité. Car la maquette que nous utilisons ici à l’Ifere est la même que celle des pays africains. Un enseignant devrait avoir de la rigueur et de la discipline. En outre, la prolifération des écoles privées n’aide pas. Il faut que les autorités jettent un coup d’œil pour des écoles de qualité.

Un dernier mot ?
S.O : Je pense qu’au lendemain de la proclamation des résultats du baccalauréat, on doit organiser au niveau de l’inspection des assises pour analyser ces résultats. Et faire des recommandations par la suite. Le dire c’est mieux mais il faut se pencher sur le problème.

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