Tshisekedi: une Série de Mandats Ininterrompus

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Tshisekedi: une Série de Mandats Ininterrompus
Tshisekedi: une Série de Mandats Ininterrompus

Africa-Press – Congo Kinshasa. Bien entendu, le moment venu, le Président de la République ne pourra pas ne pas assumer le bilan de sa gouvernance. Au mieux positif. Au pire, négatif, cela en attendant peut-être *”Tshisekedi 6′′!

Jamais, depuis son avènement à la magistrature suprême le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi n’a été aussi pris à partie par les siens que ces temps derniers à la suite des nominations effectuées entre juillet et août 2025. Des Communicateurs se réclamant de l’Udps continuent de s’exprimer avec une violence verbale qui surprend bien des observateurs de la scène politique congolaise. De Kalonji à “Jules Munyere” en passant par Mukendi, Mubenga, “Général Fantôme” et autres Guily, chacun sort de son artillerie des mots réellement “assassins”. C’est à croire qu’après ces nominations, il n’y a plus rien à espérer de deux ans et demi qui restent de son second et dernier mandat constitutionnel. Le controversé pasteur Paul Mukendi est allé loin en déclarant au cours d’un culte dans son église:_”On n’attend rien d’extraordinaire de cette équipe. Ils vont échouer (…) Quand on voit la réalité de la gestion, on comprend que rien n’a été pensé pour sortir la population de sa condition actuelle_». Deux jours après, il a dû avaler sa langue après les “rumeurs de son enlèvement” pour rapatriement au Canada où un procès l’attend…*

A-t-il eu tort d’agir ainsi? Oui et non

Ses partisans révoltés ont conscience du fait qu’en cas de Dialogue aboutissant au fameux partage du gâteau, la part de l’Udps – déjà rapetissée au sein de l’Union sacrée de la nation – va se rétrécir davantage, réduisant par voie de conséquence les postes à prendre, entendez les chances de rejoindre les institutions.

À dire vrai, par rapport au titre de la chronique, Félix Tshisekedi a toujours voulu d’un Gouvernement à son image et non d’un Gouvernement conforme aux articles 90 et 91 de la Constitution.

Pour rappel, l’énoncé de l’alinéa 2 du premier article dit du Gouvernement qu’ _”ll est dirigé par le Premier ministre, chef du Gouvernement_”.

Les alinéas 4 et 5 précisent: _”Avant d’entrer en fonction, le Premier ministre présente à l’Assemblée nationale le programme du Gouvernement. Lorsque ce programme est approuvé, à la majorité absolue des membres qui composent l’Assemblée nationale investit le Gouvernement_”.

L’énoncé du second article, repris entièrement, est: _”Le Gouvernement définit, en concertation avec le Président de la République, la politique de la Nation et en assume la responsabilité. Le Gouvernement conduit la politique de la Nation. La défense, la sécurité et les affaires étrangères sont des domaines de collaboration entre le Président de la République et le Gouvernement.

Le Gouvernement dispose de l’administration publique, des Forces armées, de la Police nationale et des services de sécurité. Le Gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale dans les conditions prévues aux articles 90, 100, 146 et 147. Une ordonnance délibérée en Conseil des ministres fixe l’organisation, le fonctionnement du Gouvernement et les modalités de collaboration entre le Président de la République et le Gouvernement ainsi qu’entre les membres du Gouvernement_”.

C’est clair: en dehors des domaines de collaboration, tous les domaines restants sont placés logiquement sous l’autorité directe du Premier ministre.

Or, dès son accession à la Magistrature suprême le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi a restauré le *présidentialisme* de type Mobutu (entre 1965 et 1990) et de type Laurent-Désiré Kabila (entre 1997 et 2001), à cette différence près que le Maréchal avait un Premier ministre (Premier Commissaire d’État plutôt Coordonnateur que chef véritable du Gouvernement) tandis que Mzee dirigeait seul l’Exécutif national. Ce type de présidentialisme avait été rejeté et à la Conférence nationale souveraine et au Dialogue intercongolais présidentialisme.

La volonté de Félix Tshisekedi de s’affirmer patron de cet Exécutif s’était matérialisée au lendemain même de son investiture pour le premier mandat.

En effet, la première décision prise après la remise-reprise avec son prédécesseur le 25 janvier 2019 avait été la neutralisation pure et simple du Premier ministre Bruno Tshibala et de son Gouvernement enjoints à liquider les affaires courantes.

