Diomandé Vagondo : « Nous avons pris toutes les dispositions sécuritaires pour la CAN »

3
Diomandé Vagondo : « Nous avons pris toutes les dispositions sécuritaires pour la CAN »
Diomandé Vagondo : « Nous avons pris toutes les dispositions sécuritaires pour la CAN »

Marwane Ben Yahmed

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, intime d’Alassane Ouattara, sera en première ligne lors de la prochaine Coupe d’Afrique des nations, qui démarre le 13 janvier en Côte d’Ivoire.

Militaire chevronné, diplômé de l’École normale supérieure, puis de l’École des forces armées, Diomandé Vagondo, 63 ans, est un fidèle d’Alassane Ouattara, dont il fut l’aide de camp du 16 février 1991 jusqu’à la mort de Félix Houphouët-Boigny, en décembre 1993. « Mes liens avec Ouattara sont familiaux, explique-t-il fièrement. Il est comme mon père. Il a fait de moi ce que je suis. Je lui dois tout. Personne ne me détournera de lui, je lui resterai fidèle jusqu’au bout. »

À la fin de la crise post-électorale de 2011, Alassane Ouattara, avec qui il était resté en contact, le nomme commandant du Groupement de sécurité du président de la République (GSPR), unité chargée d’assurer la sécurité du chef de l’État. Puis, en 2013, il en fait son chef d’état-major particulier. Le 4 septembre 2019, le général Vagondo devient ministre de la Sécurité et de la protection civile. Originaire de Sokourala, un village du nord-ouest de la Côte d’Ivoire, et fils d’une famille de paysans, il n’avait sans doute jamais imaginé un tel destin.

Il nous a reçu, à la mi-novembre, dans un salon de l’hôtel Marriott Champs-Élysées, à Paris, pour répondre à nos questions, mâchoire carrée, costume bleu nuit impeccable. Un militaire disert, ce qui est rare, soucieux de précision, et qui sait aussi manier l’humour à l’occasion. Entretien.

Jeune Afrique : La Côte d’Ivoire organise la Coupe d’Afrique des nations (CAN) à partir du 13 janvier. Quelles sont les dispositions prises sur le plan sécuritaire pour éviter tout incident ?

Diomandé Vagondo : C’est un événement de la plus haute importance pour la Côte d’Ivoire, qui verra arriver un nombre très élevé de personnes et qui, bien évidemment, impliquera les Ivoiriens eux-mêmes. Nous avons pris des dispositions pour ceux qui viendront nous rendre visite. Nous avons mis en place des partenariats avec différents pays pour que nous soyons informés des délégations qui viennent, de façon à ce que l’encadrement sécuritaire et protocolaire soit le plus efficient possible.

Le visiteur qui sort de son avion doit pouvoir être accueilli dans les meilleures conditions. Nous devons lui faciliter les formalités d’immigration, le transit de l’aéroport à son hôtel, le déplacement de son hôtel au stade et le ramener à son hôtel, en veillant à ce qu’aucune perturbation ne vienne contrarier tout ce circuit.

Toute une chaîne logistique est déployée, en accord avec tous les acteurs de la sécurité et du transport. Nous mettons également l’accent sur la formation de nos personnels de police en matière d’immigration, de gestion de foule et d’escorte d’autorités. Nous avons formé 4 000 policiers spécialement dédiés à la CAN, qui sont donc en capacité de faire face à toutes les situations qui pourraient se présenter.

Le gouvernement canadien, notamment, a estimé, dans ses conseils aux voyageurs, qu’Abidjan pouvait être une ville avec un niveau de criminalité important, leur déconseillant certains quartiers de jour comme de nuit. Que faites-vous pour rassurer les touristes ?

Ce sont des appréciations qui datent. Effectivement, il y a eu des moments où certaines personnes avaient des raisons de s’inquiéter du niveau de criminalité à Abidjan. Mais la sécurité en Côte d’Ivoire a connu une très grande évolution. Aujourd’hui, il est très facile de voyager depuis la capitale économique jusqu’au point le plus reculé du nord du pays, en tout temps et sans aucune inquiétude. Nous avons mis en place tout un dispositif sécuritaire pour mailler le territoire du grand Abidjan. Une nouvelle unité de police de proximité a, par exemple, été créée.

