Africa-Press – Côte d’Ivoire. Ces deux-là ne s’aiment pas beaucoup, mais il arrive qu’on les retrouve dans la même pièce. Le Congrès national africain (ANC) et ses opposants des Combattants pour la liberté économique (EFF) étaient représentés lors de la fête organisée pour le 73e anniversaire de la République populaire de Chine, le 28 septembre à Johannesburg. Les deux rivaux partagent la même sympathie pour le Parti communiste chinois (PCC).
« L’ANC et l’EFF, épaule contre épaule, à la fête du consulat », titre avec malice le média sud-africain IOL dans son compte-rendu de la cérémonie. L’article a été opportunément partagé sur le compte Twitter du consulat général de Chine, entre deux articles de médias officiels. Étaient présents Paul Mashatile, trésorier général de l’ANC, et Floyd Shivambu, numéro deux de l’EFF.
Louanges
D’inspiration marxiste-léniniste, l’EFF se retrouve dans l’idéologie originelle du PCC, dont il tente de se rapprocher : publication d’une tribune élogieuse dans la presse pour les 100 ans du parti ; retweet de la propagande gouvernementale ; manifestation dans les rues de Pretoria, en juin 2021, pour exiger l’autorisation des vaccins chinois… « Nous faisons des efforts pour approfondir nos relations », reconnaît Sinawo Thambo, porte-parole de l’EFF, lui aussi invité à la cérémonie du 28 septembre dernier.
LA CHINE DOIT RÉSOLUMENT ÊTRE À LA TÊTE D’UN NOUVEL ORDRE MONDIAL SOCIALISTE
Farouchement anti-américain, le parti de Julius Malema jette son dévolu sur le régime de Pékin. « La Chine doit résolument être à la tête d’un nouvel ordre mondial socialiste, dépourvu d’impérialisme, de guerres impérialistes et de dépossession des plus faibles », déclarait le leader des Bérets rouges lors du huitième anniversaire de l’EFF, en 2021. Il appelait la Chine à devenir le gardien de la paix dans le monde, à être le leader de l’industrialisation de tous les pays et à plaider pour la réforme des institutions internationales comme les Nations unies. Du miel pour les oreilles du PCC.
Les officiels chinois ne sont pas restés sourds aux louanges. Les cadres de l’EFF ont été reçus par le consul chinois au mois d’août pour une réunion d’information sur les affaires du monde et sur les préparatifs du vingtième congrès du PCC, qui se tient actuellement. Aucun membre de l’EFF ne s’est déplacé en Chine pour ce grand raout, mais un message a été adressé à Xi Jinping. « Nous leur souhaitons le meilleur pour leur congrès et pour leur développement continu d’une nation qui promeut le socialisme et le développement en dehors du cadre des pays occidentaux et du capitalisme », encourage Sinawo Thambo.
Diplomatie de parti à parti
Cyril Ramaphosa, le chef de l’État, devrait également envoyer un message de sympathie en sa qualité de président de l’ANC, selon Sibongile Desani. Ce cadre du parti au pouvoir connaît bien le PCC. Il a voyagé plusieurs fois en Chine au cours de la dernière décennie pour y recevoir des formations. Cette « diplomatie de parti à parti » existe depuis les années 1950 entre le PCC et l’ANC. Le parti communiste chinois a été solidaire du combat de libération mené contre le régime anti-communiste de l’apartheid. Au fil des décennies, les formations du PCC ont perdu en idéologie pour se concentrer sur l’émancipation économique de la Chine depuis les réformes de 1978. « La façon dont la Chine s’est développée nous enseigne comment ils ont réussi à sortir des gens ordinaires de la pauvreté. Et c’est l’une des aspirations de l’ANC », explique Sibongile Desani.
LA FAÇON DONT LA CHINE S’EST DÉVELOPPÉE NOUS ENSEIGNE COMMENT ILS ONT RÉUSSI À SORTIR DES GENS ORDINAIRES DE LA PAUVRETÉ
À la différence des magiciens, le PCC partage volontiers ses trucs et astuces pour reproduire son miracle économique. Il a financé la construction de la Mwalimu Julius Nyerere Leadership School, une école de formation politique qui a ouvert ses portes en Tanzanie en février dernier. Elle est gérée par six partis d’Afrique australe issus des anciens mouvements de libération, comme le Frelimo au Mozambique, la Zanu-PF au Zimbabwe et l’ANC en Afrique du Sud. « On voit cette école comme une plateforme pour partager nos expériences pour améliorer la vie de nos populations », affirme Sibongile Desani.
Ces formations politiques font partie du soft power chinois. « Elles garantissent le maintien de relations de proximité entre le PCC et ces partis à travers des échanges fréquents », observe Lina Benabdallah, professeure en sciences politiques à l’université américaine de Wake Forest, en Caroline du Nord. « À long terme, poursuit-elle, l’objectif pourrait être de montrer concrètement aux pays en voie de développement comment le modèle chinois peut leur réussir davantage et mieux correspondre à leurs expériences, contrairement aux modèles du FMI ou des institutions internationales. »
À l’abri des critiques
À force d’embrasser le modèle chinois, la critique du régime communiste devient moins évidente. « Si c’était une dictature, comment auraient-ils été en mesure de sortir plus de 40 millions de personnes de la pauvreté ? La démocratie n’est pas seulement définie par le nombre de mandats, mais aussi par le sort des populations », défend Sibongile Desani. « Si [les Chinois] pensaient vivre dans une dictature, ils se soulèveraient. C’est la nature humaine de résister à un État répressif. Mais pour l’instant on n’a rien entendu de tel », évacue Sinawo Thambo.
Déboussolée par la dégringolade du modèle socio-économique sud-africain, la classe politique regarde la croissance chinoise avec envie. Celle-ci profite directement à l’Afrique du Sud, dont la Chine est le premier partenaire commercial depuis treize ans. Pékin est aussi reconnu pour son engagement sur le continent. « En tant qu’Africains, nous apprécions profondément les politiques progressistes que la Chine a menées pour soutenir le développement de notre continent », déclarait Cyril Ramaphosa à l’occasion du centenaire du PCC en 2021.
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