Africa-Press – Gabon. Moins de 250 étudiants. Environ 200 boursiers concernés. Une poignée de jeunes envoyés à des milliers de kilomètres pour se former, et laissés sans ressources, sans frais payés, parfois sans perspective claire de poursuite d’études. Derrière les discours officiels sur la valorisation du capital humain, la réalité est brutale: bourses impayées, universités non réglées, menaces d’exclusion et risque de rupture de visa. Ce que révèle le communiqué de l’Association des étudiants gabonais en Russie dépasse la simple difficulté administrative: il pose la question dérangeante de la fiabilité de la parole publique et de la gestion d’un système de bourses qui vacille.
Ils ne sont ni des milliers ni une vague anonyme perdue dans l’immensité russe. Les chiffres convergent vers une réalité plus modeste, et plus accablante, quelques centaines d’étudiants tout au plus. En 2025, GabonReview, s’appuyant sur des sources proches du dossier, évoquait «moins de 250 étudiants gabonais en Russie». L’Association des étudiants et stagiaires gabonais en Fédération de Russie (AESGFR) parle aujourd’hui d’environ 200 boursiers en grande difficulté. Une communauté réduite, donc. Mais un naufrage administratif d’ampleur.
Dans un communiqué daté du 11 février 2026, l’AESGFR exprime «avec gravité son indignation face à la situation dramatique». Le constat est brutal: «aucune bourse n’a été versée depuis le début de l’année universitaire» et «aucun règlement effectif des frais de scolarité n’a été assuré pour les (200) étudiants boursiers». Derrière ces phrases, une mécanique implacable: rupture contractuelle avec les universités, menace d’exclusion académique, impossibilité de passer les examens.
Une précarité organisée
La crise n’est pas qu’universitaire. Elle est matérielle. L’association décrit des étudiants «dans une précarité alarmante, incapables de subvenir à leurs besoins élémentaires». Certains «survivent grâce à la solidarité communautaire». D’autres «accumulent des dettes». Tous vivent dans «la peur constante d’une exclusion académique ou d’une rupture de visa». La défaillance financière produit un effet domino: sans frais payés, plus de statut étudiant ; sans statut, plus de visa.
Ce qui frappe, c’est la répétition. Les retards de bourses ne sont pas un accident ponctuel mais un problème structurel, régulièrement imputé à la gestion de l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG), déjà mise en cause par le passé. L’AESGFR affirme avoir privilégié le dialogue, dans un esprit «de responsabilité et de maturité». Mais elle prévient désormais: «la situation ne peut plus être différée ni supportée dans le silence».
Pour un État qui affirme placer le capital humain au cœur de sa stratégie, l’image est sévère. Quelques centaines d’étudiants, disséminés à des milliers de kilomètres, ne devraient pas constituer une équation budgétaire insoluble. À défaut, c’est la crédibilité de la parole publique qui vacille, et avec elle, l’avenir académique d’une génération.