Il est bien évident qu’on ne peut pas mettre un policier derrière chaque citoyen, mais nous avons mis en place un dispositif qui permet à la police d’être le plus proche possible de tout incident qui pourrait arriver. C’est pourquoi nous avons positionné des unités qui sont prêtes à réagir dans tous les coins stratégiques d’Abidjan. Elles ont trois missions : intervention, assistance, secours. Si les policiers sont témoins d’une situation, il faut qu’ils soient capables d’intervenir au profit du citoyen en cinq minutes. En dehors de cela, des patrouilles circulent 24 heures sur 24 dans la ville d’Abidjan pour que chacun se sente en sécurité.

Compte tenu des attentats qui ont eu lieu dans le passé – notamment à Grand Bassam – et du contexte régional, jusqu’à quel point la Côte d’Ivoire est-elle menacée aujourd’hui par le terrorisme ?

Aucun pays n’est à l’abri de la menace terroriste. Mais la Côte d’Ivoire a pris des mesures pour prévenir ces attaques. Nous venons de parler de la proximité des forces de sécurité. Nous avons également créé le centre de renseignement antiterroriste, une unité qui, en moins d’un an et demi, a fait ses preuves. Je ne veux affoler personne, mais elle a réussi à démanteler des cellules dormantes dans notre pays. Cette unité est au cœur du partage des renseignements avec tous les partenaires de la Côte d’Ivoire. En dehors de cela, nous avons aussi l’académie internationale de lutte contre le terrorisme qui a ouvert ses portes il y a près de trois ans, à Jacqueville, et qui accueille ses élèves dans tous les domaines : sécurité pure, justice, diplomatie, etc…

La Côte d’Ivoire appartient en outre à l’initiative d’Accra qui regroupe sept pays de la région. Malheureusement, trois d’entre eux se sont un peu mis à l’écart mais nous sommes régulièrement en contact avec tous les pays de la sous-région afin de mener des actions conjointes pour que les frontières soient sécurisées.

Enfin, la Côte d’Ivoire s’attaque également aux racines du mal car le terrorisme se nourrit de l’absence de l’État dans certaines zones. La plus grande menace se situe dans Nord, où, justement, le gouvernement conduit un programme d’infrastructures socio-économiques de base, un programme au profit des jeunes pour qu’ils ne se sentent pas abandonnés et qu’ils cessent ainsi de représenter des cibles faciles pour les terroristes qui entendent les recruter.

Les actions que vous pouvez entreprendre dépendent aussi, en partie, de la situation de vos voisins, notamment le Burkina Faso, le Mali ou le Niger qui ont tous subi des coups d’État. Cela a-t-il altéré la collaboration entre vos services de renseignement ?

Non, pas vraiment, même si nous pourrions faire plus et mieux. Nous sommes en contact permanent. Heureusement, les États ont compris que le terrorisme ne peut pas être combattu chacun dans son coin. Il faut une conjonction d’efforts et une parfaite coordination.

Cela n’empêche pourtant pas les anicroches. Qu’est-il reproché aux deux gendarmes ivoiriens qui ont été arrêtés au Burkina Faso, le 19 septembre, et pourquoi ne sont-ils toujours pas libérés ?

Posez la question aux autorités burkinabè. À chaque fois qu’un incident de ce type se produit – incident qui peut arriver car nos frontières ne sont pas formellement matérialisées et que des éléments des forces de défense et de sécurité peuvent se retrouver sur l’un ou l’autre des territoires –, nous avons procédé à la remise des intéressés, à leurs gouvernements, le plus rapidement possible.

Dernièrement, un militaire de la Garde nationale malienne a été intercepté en territoire ivoirien. Il a été remis dans les 48 heures aux autorités maliennes à travers leur attaché de défense, qui est à Abidjan. Quatre policiers burkinabè se sont également retrouvés en territoire ivoirien, et nous avons organisé leur retour avec les préfets de région qui sont de part et d’autre de la frontière. Cela s’est très bien passé. Voilà pourquoi je m’étonne que, cette fois-ci, les autorités burkinabè n’agissent pas de la même manière, d’autant plus que j’ai personnellement pris contact avec elles. Elles m’ont répondu qu’elles avaient compris. J’attends toujours…

La présence de Guillaume Soro à Niamey et à Ouagadougou, ainsi que l’annonce de son retour prochain, en tout cas de la fin de son exil, constituent-t-elles une menace pour la Côte d’Ivoire, compte tenu de ce qui lui a été reproché ?