Plus que le Palais de la Nation (Bureau officiel du Président de la République), c’est la Cité de l’Union Africaine au Mont Ngaliema (Bureau officieux et résidence du Chef de l’État) qui gérait l’Exécutif national.

On en veut pour preuve la conduite du *”Programme des 100 Jours”.

A-t-il eu tort d’agir ainsi? Oui et non. *Oui* au regard de l’esprit et de la lettre de la Constitution (selon l’alinéa 2 de l’article 91, c’est le Gouvernement qui conduit la politique de la Nation).

*Non* quand on sait qu’il est anormal de contraindre au suffrage universel direct et secret un candidat à la présidentielle, avec en plus pour circonscription électorale l’ensemble du territoire national, puis de l’obliger, une fois proclamé vainqueur, de laisser aux mains du Premier ministre la réalisation de ses promesses de campagne. Encore que le Premier ministre pourrait ne pas être de sa famille politique (c’est arrivé avec Sylvestre Ilunga Ilunkamba à la primature).

Depuis, le constat qu’il gère quasiment tout !

La “cohabitation FCC-CACH” n’ayant pas fait long feu (6 septembre 2019-26 avril 2021), Félix Tshisekedi avait recouvré sa marche de manœuvres à partir du Gouvernement Sama Lokonde 1.

Un incident à l’apparence mineur mais en réalité sérieux fut constaté dans la première version du discours d’investiture. Elle portait la signature non pas du Premier ministre mais du Président de la République de *Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo*.

Depuis, la réalité est que le chef de l’État gère quasiment tout. Il instruit *indistinctement* Premier ministre, Vice-Premiers ministres, ministres d’État, ministres-délégués, ministres près, vice-ministres. Il le fait sans tenir compte de la hiérarchie, marquant ainsi son territoire à la manière de grands fauves qui ne peuvent évoluer à deux dans un même espace.

De ce fait, de 2021 à ce jour, c’est par abus de langage qu’on qualifie le Gouvernement Sama Lukonde 1 ou 2, Sumwina 1ou 2.

La réalité est qu’avec les 9 premiers mois de 2019, le chef de l’État en est à son cinquièmement Gouvernement. Plus de 5 ans après, le pays aura connu *”Félix Tshisekedi 1, 2, 3, 4 et 5′′*.

Une réalité implacable parce qu’indéniable

L’ennui est que le Chef de l’État n’en assume pas la responsabilité, entendez les conséquences, surtout quand il y a ratages.

On se souviendra du rejet, sur le Premier ministre Sama Lukonde, de la responsabilité de la déroute du Franc congolais face au Dollar américain. C’était sur *Top Congo Fm* la veille de la clôture de la campagne électorale 2023 !

On se souviendra du rejet, sur le VPM Gilbert Kankonde, de la responsabilité du séjour d’une délégation du M23 à Kinshasa pendant 14 mois !

On sait aussi que le Chef de l’État a engagé le pays dans certaines initiatives sans se référer au préalable au Gouvernement, ni à d’autres institutions de la République. Il y a, entre autres, l’adhésion du pays à l’EAC. Félix Tshisekedi a brulé des étapes avant la normalisation.

Pas plus tard que le 19 juillet dernier, c’est son Haut Représentant (cadre de son propre cabinet) qui a engagé le Gouvernement dans la Déclaration de Principes avec l’AFC-M23 dans le cadre du Processus de Doha, sans que l’intéressé n’en soit pourtant membre.

Cela arrive parce qu’il ne croit pas dans la Constitution.

Depuis 2019, il ne s’en cache pas. Il a un problème sérieux avec la Loi fondamentale qu’il cherche à changer et avec l’ordre institutionnel en place dont il entend modifier le système de fonctionnement.

Or, la Constitution ne le soumet à aucun devoir de redevabilité. Elle ne reconnaît au Président de la République aucune obligation de conduire *la politique de la Nation*, prérogative réservée exclusivement au Gouvernement, et celui-ci est actuellement tenu en bride !

Réalité implacable parce qu’indéniable: difficile de désigner qui rend compte à qui !

La gouvernance institutionnelle du pays est assurée sur base d’une drôle de loi fondamentale non écrite, le fameux dicton « Le salut du peuple est la loi suprême».

Elle bloque tout débat constructif, même lorsqu’il y a dégâts avérés !

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