Expulsion par l’Algérie de migrants vers le Niger : Une « arête de poisson » dans la gorge du Niger !

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Migrants expulsés de force en Algérie
Migrants expulsés de force en Algérie

Rapporté par
Anouar Chennoufi

Africa-PressNiger. L’embarrassant dossier de l’expulsion des réfugiés des pays d’Afrique de l’Ouest, dont la plupart sont des nigériens, est revenu dernièrement sur le devant de la scène, après que l’Organisation internationale pour les migrations ait annoncé l’expulsion d’un grand nombre d’entre eux de l’Algérie vers le Niger, dès la réouverture des frontières terrestres, le 14 juillet dernier, entre le s deux pays.

En effet, les autorités algériennes auraient expulsé plus de 1.200 migrants des pays d’Afrique de l’Ouest vers le Niger, selon ladite organisation, sachant que son bureau au Niger avait déclaré « que le 18 juillet 2021, un convoi officiel de 515 Nigérians expulsés d’Algérie était, et que le 16 juillet, 752 autres migrants d’Afrique de l’Ouest étaient arrivés à pied à Asamaka, la ville (nigérienne) la plus proche de la frontière algérienne ».

Réaction des ONG

Migrants nigériens déportés dans le Sahara
Migrants nigériens déportés dans le Sahara

« Après leur périple dangereux et pénible », a ajouté le poste publié par l’OIM sur son compte Facebook, les migrants ont reçu « des articles non alimentaires (produits d’hygiène, couvertures…) grâce à un financement du ministère italien de l’Intérieur ».

De son côté, et dans le même contexte, l’organisation des Nations Unies a assuré que l’Algérie avait expulsé des dizaines de milliers de migrants irréguliers d’Afrique de l’Ouest et du Centre, depuis 2014. Certains de ces migrants tentaient de vivre et de s’installer en Algérie, mais un grand nombre d’entre eux cherchaient principalement à passer de là vers l’Europe.

A noter que les ONG algériennes et internationales ont longtemps critiqué les autorités algériennes pour leur traitement des migrants subsahariens, les laissant parfois sans eau ni nourriture au milieu du désert, tandis que l’Algérie a démenti régulièrement ces accusations, évoquant une « campagne malveillante ».

Rappelant que le mercredi 14 juillet 2021, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait décidé « la réouverture de la frontière terrestre entre l’Algérie et le Niger », après avoir été fermée pendant seize mois en raison de la pandémie de Covid, dans le but de faciliter les échanges entre les deux pays, alors qu’il recevait son homologue nigérien, Mohamed Bazoum.

Deux rapports sont revenus sur ces expulsions :

  • Un rapport sur les droits humains révélant que les autorités algériennes continuent d’expulser des migrants vers le Niger à travers le Sahara, et qu’entre 2019 et 2020, environ 600 migrants par semaine ont été renvoyés illégalement au Niger.
  • Un autre rapport émis par le Conseil national des droits de l’homme du Niger ayant annoncé, le lundi 31 mai de cette année, qu’au cours des années 2019 et 2020, les autorités algériennes ont expulsé environ 500 à 600 migrants chaque semaine vers le Niger.

Il importe de noter que le second rapport indique que ces opérations se déroulent généralement vers deux ou trois heures du matin, « au point zéro », à 15 kilomètres du village d’Asamaka situé en plein désert.

Droits humains

Migrants abandonnés dans le Sahara
Migrants abandonnés dans le Sahara

Par ailleurs, le Conseil national des droits de l’homme a reçu des plaintes concernant « de graves violations des droits de l’homme à l’encontre des migrants, notamment liées à des actes de torture commis dans la région d’Agadez ».

Ledit Conseil national des droits de l’homme a appelé le gouvernement nigérien, lors d’une session devant le Conseil national, à « clarifier les modalités de mise en œuvre de l’accord liant le Niger à l’Algérie à cet égard ». D’autant plus que l’année 2020 fût également été témoin d’événements dans les camps de transit et les centres de demandeurs d’asile, « qui ont conduit à des arrestations, des poursuites judiciaires et des condamnations ».

