Paiement Numérique Comme Stratégie Politique

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Paiement Numérique Comme Stratégie Politique
Paiement Numérique Comme Stratégie Politique

Par Michael Masrie

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Confiance, réglementation intelligente et intégration régionale des paiements: Oswell Kahonde, responsable Afrique au sein de l’Alliance Better Than Cash du Pnud, explique ce qui nourrira la prochaine phase de croissance numérique du continent.

D’Abidjan à Addis-Abeba, les gouvernements intègrent les paiements numériques dans leurs stratégies nationales de développement tandis que les fintechs, les opérateurs de télécommunications et les banques se font concurrence pour façonner la future infrastructure financière du continent.

« L’Afrique accélère véritablement sa transformation numérique, explique Oswell Kahonde, responsable Afrique de l’alliance Better Than Cash du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Nous assistons actuellement à une transition de la numérisation en tant que processus technique vers la finance numérique en tant que catalyseur économique. »

Au cours de la dernière décennie, l’expansion de la finance numérique en Afrique a été dominée par des projets pilotes. Les gouvernements ont testé les paiements mobiles dans les programmes de santé, d’éducation et de protection sociale, souvent avec le soutien de bailleurs de fonds. De nombreux projets ont fonctionné de manière isolée et ont disparu une fois les cycles de financement terminés. Ce modèle est en train de changer.

« Nous sommes en train de passer des projets pilotes aux approches systémiques, explique Oswell Kahonde. Au lieu de se concentrer uniquement sur les paiements liés à la santé, les gouvernements se demandent comment intégrer les paiements dans l’architecture globale des finances publiques. »

Les banques centrales au cœur de l’écosystème

L’Éthiopie en est un bon exemple. Plutôt que de numériser un seul secteur, les décideurs politiques intègrent les paiements dans des cadres fiscaux et de prestation de services plus larges. L’objectif est de réduire les fuites, d’améliorer la transparence et de formaliser les transactions au sein du gouvernement.

Le rôle des banques centrales est tout aussi important. Autrefois rigides dans l’établissement des règles, les régulateurs agissent désormais comme des bâtisseurs d’écosystèmes. « Auparavant, [ils] se contentaient d’énoncer ce qu’il fallait faire et ne pas faire, développe le responsable de Better Than Cash. Aujourd’hui, on observe une évolution vers une réglementation favorable dans laquelle les régulateurs co-créent l’environnement avec les innovateurs, en utilisant des outils tels que des bacs à sable et des cadres flexibles. »

Pourquoi est-il difficile pour un négociant vendant du café d’Éthiopie à l’Algérie d’être payé par voie numérique? Parce que les systèmes ne communiquent pas entre eux.

Le paysage des paiements en Afrique reste fragmenté, les plateformes de paiement mobile, les banques et les commutateurs fonctionnant en silos. Développer la finance numérique sans interopérabilité est coûteux et exclusif.

« On ne peut pas atteindre une échelle suffisante dans un pays où les systèmes sont fragmentés, précise Kahonde. L’interopérabilité doit être au cœur des paiements numériques responsables. »

Au niveau national, l’interopérabilité permet aux utilisateurs d’effectuer des transactions entre différents prestataires. Au niveau régional, elle permet le commerce transfrontalier dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Sans elle, l’économie numérique africaine ne peut pas s’intégrer pleinement.

« Pourquoi est-il difficile pour un négociant vendant du café d’Éthiopie à l’Algérie d’être payé par voie numérique? interroge Oswell Kahonde. Parce que les systèmes ne communiquent pas entre eux. »

Des systèmes de paiement peu intégrés

Les réseaux de paiement mobile illustrent bien le problème. MTN opère sur tout le continent, mais les transferts transfrontaliers au sein d’un même réseau restent complexes, voire impossibles. Cela limite le commerce intra-africain au moment même où la Zlecaf tente de le libéraliser.

Better Than Cash soutient des initiatives telles que le Système panafricain de paiement et de règlement (Papss), parallèlement aux commutateurs régionaux développés par des blocs tels que le Marché commun de l’Afrique australe et orientale (Comesa) et la Communauté de l’Afrique de l’Est.

« Nous sommes en discussion avec la Communauté de l’Afrique de l’Est, qui a lancé un plan directeur pour les paiements numériques dans toute la région, explique Kahonde. Nous travaillons également avec le système de paiement de détail du Comesa afin d’améliorer le trafic et l’adoption. »

Le numérique n’échappe pas aux discriminations

Malgré une croissance rapide, la finance numérique reste inégalement répartie. Les femmes, les jeunes et les communautés rurales continuent de se heurter à des obstacles en matière d’accès, d’utilisation et de confiance.

« En Éthiopie, l’écart entre les sexes en matière d’inclusion financière est toujours supérieur à 20 %, cite le responsable. C’est un énorme problème si l’on veut favoriser une croissance inclusive. » Les raisons sont structurelles. Les normes sociales, les lacunes en matière d’identité juridique et les défauts de conception des produits empêchent les femmes de participer pleinement.

« Il ne sert à rien d’avoir un compte générique auquel seuls les hommes ont accès, plaide Kahonde. Les solutions doivent être adaptées à des groupes démographiques spécifiques. »

Quand il s’agit d’argent, tout le monde sait lire et écrire. Si vous escroquez quelqu’un, il s’en rend compte immédiatement.

Pour lui, les données sont la réponse à tout. « Une fois que vous avez collecté des données ventilées par sexe, vous commencez à comprendre les comportements et à concevoir des politiques et des produits qui répondent à des besoins réels. »

La plupart des femmes africaines travaillent dans l’agriculture et le commerce informel, mais de nombreux outils numériques ne sont pas adaptés à leurs flux de trésorerie, à leurs revenus saisonniers et à leurs contraintes de mobilité.

Au-delà des infrastructures, les principaux obstacles aux paiements numériques en Afrique sont la confiance, l’accessibilité financière et la facilité d’utilisation.

« La confiance est un enjeu majeur. La capacité est un enjeu majeur. Le coût est un enjeu majeur », martèle Oswell Kahonde. Si l’analphabétisme est souvent tenu pour responsable du faible taux d’adoption, il conteste cette affirmation. « Quand il s’agit d’argent, tout le monde sait lire et écrire. Si vous escroquez quelqu’un, il s’en rend compte immédiatement. »

Source: JeuneAfrique

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