Africa-Press – Gabon. Accès aux soins défaillant, plateaux techniques vétustes, personnel en sous-effectif chronique: le système de santé gabonais croule sous les urgences. Un diagnostic sans détour qu’a posé Elsa Ayo Bivigou, ministre de la Santé, le 13 février à l’émission «Le gouvernement s’exprime» sur Gabon 24. Pour les 100 jours à venir, la responsable du portefeuille de la Santé promet un choc de confiance entre l’hôpital et les patients, articulé autour de trois chantiers prioritaires: la réhabilitation des infrastructures, la modernisation des équipements et un renforcement massif des ressources humaines.
Ministre de la Santé, médecin cardiologue et ancienne directrice du Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL), le Pr Elsa Ayo Bivigou était l’invitée de l’émission, «Le gouvernement s’exprime» de Gabon 24, animée par Marielle Biyougou. Désormais chef du département gouvernemental en charge de la Santé, elle érige le patient au centre de sa vision stratégique. Il est question pour elle, et «c’est une priorité», de «remettre le patient au cœur de l’action sanitaire», de rétablir la bonne relation entre le patient et le praticien. «Il faut que cette relation soit d’abord une relation de confiance», a-t-elle indiqué lors de cet entretien.
Décentralisation des soins: l’urgence des inégalités territoriales
Comme priorité absolue, le Pr Ayo Bivigou estime qu’il faut décentraliser l’offre de soins pour atténuer les disparités régionales. La ministre s’est engagée à revaloriser les Centres hospitaliers régionaux (CHR) d’Oyem, de Mouila et de Makokou, en dotant les zones reculées de moyens de transport adaptés. «Nous avons l’ambition de revoir les centres de santé -de proximité- qui ont déjà été réhabilités», a-t-elle précisé, afin que les populations rurales, par exemple autour de Makokou ou dans les lacs de l’Ogooué, ne perçoivent plus l’accès aux soins comme un obstacle insurmontable.
À Libreville, le CHUL sera remis aux normes internationales avec l’acquisition d’un nouveau scanner, l’optimisation de l’imagerie et du laboratoire pour éviter les évacuations vers le secteur privé, l’amélioration de l’accueil, et la livraison de l’hôpital d’arrondissement de la périphérie pour soulager la pression sur le site principal.
Ressources humaines et modernisation institutionnelle
Sur le front des ressources humaines, Elsa Bivigou cible le déficit criant de spécialistes et a rappelé que «former un spécialiste, c’est minimum 11 ans: 7 ans de médecine générale et 4 ans de spécialité». Là aussi, elle s’est engagée à optimiser les effectifs actuels, à les réorienter vers le secteur public et à consolider le dialogue social par une commission tripartite, dans la foulée de la récente crise engagée par les agents de santé.
L’entrée en vigueur du Code de la santé est de même programmée «dans les 100 jours», tandis que la digitalisation des hôpitaux anticipera les ruptures de stocks en médicaments et consommables à l’Office pharmaceutique national.
Santé mentale et insuffisance rénale: des avancées ciblées
La santé mentale et les pathologies du rien à l’instar de l’insuffisance rénale figurent parmi les axes prioritaires du département. Pour le Centre national de santé mentale de Melen, jugé obsolète, la patronne de la Santé prévoit une refonte de l’accueil, de la capacité d’hébergement et de la sécurité, avec une unité dédiée par province et des partenariats public-privé pour la réinsertion et la lutte contre les addictions.
Sur le front de la dialyse, la ministre a annoncé qu’après avoir résorbé une rupture de consommables qui paralysait le service, la prise en charge des patients sera désormais couverte à 100 % par la CNAMGS. Ambition affichée: doter chaque province de son propre centre de dialyse. Un déploiement qui débutera dès les 100 premiers jours dans plusieurs régions du pays, même si le défi majeur reste la formation de néphrologues et de techniciens qualifiés en nombre suffisant.
Prévention et gratuité: vers un système rénové
Elsa Ayo Bivigou a également insisté sur un changement de paradigme: remettre la prévention au cœur du système de santé, après des années de tout-curatif. Autre mesure forte annoncée, la gratuité totale de la prise en charge des urgences durant les 24 premières heures, médicaments compris, pour les populations les plus vulnérables.
Au-delà de ces 100 premiers jours, la ministre promet un changement perceptible dans le quotidien des patients Gabonais: «la sensation d’être revalorisé, mieux pris en charge, reconsidéré». Une ambition qui s’inscrit en droite ligne du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, lequel érige la santé en investissement stratégique au service d’un Gabon plus résilient et plus productif.





