Africa-Press – Niger. Pendant que les hommes se battent nuit et jour sur le front pour garantir l’intégrité du pays, la sécurité des populations et de leurs biens, les épouses des agents des Forces de Défense et de Sécurité (FDS), de leur côté, mènent un double combat. Non seulement elles assurent le rôle des chefs de foyer en l’absence de leurs époux, mais s’investissent aussi depuis des années dans des activités économiques, notamment la transformation agroalimentaire, afin de renforcer leur autonomie financière. Elles imposent ainsi leur participation à la refondation et l’autosuffisance alimentaire prônée par les autorités du pays.
De Niamey à Diffa, de Gaya à Bilma, ces femmes mettent leur savoir-faire en exergue pour répondre à une clientèle de plus en plus exigeante. Elles mettent à la disposition des consommateurs une panoplie de produits alimentaires, cosmétiques, médicinaux et vestimentaires conçus et transformés localement. Présentes à la première édition de la foire de l’Alliance des Etats du Sahel, les épouses des agents des Forces de Défense et de Sécurité ont rehaussé l’éclat de celle-ci par des produits riches et divers.
Sous une tente qui leur a été dédiée, chacune, dans sa sphère de compétence, a présenté des produits variés qui attirent les clients. Parmi elles, Mme Ousseini Hadjara, présidente de l’association des épouses des FDS de Zinder, offre aux visiteurs à la foire le légendaire « Alkaki », un mets traditionnel connu pour son goût sucré, qu’elle vend à 500 FCFA, voire 1 000 F selon la demande et la quantité. Le seau est vendu à 3 000 F. Elle propose également du Garin Dan Wake (grains de niébé moulus et assaisonnés avec d’autres ingrédients), dans des sachets vendus à 500 F CFA l’unité ; du dan kamass à 500 F CFA ; du greba à 1 000 F CFA et du toukoudi à 5 000 F CFA. « Avec ce que nous faisons, nous arrivons à subvenir à nos besoins, surtout en l’absence de nos maris », a-t-elle dit.
À côté d’elle, se trouve Mme Bonkano Amina, elle aussi entrepreneure et membre de l’association des épouses des FDS de la région de Diffa, qui consacre son temps libre à la commercialisation et à la transformation agroalimentaire pour joindre les deux bouts. La région de Diffa est connue depuis toujours comme la région phare en matière de production d’encens. Les femmes font de la fabrication et de la vente de ce produit recherché un commerce rentable.
Mme Bonkano Amina le vend sur commande et au marché de Diffa ou pendant les foires, comme celle de l’AES. Selon elle, la qualité de l’encens et la quantité diffèrent, c’est pourquoi les prix ne sont pas les mêmes. À côté de l’encens, Mme Bonkano Amina vend des parfums, de la tomate séchée, du poisson fumé et des voiles de Diffa. « Nous participons aux foires pour faire ressortir le nom de Diffa et montrer ses potentialités. Dans ce commerce, nous disons Dieu merci ; bien qu’il n’y ait pas beaucoup d’argent, les gens achètent selon leur bourse », a-t-elle expliqué.
Elles transforment le mil et le sorgho en farine enrichie, l’arachide en huile et pâte d’arachide, les épices en poudre d’assaisonnement, les poissons séchés, des pâtes alimentaires transformées localement et bien d’autres articles. En valorisant les produits agroalimentaires, elles incarnent un modèle de résilience et d’autonomisation féminine, à l’exemple de Mme Halima Oumarou, une commerçante qui utilise son commerce pour subvenir à ses besoins, apporter assistance à la famille dans le besoin et aux enfants. Criquet, bassi, biscuits, pâte d’arachide, savon liquide, ce sont là des produits qu’elle commercialise et met à la disposition des clients pour augmenter son chiffre d’affaires. Située à quelques encablures des sapeurs-pompiers du nouveau marché, l’entrepreneure met sur le marché des biscuits à 1 500 F CFA, le bassi à 1 000 F CFA et le savon liquide à 1 000 F CFA.
Une association qui fait la fierté de ses membres
Réunies en association depuis 2020, la cohabitation entre elles est marquée par la solidarité et la discipline. Elles partagent leurs expériences, s’entraident et valorisent ensemble leur créativité. « Cette association nous apporte beaucoup de bienfaits. Non seulement elle nous réunit, mais nous avons cultivé l’amour du prochain, nous nous soutenons mutuellement et gagnons de l’argent en même temps grâce à ce que nous faisons. C’est un cadre qui permet à chacune d’entre nous d’apprendre et de donner en retour », a souligné fièrement Mme Halima Oumarou.
Elles partagent une même réalité, marquée par les absences fréquentes des conjoints, une instabilité géographique liée aux déplacements et aux affectations, et surtout une pression sociale. Face à cela, l’entrepreneuriat devient un soutien et un moyen de valoriser leurs compétences. Selon elle, après l’écoulement des produits, le bénéfice est mis dans la caisse et le fonds de départ est réutilisé pour produire un autre stock. « C’est ainsi que nous fonctionnons dans l’association. Nous ne rencontrons pas de difficultés, car nous sommes soudées ; on peut tout faire », a-t-elle dit.
Mme Chaibou Kadidja Modibo est une veuve FDS qui fait de la commercialisation des produits locaux son activité principale pour se nourrir et prendre soin de ses orphelins, bien que l’État les soutienne à 100 %. « Pour rendre l’utile à l’agréable, nous nous débrouillons aussi à notre manière pour gagner quelque chose, car les dépenses, surtout pour les enfants, n’en finissent pas. Je vends de la vaseline, des parfums, de la poudre, du savon, des feuilles de sauce. Les femmes veulent des produits moins chers, c’est pourquoi nous faisons de petites choses à moindre coût, ainsi que des biscuits pour que les enfants puissent en acheter. Nous sommes également dans la couture », a-t-elle ajouté.
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