Il s’agit là d’une question qui a soulevé l’inquiétude de nombreuses ONG humanitaires, et des rapports se sont multipliés à plusieurs reprises prouvant que des violations ont effectivement eu lieu du côté algérien.

Haut Comité pour les Réfugiés

Selon le HCR au Niger, plus de 20 000 migrants ont été expulsés d’Algérie vers le Niger en 2020, et les autorités algériennes ont détenu 312 réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés auprès du HCR en Algérie, tandis que 164 réfugiés et demandeurs d’asile ont été expulsés vers des zones frontalières.

Human Rights Watch

Lauren Seibert, chercheuse sur les droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch, a déclaré : « L’Algérie a le droit de protéger ses frontières, mais elle ne peut pas détenir arbitrairement des migrants, y compris des enfants et des demandeurs d’asile, et les expulser collectivement sans aucune trace de procédure régulière. Avant d’agir, pour expulser quelqu’un, les autorités doivent vérifier individuellement son statut d’immigration ou d’asile et fournir des révisions judiciaires pour chaque individu.

HRW a souligné entre-autres que « alors que les Africains subsahariens constituent le plus grand nombre de personnes expulsées en masse par les autorités algériennes vers la frontière nigérienne, certains ressortissants non africains ont été expulsés de la même manière, notamment des demandeurs d’asile yéménites, syriens et palestiniens ».

Médecins Sans Frontières

En outre, dans la même optique, l’ONG Médecins Sans Frontières » a indiqué que le processus de laisser les migrants dans le désert se déroule « souvent au milieu de la nuit ». L’organisation a expliqué que le processus commence par l’arrestation des migrants, avant d’être emmenés dans des centres de détention pendant quelques jours ou quelques semaines, avant de les embarquer dans des bus et emmenés dans le désert.

Depuis le début de l’année en cours et jusqu’en avril dernier, les forces de sécurité algériennes auraient transféré plus de 4.000 migrants à la frontière nigérienne, dont des enfants et des femmes d’au moins 20 nationalités, les abandonnant au milieu du désert.

Human Rights Watch a déclaré également, dans un communiqué, que : « Les forces de sécurité ont séparé les enfants de leurs familles lors d’arrestations massives, et ont privé les migrants et les demandeurs d’asile de leurs biens, et ne leur ont pas permis de contester leur décision d’expulsion ou d’examiner leur statut de réfugié ».

L’organisation note que depuis début septembre dernier, l’Algérie aurait expulsé plus de 3.400 migrants d’au moins 20 nationalités vers le Niger, dont 430 enfants et 240 femmes, selon les organisations humanitaires au Niger. Ainsi, le nombre de personnes expulsées sommairement vers le Niger aurait dépassé, cette année, les 16.000 personnes, dont un peu plus de la moitié sont des citoyens nigériens.

Ministère de l’Intérieur algérien

Drapeau national de l’Algérie
Drapeau national de l’Algérie

Il importe de relever que, le 1er octobre 2021, le ministre algérien de l’Intérieur a annoncé une nouvelle opération de lutte contre « l’immigration illégale », soulignant qu’elle respecte les droits humains, sachant que deux jours après, l’Algérie a expulsé 705 adultes et enfants de 18 nationalités vers le Sahara, après quoi elle a renvoyé de force 957 ressortissants nigériens dans un convoi, le 5 octobre, et 660 personnes de 17 nationalités expulsées vers le Sahara le 8 octobre, selon l’aide aux travailleurs au Niger.

Ce n’est donc pas la première fois que des organisations tirent la sonnette d’alarme :

  • en 2018, l’Algérie a expulsé environ 25 000 migrants vers le Niger,
  • et 25 000 autres en 2019, selon les agences des Nations Unies et les organisations à but non lucratif.

Il importe également de rappeler, qu’en tant que partie prenante des conventions de l’ONU et des réfugiés africains, et de la Convention contre la torture, l’Algérie reste liée par le principe de non-refoulement, qui interdit le renvoi de quiconque vers des pays où il risquerait la torture, le danger ou la mort.

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