Africa-Press – Gabon. Même générées par intelligence artificielle, des images de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo derrière les barreaux laissent croire à la perpétuation de l’arbitraire.
Des images de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo derrière les barreaux servent d’illustration à des affichettes de SOS Education. Même générées par intelligence artificielle, elles ne sont pas dignes d’une démocratie. Elles ne servent ni les intérêts de l’Etat ni ceux de la société. À l’inverse, elles laissent croire en l’installation progressive sinon d’un climat de terreur, du moins d’une ambiance d’intolérance, légitimant le parallèle avec le régime déchu. Comme les portraits de Jean-Rémy Yama naguère, elles sont de nature à exacerber les tensions tant elles laissent croire à la perpétuation de l’arbitraire. Si on veut se donner des chances de sortir par le haut de la crise en cours, il convient de tordre le cou à cette idée. Au lieu de céder à la tentation de sévir pour l’exemple ou de faire des deux leaders une monnaie d’échange, il faut agir dans le strict respect des droits et libertés consacrés par la Constitution.
Parler de la condition de l’enseignant
Le pouvoir ne peut à la fois reconnaître la légitimité des revendications et s’adonner à une interprétation orientée de la liberté syndicale. Il ne peut pas davantage croire à l’extinction de certains droits. Or, c’est exactement le raisonnement emprunté par ses défenseurs autoproclamés. À coup d’arguments spécieux et de contre-vérités, ils tentent de justifier l’embastillement de deux syndicalistes. Ce faisant, ils transforment les échanges en querelle de personnes, reléguant de légitimes revendications au rang d’accessoire. Marcel Libama et Simon Ndong Edzo sont des citoyens à part entière. Comme leurs compatriotes, ils jouissent de leurs droits civils et politiques, notamment le droit à la liberté d’association, le droit à la liberté de réunion et le droit à la liberté d’expression. Pourquoi brandir leur statut présumé pour le leur dénier? Pour justifier leur incarcération? Ou pour mieux délégitimer SOS Education? Voire !
Un argument met particulièrement en lumière cette stratégie de l’affaire dans l’affaire: l’illégalité présumée du mouvement. Artificiellement entretenu, il vise implicitement deux objectifs: justifier l’incarcération et rendre inaudible le collectif SOS Education. À en croire Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, «toute revendication légitime à plus de chances de couvrir le fonctionnaire quand cela se fait dans un cadre légal». Soit ! Mais il ne s’agit pas ici de discourir sur le statut du collectif. Il s’agit de parler de la condition de l’enseignant. Quel plan de carrière pour ces personnels en charge de la formation de nos enfants? Quel traitement, quels avantages? Quel environnement de travail? L’Etat y a-t-il songé? Si oui, respecte-t-il ses engagements? Si non, pourquoi? Voilà le fond du débat. Si l’éducation est «un facteur essentiel du développement économique», L’Etat doit «assurer aux enseignants une condition (…) à la mesure de ce rôle ». Tel est, en tout cas, l’une des préconisations de la Recommandation OIT-Unesco de 1966.
Dialogue et négociation
L’argument de la légalité est un écran de fumée. Il résiste difficilement à une analyse froide et circonstanciée. Les enseignants sont certes régis par le statut général de la Fonction publique. Mais, eu égard à leur rôle, ils jouissent d’un statut particulier consigné dans la loi n° 20/92 du 08 mars 1993. Ce texte leur accorde des avantages, des droits et des prérogatives, obtenus de haute lutte. Plus de trois décennies après sa promulgation, ils ne devraient plus être contraints de battre le bitume pour en exiger l’application. Contrairement aux insinuations distillées çà et là, la grève de SOS Education n’est pas révélatrice de mauvaise foi, d’incivisme ou d’un faible attachement des enseignants à la loi. Elle met plutôt en lumière les défaillances de l’Etat et les dysfonctionnements en son sein. Concrètement, elle souligne des manquements dans la planification, le suivi des carrières et le respect des engagements. En décernant des mandats de dépôt à Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, le juge a hypothéqué les chances de traiter ces questions dans la sérénité.
Pour autant, dans l’intérêt de ses membres, dans celui des enfants et, plus largement, de l’école gabonaise, SOS Education ne doit ni céder à la tentation de se radicaliser ni se laisser entraîner dans les sentiers sinueux de la défense d’intérêts inavoués. Certes, les régimes précédents ont tant promis et si peu fait pour améliorer la condition de l’enseignant. Certes, pour avoir tergiversé, le gouvernement peut être suspecté de malice. N’empêche, le dialogue et la négociation restent encore le meilleur moyen d’éviter l’impasse. Ils demeurent la voie royale vers un accord, quitte à établir un échéancier. Par contre, le recours à la coercition, comme la multiplication d’initiatives et commentaires peu amènes, semblent contreproductifs.





