Festival Kel Tamasheq : A la découverte du Tagazar, terre de culture et de la parenté à plaisanterie

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Festival Kel Tamasheq : A la découverte du Tagazar, terre de culture et de la parenté à plaisanterie
Festival Kel Tamasheq : A la découverte du Tagazar, terre de culture et de la parenté à plaisanterie

Africa-Press – Niger. Le festival Kel Tamasheq, tenu du 8 au 9 janvier derniers à Balleyara, a été une véritable vitrine du brassage culturel et social qui caractérise le canton de Tagazar, composé principalement des Touaregs qui ne parlent pas le Tamasheq. Il fallait ainsi ce festival pour renouer avec l’un des grands aspects de l’identité de la population que représente sa langue. Outre cette dernière, la population de Tagazar s’identifie à travers plusieurs symboles culturels de la grande communauté Touareg dans sa généralité, et particulièrement désormais à une 22ème croix au Niger, la croix de Tagazar présentée à l’occasion dudit festival. Loin de vouloir dissocier un peuple des autres communautés, l’insigne marque simplement l’histoire du canton, car comme le dit une grande figure panafricaine, «un peuple sans histoire est monde sans âme».

Dans l’histoire des Touaregs en général, les croix rappellent des moments ou souvenirs très importants. Au Niger on en compte 22, après celle de Tagazar. Selon M. Abdourahamane Mohamed, un homme de la culture connu pour son attachement aux grandes rencontres telles que la Cure Salée, le festival de l’air, rencontré au festival Kel Tamasheq, «la Croix d’Agadez est la mère de toutes ces croix». Celle-ci, faut-il le souligner, est considérée comme un monument, un symbole plutôt national que communautaire. Elle est d’ailleurs utilisée comme insigne par plusieurs corps de nos forces de défense et de sécurité (FDS). Au regard du symbole de sa croix, le chef de canton soutient que le Tagazar a été créé pacifiquement. «Ce n’est pas par la guerre que nous sommes venus nous installer. C’est par des négociations», déclare Amirou Alhassane Albadé. A l’en croire, les autorités coutumières de la région sont résolument engagées à préserver cette paix face à la menace sécuritaire.

Le Tagazar a particulièrement la chance d’être au carrefour des civilisations du Niger qu’est la région du Dallol Bosso. Il entretient d’étroites et fraternelles relations avec principalement ses voisins de part et d’autre. «Avec le département de Loga notamment, c’est une coexistence pacifique renforcée par le cousinage à plaisanterie qui règne depuis fort longtemps, entre la communauté touareg et celle des zarmas goubey», affirme l’honorable Amirou Alhassane Albadé.

Confortablement assis sous l’une des tentes nomades installées dans la cour du CES Balleyara, site du festival Kel Tamasheq, Abdourahamane Mohamed affirme que toutes les cultures du Niger sont riches. Mais connaissant naturellement mieux la sienne que celles des cousins, dit-il, il n’en tarit pas d’éloges. Ce jour-ci, première journée du festival, les hommes Touaregs sont presque tous habillés en grand boubou, bleu, blanc ou homogène, la tête enturbannée, le visage entaché par le tourkoudi, ils marchent sur des chaussures en cuir communément appelés balka. Certains portent en bandoulière le traditionnel sabre, d’autres tiennent en main de cravache. «Cela symbolise la bravoure, interpelle aux respects des règles de société contre les interdits et certaines pratiques», explique notre interlocuteur. Aujourd’hui, certains symboles culturels restent encore présents dans les habitudes mais souvent de manière banale ou inappropriée. C’est le cas du fameux tourkoudi, le turban de couleur violet-aubergine, brillant et délavé, que portent des adultes, des femmes et des sages, spécialement lors des cérémonies de réjouissance, qui a tendance à l’être partout et par tous. «Couramment nous portons tous surtout le turban blanc ou bleu, un peu léger», a-t-il indiqué.

Abdourahamane Mohamed souhaite que les communautés se complètent davantage, au Niger, par la cohésion sociale et la parenté à plaisanterie. La jeunesse de Tagazar devrait quant à elle s’intéresser à sa langue maternelle. «Dans d’autres communautés Touaregs du pays, le Tamasheq est parlé et écrit. Il y’a même des programmes à la radio dans cette langue», dit-il. Le festival Kel Tamasheq devrait alors servir de déclic pour cette jeunesse appelée à ne pas perdre de vue ses valeurs culturelles.

Le Tagazar dérivé du mot «Ighazar» qui signifie en langue Tamasheq «Pays de l’eau» est à la fois le nom de l’unique commune rurale du département de Balleyara et celui de l’un des plus vieux cantons du Niger qui existe depuis la période précoloniale. L’avènement de la colonisation dans le Dallol Bosso, à partir de 1901, a été suivi de la réorganisation de plusieurs cantons dont le Tagazar. Il est reconnu administrativement, depuis lors, dans sa position géographique limitée à l’Est par Loga, au Sud-Est par Dosso, au Sud par oygolo, au Sud-Ouest par le village Dan Tchandou, à l’Ouest par Simiri et au nord par le canton de TondiKandja. Le Tagazar fut fondé par un Touareg, Azahid, venu du nord. Il compte aujourd’hui 150 villages administratifs.

Ismaël Chékaré(Onep), Envoyé spécial

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