Africa-Press – Gabon. Samedi 7 février 2026, au sortir de sa masterclass sur les « 8 pouvoirs dans la relation amoureuse » organisée à la Maison de Louise à Libreville, Madame Aya a accordé un entretien exclusif à Gabonreview. Quinze ans d’accompagnement des couples, une enquête menée en 2019 pour la justice sur les causes des divorces au Gabon: cette spécialiste des relations conjugales ne parle pas d’amour en rose. Elle en démonte les rapports de force invisibles, ces pouvoirs souterrains qui transforment la vie à deux en champ de bataille silencieux. Entre pouvoir financier, violence économique, chantage sexuel et dépendance émotionnelle, elle livre un diagnostic sans concession sur ce qui détruit réellement les couples gabonais.
Gabonreview: Vous affirmez que quinze ans d’accompagnement des couples vous ont permis d’identifier huit pouvoirs invisibles qui régissent les relations amoureuses. Parmi ces huit pouvoirs financier, émotionnel, physique, social, symbolique, sagesse et spiritualité lequel observez-vous comme étant le plus souvent source de déséquilibre dans les couples gabonais, et pourquoi?
Madame Aya: Quand j’accompagne les couples, trois pouvoirs reviennent systématiquement: le pouvoir financier, le pouvoir sexuel et le pouvoir émotionnel. Les deux premiers, quand ils se chevauchent, créent des dégâts considérables.
Le pouvoir financier génère de la violence économique. Celui qui a l’argent dicte: «Je te donne de l’argent, tu n’as rien à dire, c’est moi qui paye ici». L’autre se sent oppressé, petit, humilié. Ça crée de la frustration, de la jalousie.
Contrairement aux idées reçues, c’est plutôt la femme qui détient le pouvoir sexuel. L’homme confond souvent pulsions et désir, il veut se déverser, point. Alors la femme, qui n’a ni le pouvoir financier ni le pouvoir émotionnel, qui se fait rabaisser quotidiennement, utilise la seule arme qu’il lui reste: la sexualité. Elle punit, elle refuse. Résultat? Frustration, chantage émotionnel et infidélité.
Le pouvoir émotionnel, quand il n’est pas équilibré, empêche le couple d’exprimer ses besoins. L’un domine, l’autre subit en silence. Il y aura des murmures, des non-dits, des frustrations accumulées. C’est ce que j’observe systématiquement.
Votre investigation de 2019 a révélé que les divorces concernent principalement les tranches d’âge 30-35 ans et 40-45 ans, avec pour motifs récurrents l’infidélité, les finances et la violence conjugale. Cependant, vous soutenez que ces causes ne sont que la partie émergée d’un iceberg. Pouvez-vous nous expliquer concrètement comment un déséquilibre dans ces huit pouvoirs se traduit par ces manifestations visibles de crise conjugale?
Madame Aya: L’amour est un pouvoir. On choisit d’aimer, mais la vraie question c’est: comment aime-t-on? Avec quels outils, quels réflexes?
Dans une relation, chacun va exercer certains pouvoirs – émotionnel, financier, sexuel – pour contrôler l’autre. Résultat: une personne frustrée, dépendante émotionnellement, effacée. Chacun veut régler ses blessures d’enfance à travers la relation.
Tout se joue dans les modèles qu’on a reçus. Quel exemple avons-nous eu? Comment nos parents géraient-ils l’argent, les émotions, les conflits? Étaient-ils conciliants ou constamment en guerre? Comment réagissaient-ils face au vieillissement, à l’apparence physique, à l’impuissance? Mon père insultait-il ma mère parce qu’elle avait grossi? Ma mère rabaissait-elle mon père pour les mêmes raisons?
Tout cela s’imprime en nous. Une fois adulte, face à notre conjoint, on a deux choix: reproduire ce modèle ou décider de faire sa propre sauce. Le problème, c’est que beaucoup reproduisent sans même s’en rendre compte.
Vous proposez lors de cette masterclass d’analyser des cas pratiques impliquant des artistes américains, africains ou gabonais. Sans nécessairement citer de noms, pouvez-vous nous donner un exemple type de situation où plusieurs de ces pouvoirs s’affrontent dans un couple célèbre, et comment cet affrontement aurait pu être évité par une meilleure redistribution de ces pouvoirs?
Madame Aya: Prenons le cas d’une artiste gabonaise. Elle avait un pouvoir symbolique grâce à sa notoriété, elle chantait une chanson célèbre sur les deuxièmes bureaux. Mais un mauvais choix amoureux lui a tout fait perdre: pouvoir symbolique, pouvoir financier, pouvoir émotionnel.
Quand on fait un mauvais choix amoureux, tous les pouvoirs qu’on détenait s’éteignent. On laisse l’autre reprendre ces pouvoirs à notre place – émotionnel, décisionnel, financier. Comment éviter cela? Par le pouvoir de la décision, qui vient avant tous les autres. Décider d’être heureuse, décider de bien choisir son conjoint, décider de partir quand on se sent en danger.
À l’inverse, regardons ce couple phare américain, deux chanteurs où tout est aligné. Ils ont compris quelque chose de fondamental: ils savaient dès le départ quel couple ils voulaient incarner. Ils détiennent tous les pouvoirs simultanément – financier, physique, émotionnel – parce qu’ils se sont posé la bonne question au début: quel couple voulons-nous être?
Si on ne se pose pas cette question, il y aura forcément un déséquilibre. Moi, par exemple, le couple que je veux incarner doit être le ciel et la lumière de la terre. Un modèle. Pour ça, j’ai intérêt à ce que tous mes pouvoirs soient alignés.
Vous dites souvent: «Incarner le vrai pouvoir c’est aimer sans s’oublier». Comment comprendre cette formule dans le contexte gabonais où les femmes sont souvent éduquées dans le dévouement total?
Madame Aya: La plupart des femmes que je rencontre ne sont pas au centre de leur propre relation amoureuse. Elles sont juste dévouées, jamais actrices. Elles n’ont ni la prise de décision, ni le pouvoir financier, ni le pouvoir émotionnel.
Pourquoi? Parce qu’elles se disent: « Je veux juste être en couple, il faut que ça marche, alors je fais bonne figure ». Cette posture mène droit à la dépression, à la frustration, à la perte de confiance en soi. On donne son pouvoir émotionnel à l’autre, son pouvoir de décision aussi.
Regardez le cas de cette influenceuse internationale en couple avec un grand artiste américain. Elle lui a donné le pouvoir émotionnel et le pouvoir de la décision. Résultat: effacement total de sa personne.





