Manu Dibango et autres jazzmen en majesté

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Manu Dibango et autres jazzmen en majesté
Manu Dibango et autres jazzmen en majesté

Africa-Press – Congo Kinshasa. Avec « Jazz on my mind », le Camerounais Samuel Nja Kwa invite ses lecteurs à un tour du monde intime, en photos, des plus grands musiciens de jazz, alors même que la biographie de Manu Dibango, décédé il y a plus d’un an, ressort en librairie. La musique ne meurt jamais…

L’une des grandes difficultés que rencontrent les auteurs de livres de photos sur le monde du jazz est aisée à comprendre : comment réussir à proposer des portraits lisibles et évocateurs de musiciens noirs photographiés en noir et blanc dans des univers – clubs ou festivals – peu éclairés voire ultra-sombres ? Cette contrainte, dont s’accommodent la plupart des photographes de talent, qui en font même un atout en jouant sur les contrastes, implique que la valeur des ouvrages se mesure pour une bonne part à la qualité de l’impression de la couleur noire. Samuel Nja Kwa ne l’ignore sans doute pas puisque son superbe Jazz on my mind, qui contient beaucoup de portraits en couleur, traite avec grand soin de cette question.

Dès sa couverture, on découvre, dans un univers d’un noir radical l’immense pianiste Ahmad Jamal, lors d’un concert en 2019 à la fondation Louis Vuitton à Paris, une photo dans laquelle émergent seule la tête concentrée et les mains inspirées de l’artiste ainsi que les touches blanches de son instrument.

Le tout constitue ainsi une sorte d’histoire du jazz et de ses émanations

C’est à la pandémie de Covid-19 que l’on doit la réalisation de cet ouvrage. Confiné comme tant d’autres début 2020, Samuel Nja Kwa, un peu désemparé et condamné à l’oisiveté après l’annulation de ses expositions et de ses déplacements, décide de se plonger dans ses archives et de classer chronologiquement toutes les images résultant de 22 années de travail. Il s’est rendu compte que ces images « racontaient sa propre histoire, sa relation avec le jazz » et pouvaient constituer le contenu d’une œuvre. Car il se surprenait en rangeant les clichés à « entendre la musique des artistes photographiés », à se remémorer « les conversations » avec eux et les concerts auxquels il avait assisté.

On en a la preuve dans Jazz on my mind puisque, outre les 300 photos presque toutes superbes qu’il contient, le plus souvent en pleine page, le livre propose en regard des images des textes évoquant les circonstances et la teneur des rencontres entre les jazzmen et l’auteur, avant d’offrir des éléments biographiques éclairants sur leurs parcours.

« Jazz on my mind », de Samuel Nja Kwa, Éditions Duta, 320 pages, 49,95 euros.

Le tout constitue ainsi une sorte d’histoire du jazz et de ses émanations depuis quelques décennies, sans beaucoup d’omissions. Mais une histoire particulière, qu’on peut qualifier d’intime. Samuel Nja Kwa met en avant dans ses photos les visages et les mains des musiciens et autant que possible leurs expressions, les manifestations de leur intériorité, ignorant l’arrière plan.

Artistes des cinq continents

Ainsi perçoit-on fort bien pourquoi on peut être attaché à tous ces artistes issus des cinq continents présentés dans le livre, les Nord-Américains comme le pianiste Herbie Hancock, le chanteur Ray Charles, le saxophoniste Archie Shepp, la chanteuse Abbey Lincoln ou le contrebassiste Ron Carter (qui préface l’ouvrage), les Européens comme le batteur Daniel Humair, le multi-instrumentiste Michel Portal, le saxophoniste Stéphane Belmondo ou le pianiste Bojan Z, les Africains comme l’Éthiopien, créateur de l’éthio-jazz, Mulatu Astake, la chanteuse Angelique Kidjo ou, bien sûr, Manu Dibango.

S’agissant du saxophoniste camerounais, compatriote des parents de Samuel Nja Kwa, on peut aussi signaler la sortie d’une édition revue et augmentée de ses mémoires, rédigées avec l’aide de Gaston Kelman, Balade en saxo, dans les coulisses de ma vie. Une occasion, un an et demi après sa disparition, de visiter l’itinéraire incroyable de ce monument du jazz devenu après des débuts difficiles une star mondiale, reconnu comme un pair par les plus grands, d’Art Blakey à Miriam Makeba ou Herbie Hancock. Un artiste, ce livre le montre, qui, au delà de la musique, pouvait s’exprimer comme un sage sur l’état du monde et de l’Afrique.

« Balade en saxo », dans les coulisses de ma vie, de Manu Dibango, Éditions L’Archipel, 318 pages, 20 euros.

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