Guillaume Soro est un Ivoirien comme un autre. Il rentre en Côte d’Ivoire quand il veut et c’est à lui qu’incombe ce choix. Je ne commenterai pas davantage.

Deux affaires traitées par les services de police ont fait grand bruit. La première est celle du démantèlement d’un important réseau de trafic de drogue, à Abidjan et à San Pedro. La seconde, elle, concerne un autre trafic, celui de passeports et de la nationalité ivoirienne…

Commençons par le phénomène de la drogue. L’épicentre du trafic n’était pas, jadis, en Côte d’Ivoire mais dans d’autres pays de la région. Malheureusement, ce centre a donné l’impression de se déporter chez nous. Notre pays est devenu une zone de transit, pas de grande consommation. Il a donc fallu prendre des mesures spéciales pour lutter contre ce fléau et c’est ce qui a donné les résultats que avons enregistrés avec la saisie d’importantes quantités de cocaïne.

Nous avons au total six unités qui sont chargées de la lutte contre les stupéfiants, formées, équipées et dotées de moyens conséquents. Les résultats sont là. Mais c’est une lutte de tous les instants, une lutte qui appelle la coopération de tous les États, car quand on parle de drogue, on parle des réseaux criminels transnationaux. Je remercie tous nos partenaires qui se sont intéressés étroitement à ce dossier, et nous ont envoyé des experts – des Américains, des Italiens, des Espagnols – qui nous ont permis de découvrir qui était derrière cette filière.

Concernant la question des passeports, la Côte d’Ivoire est un pays très attractif. Nous sommes dans un environnement où la libre circulation est de rigueur dans le cadre de la Cedeao [Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest]. Tout le monde veut venir en Côte d’Ivoire, s’y installer et peut-être avoir une vie meilleure. Nous avons le même problème que plusieurs pays européens qui sont des destinations d’immigration. Dans cette quête de la nationalité ivoirienne, bien évidemment, beaucoup de personnes peuvent être tentées par des moyens détournés.

L’autre problème que nous avons eu concerne l’état civil. À la faveur de toutes les crises que nous avons vécues, des esprits malins – permettez que je dise ça comme cela – sont allés détruire les registres des états civils. Il a donc fallu tout reconstituer, ce qui était un travail laborieux. Enfin, nous avons mis en place un dispositif qui permet de mettre en lien toutes les bases de données existantes sur les individus afin qu’ils puissent bénéficier effectivement du document auquel ils prétendent. Ce dispositif nous permet de démasquer plusieurs cas de fraudes à la nationalité. Je n’ai pas envie de citer les nationalités qui viennent en tête de ces fraudeurs pour ne pas mettre mal à l’aise certains pays, mais nous avons des statistiques précises…

Quelle est votre stratégie pour lutter contre l’immigration clandestine ?

Nous entendons lutter avec vigueur contre cette immigration clandestine. Nous avons un bureau de lutte contre la fraude documentaire à l’aéroport d’Abidjan et aux différentes frontières qui, chaque jour, arrive à mettre à nu tous les faux documents de voyage et interpelle les fraudeurs. Les statistiques sont disponibles. Nous avons formés des policiers spécialement outillés pour reconnaître les faux documents.

L’office national de l’état civil et de l’identification a aussi mis au point un dispositif qui permet de vérifier l’originalité des actes produits pour prétendre à un titre d’identité. Nous avons dernièrement mené une opération spéciale au niveau de l’aéroport d’Abidjan, parce qu’on s’est rendu compte que la plupart des migrants clandestins prennent des destinations où il n’y a pas besoin de visa pour la Côte d’Ivoire. Je pense notamment à la Tunisie et au Maroc. En un mois, nous avons identifié 288 personnes qu’on a dû débarquer, parce qu’elles ont avoué, après enquête, aller en transit dans ces deux pays avant de rejoindre l’Europe.

Comment avez-vous accueilli la nomination de Robert Beugré Mambé au poste de Premier ministre, en remplacement de Patrick Achi ?

Nous sommes dans la continuité avec le président Ouattara. C’est lui qui choisit celui qui doit guider l’action gouvernementale.

Source: JeuneAfrique

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Côte d’Ivoire, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here