L’état de santé étonnant des enfants vivant dans la plus haute ville du monde

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L’état de santé étonnant des enfants vivant dans la plus haute ville du monde
L’état de santé étonnant des enfants vivant dans la plus haute ville du monde

Africa-Press – Madagascar. C’est une véritable prouesse biologique, aux limites des possibilités du corps humain. Même avec moitié moins d’oxygène qu’en plaine, les enfants de la ville péruvienne de la Rinconada, la plus haute du monde, semblent plutôt en bonne santé compte tenu des circonstances. Malgré tout, avant même l’âge de 12 ans, certains montrent d’inquiétants signes d’hypoxie (manque d’oxygène) qui laissent présager un âge adulte à la santé précocement altérée.

Plus de 50.000 habitants, à 5.300 mètres de hauteur

“A cette très haute altitude, toutes les valeurs que l’on connait pour évaluer la santé de la population en plaine, comme les valeurs volume sanguin ou de pression artérielle pulmonaire, sont à revoir”, illustre Samuel Vergès, directeur de Recherche à l’Inserm et responsable de l’équipe Exercice-Hypoxie Laboratoire HP2 à l’Université Grenoble Alpes.

C’est sous sa direction que depuis 2019 les membres de l’Expédition 5300 grimpent à la Rinconada (Pérou), la ville la plus haute du monde. Plus de 50.000 habitants y vivent à 5.300 mètres de hauteur, plus haut que le point culminant du Mont Blanc, avec moitié moins d’oxygène qu’en plaine. La Rinconada est constituée d’un quadrillage d’habitations souvent rudimentaires accrochées à flanc de montagnes enneigées, où les températures tournent en moyenne autour des 3°C. Si l’on y retrouve des traces de visite des Incas, c’est dans les années 1990 que la ville s’est développée pour l’exploitation de ses mines d’or. Là-haut, les scientifiques français étudient la curieuse faculté de cette population à survivre à une altitude aussi exceptionnelle sur le long terme, tout en leur prodiguant des soins médicaux dont la précarité les a privés.

“La plupart des enfants étaient plutôt en bonne santé compte tenu du manque d’oxygène”

C’est une véritable prouesse biologique, aux limites des possibilités du corps humain. Même avec moitié moins d’oxygène qu’en plaine, les enfants de la ville péruvienne de la Rinconada, la plus haute du monde, semblent plutôt en bonne santé compte tenu des circonstances. Malgré tout, avant même l’âge de 12 ans, certains montrent d’inquiétants signes d’hypoxie (manque d’oxygène) qui laissent présager un âge adulte à la santé précocement altérée.

Plus de 50.000 habitants, à 5.300 mètres de hauteur

“A cette très haute altitude, toutes les valeurs que l’on connait pour évaluer la santé de la population en plaine, comme les valeurs volume sanguin ou de pression artérielle pulmonaire, sont à revoir”, illustre Samuel Vergès, directeur de Recherche à l’Inserm et responsable de l’équipe Exercice-Hypoxie Laboratoire HP2 à l’Université Grenoble Alpes.

C’est sous sa direction que depuis 2019 les membres de l’Expédition 5300 grimpent à la Rinconada (Pérou), la ville la plus haute du monde. Plus de 50.000 habitants y vivent à 5.300 mètres de hauteur, plus haut que le point culminant du Mont Blanc, avec moitié moins d’oxygène qu’en plaine. La Rinconada est constituée d’un quadrillage d’habitations souvent rudimentaires accrochées à flanc de montagnes enneigées, où les températures tournent en moyenne autour des 3°C. Si l’on y retrouve des traces de visite des Incas, c’est dans les années 1990 que la ville s’est développée pour l’exploitation de ses mines d’or. Là-haut, les scientifiques français étudient la curieuse faculté de cette population à survivre à une altitude aussi exceptionnelle sur le long terme, tout en leur prodiguant des soins médicaux dont la précarité les a privés.

“La plupart des enfants étaient plutôt en bonne santé compte tenu du manque d’oxygène”

“Sur le plan clinique, la plupart des enfants étaient plutôt en bonne santé compte tenu du manque d’oxygène, avec un périmètre crânien normal et une coordination motrice normale et fine”, rassure d’abord la pédiatre au CHU de Grenoble Alexa Garros, qui s’est jointe à l’expédition. “Je m’attendais à des croissances cérébrales impactées”, avoue-t-elle, tant la croissance cérébrale des trois premières années de vie nécessite une forte consommation de glucose et d’oxygène. Les scientifiques notent cependant une arrivée plutôt tardive de la marche (18 mois) et de la parole (3 ans) chez les enfants de la Rinconada.

