Kobenan Kouassi Adjoumani Poète et Grande Gueule au RHDP

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Kobenan Kouassi Adjoumani Poète et Grande Gueule au RHDP
Kobenan Kouassi Adjoumani Poète et Grande Gueule au RHDP

Par Jeanne Le Bihan (à Abidjan)

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Ministre d’État, à l’Agriculture et au Développement rural, député et surtout candidat à sa réélection, le cacique du Zanzan n’a ni la langue dans sa poche ni peur d’être sur tous les fronts. De Bédié à Ouattara, il a toujours su trouver sa place.

Comme il sait garder son interlocuteur en haleine, Kobenan Kouassi Adjoumani devine aussi, entre deux questions, comment répondre à ses attentes. « La Nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles », entame le très puissant ministre d’État, de l’Agriculture et du Développement rural, mi-amusé, mi-attentif. On nous a raconté qu’il lui arrivait de déclamer quatrain sur quatrain, d’Apollinaire ou d’autres, au milieu d’une conversation ou en chemin vers un rendez-vous important. Les premiers vers de ce sonnet de Charles Baudelaire, son auteur favori comme il l’assure, accompagne l’éloge non moins exalté qu’il dresse de son fief, Amanvi: « féérique », « sublime », « formidable », un lieu, à quelques kilomètres de la frontière ghanéenne, où « l’arbre communie avec la maison ». « Si vous vous y rendez, vous ne voudrez plus repartir », assure-t-il sans l’ombre d’un doute.

Lui-même y est pourtant bien obligé. Du haut du 25e étage d’une des imposantes tours du Plateau, le quartier administratif d’Abidjan, on distingue bien le majestueux hôtel Ivoire, le pont Henri Konan Bédié, et la lagune Ébrié, mais pas le Tanda, où le ministre se réfugie dès qu’il le peut, en quelques dizaines de minutes d’hélicoptère, pour pêcher, discuter, se promener le week-end. Cela le rend d’autant plus difficile à joindre, lui qui jongle entre son poste de porte-parole du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et un portefeuille clé dans une économie dominée à 23 % par l’agriculture. Sans oublier ses mandats électifs: président des conseils généraux de Tanda et du Gontougo, et député de Tanda, une fonction que « l’éléphant du Zanzan » brigue à nouveau le 27 décembre.

Tout rafler

Et il ne compte pas perdre: face à quatre concurrents, dont deux indépendants, un candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PCDI), son ancienne formation politique, et un d’Aujourd’hui et demain la Côte d’Ivoire (ADCI), le parti d’Assalé Tiémoko, le « porte-flingue du RHDP », comme le qualifie l’un de ses proches, veut « tout rafler »… Et, comme à l’élection présidentielle, en « un coup KO ». Ce n’est pas seulement l’objectif pour le siège d’Amanvi-Diamba-Tanda-Tchedio, mais pour tous les candidats du parti sur la ligne de départ, après des arbitrages longs, et délicats, auxquels le ministre a participé.

S’il appartient au très envié cercle de décision du parti dirigé par Alassane Ouattara, c’est que Kobenan Kouassi Adjoumani en a été l’un des artisans, à l’heure du rapprochement entre le Rassemblement des républicains (RDR) et le PDCI. Et depuis, cet ancien intime d’Henri Konan Bédié n’a jamais dévié de la ligne « ADO ». Dans son bureau où s’empilent les dossiers, et où ses interlocuteurs ne cessent de le réclamer, Adjoumani raconte son « engagement » et sa « fidélité » à son premier mentor en politique, Henri Konan Bédié. « Durant son exil, après le putsch, je parcourais les villes pour parler de cette injustice », affirme-t-il. Un jour, il l’assure, des gendarmes envoyés par Robert Gueï viennent l’arrêter dans son fief. Il les invite à partager un agouti et du kédjénou, et tous restent déjeuner. « Comme je suis généreux… « , reprend-il, les voilà repartis, et lui reste libre, refusant de se cacher. S’il doit mourir, de toute façon, ce sera chez lui.

Issu de la première vague de ministres proposés par Henri Konan Bédié dans le cadre du RHDP, aux Ressources animales et halieutiques dans le gouvernement de Guillaume Soro, il ne quittera plus le gouvernement. Jusque dans la chambre du Sphinx de Daoukro, Adjoumani a sa place. « S’il est le micro de Bédié, j’en suis le haut-parleur », répond-il à Maurice Kakou Guikahué, alors numéro deux du PDCI, fin décembre 2017. Pourtant, l’année suivante, la rupture est totale.

Daniel Kablan Duncan, Patrick Achi, Jeannot Ahoussou-Kouadio… Tandis que le PDCI quitte le navire de la majorité, la pêche est fructueuse pour le RHDP, et Kobenan Kouassi Adjoumani en fait partie, exclu pour « indiscipline » et « atteinte à l’unité du parti ». « On a dit à Bédié: ‘tu nous as tellement fait aimer le RHDP, on ne peut pas abandonner’ », indique-t-il. Faute de le convaincre, tous partent chez un employeur désormais bien installé dans le fauteuil présidentiel. « Il a conservé son rôle de porte-parole pour ne pas être jeté en pâture », explique une source au sein du RHDP. Garde-t-il une amertume de ce départ? « Je n’ai qu’un seul regret. Henri Konan Bédié est mort sans qu’on ait pu se retrouver entre enfants de Félix Houphouët-Boigny. Cela m’a touché ». « Il fallait faire un choix », analyse simplement un cadre du RHDP. « Il a fait sa route », complète, sans animosité, un cadre du PDCI. De toute façon, on se connaît tous, et on n’a pas arrêté de se parler pour autant ».

« J’improvise tout »

« On ne badine pas avec l’engagement politique », reprend Adjoumani, convoquant cette fois le fantôme d’Alfred de Musset. L’ancien professeur n’a en réalité pas enseigné depuis des décennies, puisqu’il a donné des cours au lycée Leboutou de Dabou en 1995, année de sa première députation. Mais il a conservé l’amour des lettres, et surtout, des belles paroles. « Il sait aussi parler le langage des producteurs, du milieu rural », indique un ancien proche. Avec Amadou Coulibaly et Mamadou Touré, les porte-paroles du gouvernement, et Masséré Touré, la secrétaire générale de la présidence, Kobenan Kouassi Adjoumani fait la pluie et le beau temps de la communication du pouvoir.

On le décrit comme vindicatif, parfois agressif, rentre-dedans avec un brin d’humour. Lui préfère les qualificatifs de généreux, amical, énervé, passionné… S’il sait se complimenter, le ministre de l’Agriculture se considère avant tout comme quelqu’un d’entier et d’imprévisible. Une sortie de route manque de lui coûter cher en 2019. « Au RHDP, on n’a pas peur d’enrôler des étrangers pour constituer notre électorat », affirme-t-il, en direct à la télévision. La réplique, reprise sur les réseaux sociaux, fait polémique. « Il est incontrôlable, et impossible à canaliser, s’exaspère un communiquant du parti. Mais c’est un très bon orateur ».

« J’improvise tout, je ne dis jamais en avance ce que je vais raconter », confie-t-il. Quitte à agacer les équipes de communication du RHDP, qui doivent faire face à des tirades enflammées, parfois acerbes ou même violentes. En juin 2025, il qualifie Laurent Gbagbo de « général sans troupes », « prêt à jeter de nouveau des jeunes dans la rue » de manière « regrettable », et « pitoyable ». En octobre 2020, Pascal Affi N’Guessan était à ses yeux « un apprenti sorcier ». Une grande gueule, certes, mais toujours avec lyrisme.

Source: JeuneAfrique

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