Africa-Press – Gabon. Treize années après son lancement, le programme Gabon Bleu a fait l’objet d’un atelier de réflexion stratégique organisé par l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) du 28 et 29 janvier 2026 à Libreville. Entre bilan des acquis et identification des défis, cette rencontre soutenue par TotalEnergies a réuni administrations partenaires, scientifiques, ONG et partenaires techniques pour définir la feuille de route des cinq prochaines années. L’enjeu central: transformer un héritage de conservation exceptionnel en levier d’économie bleue durable, tout en préservant plus de 50 000 km2 d’écosystèmes marins.
Lancé en 2017 suite à l’engagement pris lors du 6e Congrès mondial des parcs de l’UICN en 2014, le programme Gabon Bleu s’est matérialisé par la création de 20 aires protégées aquatiques, 9 parcs marins et 11 réserves aquatiques couvrant 26% des eaux sous juridiction gabonaise. Dans son discours d’ouverture prononcé au nom du secrétaire exécutif de l’ANPN empêché, Stéphan Ntié, conseiller scientifique, a rappelé que cette décision «positionne le Gabon parmi les pays africains leaders en matière de conservation marine».
Treize ans plus tard, le bilan dressé par les acteurs du programme est contrasté. Koumba Kombila, coordinateur de Gabon Bleu, insiste sur la dimension humaine de cette réussite: «Le bilan que je fais de Gabon Bleu, c’est d’abord et avant tout les hommes. Aujourd’hui, grâce à ce programme et à son projet porté par l’ANPN, nous avons permis de former des hommes dans tous les secteurs. Que ce soit des gestionnaires d’aires protégées, que ce soit des éco-gardes spécialisés dans la collecte des données, des assistants scientifiques, des scientifiques, des docteurs».
Le coordinateur souligne également le leadership écologique acquis: «Le Gabon est précurseur dans la création d’aires marines protégées et a un réel leadership. Nous avons cet héritage, puisque maintenant on peut parler d’héritage, 13 ans après, nous sommes à la troisième génération de gestionnaires».
De la conservation à la valorisation économique
Mais l’heure est désormais à la mutation stratégique. Stéphan Ntié a fixé les objectifs de l’atelier avec clarté: «Il nous appartient désormais d’arrimer le programme Gabon Bleu aux nouvelles orientations politiques nationales, tout en consolidant les acquis et en adaptant nos outils aux nouveaux enjeux». Les deux journées de travaux visaient ainsi à présenter l’évolution des aires protégées aquatiques, dresser une analyse critique de leur gestion, poser les bases de la nouvelle stratégie et définir des plans d’actions concrets pour les cinq prochaines années.
Pour Koumba Kombila, le tournant est impératif: «Je pense que pour être fidèle à la vision du gouvernement actuel maintenant, c’est de passer à l’étape supérieure, de pouvoir capitaliser économiquement cet héritage à travers le tourisme, à travers l’économie bleue, à travers les chaînes de valeur et en impliquant les communautés».
Des défis de gouvernance et de financement
Si les acquis sont réels: structuration du réseau, élaboration des plans d’aménagement, surveillance améliorée, partenariats scientifiques renforcés, les défis demeurent considérables. Stéphan Ntié a listé sans détour les obstacles: «Efficacité des dispositifs de protection, gouvernance interinstitutionnelle, financement durable, pressions croissantes sur les ressources, impacts du changement climatique, et surtout implication des communautés et des acteurs locaux.»
Le coordinateur du programme n’a pas éludé les difficultés actuelles: «L’ANPN a quand même quelques petites difficultés aujourd’hui. Les médias en parlent, on est assez transparent là-dessus. En termes de gouvernance, l’ANPN a besoin d’être bien accompagnée, mieux accompagnée par l’État». Il pointe notamment «la pérennité dans les financements, la pérennité dans le paiement des salaires», comme des enjeux critiques.
Plus fondamentalement, Koumba Kombila alerte sur l’équilibre fragile à maintenir: «La tentation entre l’économique et la conservation est fragile. Il faudrait que les autorités continuent à croire qu’il y a un équilibre entre conservation et exploitation pour pouvoir pérenniser nos écosystèmes».
L’impératif scientifique pour une économie bleue viable
Parmi les priorités identifiées, la connaissance scientifique des ressources halieutiques apparaît comme un prérequis incontournable. «Nous avons besoin de continuer à renforcer notre connaissance de nos stocks de poissons. À l’image de pays voisins, comme la Mauritanie, comme le Sénégal, il faut vraiment que nous puissions mieux connaître nos stocks», insiste Koumba Kombila.
L’enjeu est d’envergure, comme l’a rappelé Stéphan Ntié en conclusion: «Il s’agit de garantir la conservation à long terme de plus de 50 000 km2 d’écosystèmes marins, de préserver un patrimoine naturel d’importance mondiale, tout en contribuant à l’émergence d’une économie bleue responsable, créatrice de valeur et d’emplois pour nos populations».
Reste à transformer ces orientations stratégiques en réalités opérationnelles pour les cinq prochaines années.





