Africa-Press – Congo Kinshasa. Alors que la République démocratique du Congo traverse une période de tensions sociales, économiques et politiques aiguës, la reconduction de Madame Judith Suminwa à la primature, annoncée récemment par le président Félix-Antoine Tshisekedi, est présentée par le pouvoir comme un acte de continuité et de stabilité. Mais pour une grande partie de la population et de nombreuses organisations de la société civile, cette décision ne suscite ni espoir ni enthousiasme. Elle s’inscrit plutôt dans une logique de « répétition », symptomatique d’un pouvoir déconnecté du vécu quotidien des Congolais. Bref, la reconduction de Judith Suminwa n’apportera aucun changement sur le plan socio-économique.
« Le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi a annoncé, samedi 02 août 2025, un nouveau gouvernement toujours sous l’égide de Judith Suminwa. » C’était au cours d’une réunion tenue à Kinshasa à laquelle sa famille politique l’Union sacrée de la Nation (USN). Ce choix, loin de provoquer un souffle nouveau, est perçu comme un simple ajustement institutionnel sans réelle volonté de réforme. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la compétence personnelle de Madame Suminwa, mais de s’interroger sur le cadre politique inchangé dans lequel elle opère, un cadre verrouillé, recyclé, et peu perméable aux critiques comme aux attentes populaires.
Car dans les faits, « cette initiative de laisser Judith Suminwa à la primature ne changera à rien, car cela ne ne résoudra pas les questions socio-économique des Congolais. » Les défis sont immenses: chômage massif des jeunes, dégradation du pouvoir d’achat, détérioration des infrastructures, crise sécuritaire persistante à l’Est, corruption généralisée, inflation incontrôlée… Aucun de ces problèmes cruciaux n’a connu d’amélioration notable au cours du mandat précédent. Les populations, elles, le savent: une nouvelle équipe gouvernementale construite sur les mêmes logiques ne portera pas de solutions nouvelles.
Dans ce contexte, il ne suffit pas de changer quelques noms ou de renouveler les visages à la tête des ministères pour convaincre. « C’est une répétition, entre-temps le vécu quotidien congolais ne s’est pas amélioré. » Voilà le diagnostic implacable posé par une frange lucide de l’opinion publique.
Ce dont la RDC a besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’un simple remaniement technique, mais d’une rupture courageuse avec les pratiques qui ont gangréné la gouvernance depuis des décennies. Cela suppose un véritable dialogue inclusif, une sorte d’« états généraux de la Nation », où toutes les forces vives – société civile, partis politiques, mouvements citoyens, confessions religieuses, intellectuels, diaspora – seraient conviées pour repenser ensemble les fondations de la République.
« Donc, le vrai remaniement est de recommencer à zéro en organisant un dialogue inclusif pour decrisper la tension avant de publier un nouveau gouvernement dans lequel il y aura des personnes compétentes sans le népotisme. » Voilà la voie de la lucidité. Car il ne peut y avoir de refondation sans assainissement. Il ne peut y avoir de progrès sans compétence, ni d’équité sans rupture claire avec le népotisme et les réseaux claniques qui gangrènent l’administration.
L’inclusion politique n’est pas une faveur que le pouvoir concède à ses opposants, c’est une exigence démocratique, une nécessité historique pour conjurer les tensions et prévenir les crises futures. Le peuple congolais mérite un gouvernement composé d’hommes et de femmes intègres, visionnaires, choisis sur la base de leur mérite et de leur engagement pour le bien commun, et non pour leur proximité familiale, ethnique ou partisane.
L’heure est grave. Et la complaisance n’est plus une option. Le temps du rafistolage politique doit céder la place à un sursaut collectif. Oui, il faut recommencer à zéro, non pas pour effacer l’histoire, mais pour écrire enfin une page nouvelle, à la hauteur des aspirations profondes d’un peuple qui n’a que trop souffert des promesses sans lendemain.
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