L’expédition de cette année était axée sur la santé des enfants nés et vivant en très haute altitude. En plus de la pédiatre, quatre physiologistes spécialistes du système cardiovasculaire, une neuropsychologue, un médecin diététicien, une médecin généraliste et deux infirmières ont renforcé l’équipe. En trois semaines, les scientifiques ont examiné et interrogé 262 enfants de moins de 3 ans ou de 8 à 12 ans (périodes de grandes acquisitions) et leurs familles dans trois villes différentes, dont la Rinconada – les deux autres étant situées plus bas, entre 3.200 et 4.000 m d’altitude. Un travail colossal.

5.000 mètres d’altitude, la limite de l’adaptabilité génétique humaine ?

Les scientifiques notent une vraie différence entre les enfants vivant à 4.000 mètres d’altitude, aux résultats globalement normaux, et ceux de la Rinconada résidant plus d’un kilomètre plus haut. “Jusqu’à 4.000 mètres, le manque d’oxygène est significatif mais encore tolérable pour des gens dont les ancêtres vivent à ces altitudes depuis des générations”, explique Samuel Vergès. “On a vraiment l’impression qu’il y a une cassure, un effet exponentiel à partir de la Rinconada sur les effets sanitaires, qu’on atteint la limite de l’adaptabilité génétique et physiologique humaine.”

Tout comme les adultes, les enfants de 8-12 ans de la Rinconada ont déjà un sang rendu extrêmement visqueux par une concentration exceptionnellement élevée de globules rouges. “Au Tibet par exemple, la population compense le manque d’oxygène par une meilleure faculté à extraire l’oxygène”, raconte Samuel Vergès. Mais au Pérou, leur organisme a évolué dans une autre direction en multipliant les globules rouges, chargés de transporter l’oxygène dans le sang.

Au point que là où en plaine notre sang contient typiquement 40% de globules rouges, celui des adultes vivant à 4.000 mètres de haut atteignent les 57%… Et jusqu’à 85% à la Rinconada. Les valeurs les plus hautes du monde, qui forcent le corps humain dans ses retranchements. Les artères sont distendues, le cœur hypertrophié pour pomper un sang si épais qu’il bouche les machines des scientifiques. “Certains enfants de moins de 3 ans ont déjà un sang très visqueux et un cœur déformé par le travail supplémentaire. Entre 8 et 12 ans on voit des cœurs remodelés, plus épais avec des cavités dilatées”, rapporte Samuel Vergès. Ces observations, très inquiétantes si elles étaient faites en plaine, ne le sont pas forcément pour ces enfants. “C’est potentiellement une voie de développement nécessaire chez eux, mais on ne sait pas comment leur cœur va résister au fil des années”, s’inquiète le chercheur.

Une évolution inquiétante de la santé à l’âge adulte

Heureusement, les impacts de l’altitude sur la santé des enfants, bien que loin d’être négligeables, sont moins importants que les scientifiques l’avaient craint. “Les enfants sont scolarisés, font du sport, ils jouent au foot, ils ne semblent pas avoir de carence majeure”, résume Alexa Garros. Le gouvernement péruvien supplémente les enfants vivant en altitude en fer, nécessaires aux globules rouges pour transporter l’oxygène.

A première vue, les observations des chercheurs ne semblent pas en corroborer la nécessité, mais de futurs travaux permettront de confirmer ce résultat. D’autant que la viande est une source importante de fer très consommée par les habitants de la Rinconada. Leur apport en protéines est même très élevé, jusqu’à trois fois la quantité consommée en France. “Au-delà de l’hypoxie permanente, le problème de la précarité est majeur, tout autant important que l’altitude à laquelle ils vivent”, pointe Alexa Garros. Or, la précarité est un facteur connu pour son influence péjorative sur le développement des enfants.

Le développement futur de ces enfants à l’organisme fragilisé par leurs conditions de vie extrêmes pose également question à Alexa Garros. “A la Rinconada, nous avons observé de légers retards neuropsychologiques et des signes clairs d’hypoxie chronique grave.” Certains enfants de 8-12 ans présentaient un hippocratisme digital, ce défaut d’oxygénation qui se manifeste par des ongles épais et courbes.

“En France, on voit ça chez de vieux fumeurs ou dans des pathologies cardiaques ou pulmonaires graves”, précise-t-elle. “On peut s’inquiéter de l’évolution cardiaque à l’âge adulte de ces enfants avec hippocratisme digital, remodelage cardiaque et sang épais.” Des signes annonciateurs, sans doute, du mal chronique des montagnes dont souffrent 25% des adultes de la Rinconada. Parmi les symptômes figurent un essoufflement anormal, des palpitations, des maux de tête, des acouphènes ou encore un sommeil perturbé.

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