Africa-Press – Gabon. Dans un contexte de reprise timide et suspendue aux premiers actes du protocole d’accord tripartite signé le 19 janvier, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a effectué ce 9 février 2026, une visite dans deux établissements scolaires de Libreville. Au Lycée Technique National Omar Bongo et au Lycée Léon Mba, le chef de l’État a constaté le retour progressif des enseignants après plus d’un mois de grève. Entre félicitations, promesses concrètes et appel à la mobilisation nationale pour la transformation économique du pays, la déclaration présidentielle tente de tourner la page d’une crise qui reste fragile.
Après 27 jours de paralysie dans plusieurs établissements publics et confessionnels, Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi de se rendre sur le terrain pour constater de visu la reprise des cours. «J’ai été heureux de constater ce matin, lors de la levée des couleurs au Lycée Technique National Omar Bongo et de ma visite au Lycée Léon Mba, le retour de nos enseignants et la reprise du chemin de l’école», a déclaré le président de la République.
Le chef de l’État n’a pas manqué d’adresser des remerciements directs au corps enseignant: «Je vous félicite, vous encourage et vous remercie sincèrement. J’ai vu des sourires sur les lèvres, et les visages rayonnants de nos enfants, heureux de retrouver leurs salles de classe.»
Cette visite intervient dans un contexte où le gouvernement souligne qu’un peu plus de 900 grévistes demeurent mobilisés sur 27 000 agents que compte le ministère, tentant ainsi de repositionner le débat entre avancées concrètes et poursuite de la contestation. Toutefois, sur le terrain, la reprise demeure progressive, oscillant entre 5 et 30 % selon les établissements, révélant une adhésion encore inégale.
« Moi-même fils d’enseignant »: un président qui se dit conscient des réalités
Dans sa déclaration, Oligui Nguema a tenu à marquer une proximité avec le corps enseignant en rappelant ses origines: «Moi-même fils d’enseignant, je connais vos réalités. Je prends vos problèmes à bras-le-corps et je m’engage à les résoudre méthodiquement et progressivement.»
Cette posture empathique intervient alors que les membres de SOS Éducation ont dénoncé un protocole jugé partiel, soulignant que l’engagement gouvernemental à régulariser 4 000 situations administratives sur un total estimé à 27 000 enseignants ne représente que 14,81 % des cas. Les enseignants réclament notamment des garanties concrètes sur les intégrations supplémentaires, les rappels de soldes, les primes de logement et de transport.
L’engagement présidentiel à résoudre les problèmes «méthodiquement et progressivement» semble vouloir tempérer les attentes immédiates, tout en inscrivant la démarche dans la durée. Une approche qui pourrait toutefois se heurter à l’impatience d’une base enseignante échaudée par des années de promesses non tenues.
Des actes déjà visibles?
Pour étayer sa volonté d’action concrète, face aux revendications portées par le collectif SOS Éducation concernant l’amélioration des conditions de vie et de travail, le président de la République a mis en avant un projet d’infrastructures déjà en cours: «Cet engagement se traduit déjà par des actes. Au Lycée Technique d’Owendo comme au Lycée National Léon Mba, quatre bâtiments de type R+2 sont en construction par site, comprenant chacun six appartements de trois chambres, soit 24 logements par établissement et 48 logements au total dédiés aux enseignants.»
Toutefois, face aux 27 000 enseignants que compte le ministère, ces 48 logements apparaissent comme une réponse symbolique davantage que comme une solution globale. La question reste posée: ces initiatives suffiront-elles à restaurer la confiance d’un corps enseignant qui réclame des réponses systémiques?
Le président a conclu son intervention par un appel fédérateur: «Ensemble, redonnons à l’enseignant sa renommée d’antan.» Cette formule nostalgique renvoie à une époque où le métier d’enseignant bénéficiait d’une reconnaissance sociale et matérielle aujourd’hui largement érodée. Mais pour que cet appel ne reste pas lettre morte, il faudra que les engagements du protocole d’accord tripartite se traduisent effectivement dans les faits.
La mise en œuvre est annoncée à compter du 25 février 2026, avec notamment la mise en solde de 328 sortants des Écoles normales (ENS et ENSET), l’intégration en présalaire de 692 sortants de l’ENIL et de l’ENIF, ainsi que de 1 810 enseignants anciennement bénévoles.





