Africa-Press – Côte d’Ivoire. La filière cacao ivoirienne traverse actuellement une phase de tension dite inédite selon des syndicalistes.
Ce lundi 2 février 2026, deux figures majeures du monde paysan, Kanga Koffi, président de l’Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (ANAPROCI), et Koné Moussa, président du Syndicat national agricole pour le progrès de la Côte d’Ivoire (SYNAP-CI), ont été placés en garde à vue à la suite d’une convocation judiciaire, a-t-on appris de sources syndicales.
La plainte à l’origine de cette procédure aurait été déposée par le Directeur Général du Conseil Café-Cacao (CCC), Yves Brahima Koné. Elle porte sur des accusations de diffamation et de dénonciation calomnieuse. Le déferrement des deux leaders syndicaux devant le procureur de la République serait prévu pour le mardi 3 février 2026.
Selon l’avocat de la plateforme syndicale, les convocations initiales avaient débuté le vendredi 30 janvier 2026. Toutefois, le plaignant ne s’était pas présenté, empêchant toute confrontation avec les responsables syndicaux. Ce lundi, les convocations ont successivement été fixées à 10 heures, 10 h 30 puis à midi, mais le directeur général du CCC ne s’est jamais présenté. Sur instruction du parquet, M. Koffi et M. Koné ont alors été placés en garde à vue.
« Le plaignant ne s’est pas présenté et n’a fourni aucune preuve. Le dossier est quasiment vide », a déclaré l’avocat de la défense. Il précise que l’infraction de dénonciation calomnieuse ne saurait être retenue, celle-ci supposant la dénonciation d’un fait inexistant auprès d’une autorité dans le but d’entraîner une sanction. Or, dans ce cas précis, les faits rapportés étaient connus et confirmés par des autorités supérieures.
S’agissant de la diffamation, l’avocat souligne que « la plateforme syndicale s’est contentée de signaler des blocages sur le terrain affectant le paiement des producteurs de cacao ». Ces faits, ajoute-t-il, ont été corroborés par des enquêtes journalistiques et par plusieurs responsables agricoles, dont l’ancien ministre de l’Agriculture Kouassi Adjoumani. « Même le directeur général du CCC, Yves Brahima Koné, reconnaît dans sa plainte certaines difficultés liées à l’insertion des producteurs dans les fichiers électroniques de la filière », précise-t-il.
L’avocat insiste également sur l’absence de confrontation effective:
« Pour que la plainte ne reste pas vide, il aurait fallu confronter le plaignant et les accusés, ce qui était prévu le vendredi précédent. Or, le plaignant ne s’est pas présenté et n’a toujours fourni aucune preuve ce lundi. À l’analyse, ce dossier apparaît quasiment vide. »
Il conclut en affirmant que « mes clients ne s’en prennent nullement au président de la République. Ils mettent en cause exclusivement la direction générale du Conseil Café-Cacao, dont la gestion globale et les appuis insuffisants sur le terrain ont conduit à une phase de blocage affectant gravement le fonctionnement de la filière. À l’international, le prix du cacao était déjà en baisse avant certaines annonces, et de nombreuses investigations journalistiques ont confirmé ces réalités. Les faits sont constants et reconnus. Cette arrestation et la procédure engagée sont donc injustifiées. Il n’existe, à ce stade, aucun élément concret contre les leaders de la plateforme syndicale. »
Depuis plusieurs semaines, de nombreux producteurs ont livré leurs fèves aux exportateurs sans parvenir à percevoir leurs paiements. Cette situation fragilise des millions de petits producteurs, dont les revenus dépendent directement de la vente rapide de leurs récoltes.
Dans ce contexte, les syndicats avaient prévu la tenue d’une assemblée générale extraordinaire à Daloa, afin de proposer des solutions concrètes et de soumettre des recommandations aux autorités compétentes.
L’arrestation des leaders syndicaux pourrait toutefois renforcer la mobilisation des producteurs et accentuer le climat de mécontentement si des mesures correctives ne sont pas rapidement mises en œuvre.
Le nouveau ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, est désormais attendu pour rétablir la confiance, garantir le paiement des producteurs et assurer le fonctionnement normal de la filière cacao, pilier stratégique de l’économie ivoirienne et de ses exportations.
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