Comment, en 2004, les suspects du bombardement de Bouaké se sont étrangement évaporés

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Comment, en 2004, les suspects du bombardement de Bouaké se sont étrangement évaporés
Comment, en 2004, les suspects du bombardement de Bouaké se sont étrangement évaporés

Africa-PressCôte d’Ivoire. Le message n’était pourtant pas une lettre ordinaire, de celles qui, parfois, s’égarent bêtement en chemin et n’apportent donc jamais, en retour, la réponse attendue. Le télégramme diplomatique, rédigé le 16 novembre 2004 à l’ambassade de France au Togo, ne manquait ni d’urgence ni de gravité. Il informait de l’interpellation de mercenaires possiblement liés au bombardement, dix jours plus tôt, de la base française de Bouaké, en Côte d’Ivoire. Une attaque qui avait coûté la vie à neuf militaires français (plus un civil américain) et blessé trente-huit autres.

Les destinataires du message crypté appartenaient aux plus hautes sphères civiles et militaires de l’Etat français. Pourtant, à écouter les témoins venus déposer mardi 6 et mercredi 7 avril devant la cour d’assises de Paris, où se déroule, jusqu’au 16 avril, le procès du bombardement de Bouaké en l’absence des trois accusés – un pilote biélorusse et deux militaires ivoiriens –, c’est à se demander si le télégramme est jamais arrivé. Une illusion, évidemment. Mais l’on ne sait toujours pas qui y a répondu, par quel moyen et pour passer quelle consigne.

Ceux qui l’ont rédigé se souviennent de cette journée. Claude Taxis est bien placé pour en parler. Epaules carrées, cheveux poivre et sel taillés en brosse et verbe clair, ce commissaire divisionnaire à la retraite occupait alors le poste d’attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de France à Lomé. Il officiait aussi comme conseiller technique auprès du ministre de l’intérieur togolais, François Boko.

C’est donc à lui que le ministre téléphone, le matin du 16 novembre 2004, pour lui offrir sur un plateau une information qu’il juge déterminante : l’interception, quelques heures plus tôt, à la frontière du Togo avec le Ghana, d’un minibus avec huit Biélorusses et deux Ivoiriens à son bord, se présentant comme d’improbables « techniciens agricoles ». « Le ministre a demandé si nous étions intéressés de les récupérer, car son intuition était que ces individus étaient susceptibles d’être les auteurs de l’attaque [aérienne de Bouaké] », se rappelle l’ancien commissaire.

« Erreur, incurie ou manipulation ? »

Cette « intuition » n’était pas infondée. Dix jours auparavant, quinze techniciens-mercenaires de nationalités russe, ukrainienne et biélorusse, chargés de la maintenance d’avions et hélicoptères russes de l’armée ivoirienne, avaient été retenus par des soldats français qui prenaient offensivement le contrôle de l’aéroport d’Abidjan, en réponse au bombardement de Bouaké. Ces techniciens avaient été libérés au bout de quelques jours, après avoir été photographiés et identifiés. « Ils n’étaient pas prisonniers de guerre et ils n’ont pas été interrogés par des personnes spécialisées », précise à la barre le général Michel Masson, nommé à la tête de la direction du renseignement militaire (DRM) quelques mois après le drame de Bouaké.

 

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