Approvisionnement Du Carburant À Arlit: Rumeurs Et Riposte

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Approvisionnement Du Carburant À Arlit: Rumeurs Et Riposte
Approvisionnement Du Carburant À Arlit: Rumeurs Et Riposte

Africa-Press – Niger. Depuis quelques semaines, la question du carburant à Arlit, ville du nord du Niger, située à environ 1 120 km de Niamey, suscite des débats auprès des utilisateurs de l’essence Super, dans les cercles de causeries, surtout sur les réseaux sociaux. Pénurie annoncée, accusations contre les autorités, flambée des prix sur le marché noir, sont, entre autres, les questions évoquées. Cette situation a fait l’objet d’un reportage réalisé dans la ville d’Arlit, par notre reporter du 1er au 4 février 2026. À travers des échanges avec certains acteurs clés de la chaîne d’approvisionnement, du contrôle et de la vente, enquête sur l’implication de certains conducteurs ou propriétaires de taxi-motos et tricycles dans le circuit de la revente ambulante, ce reportage éclaire sur une réalité bien différente de tout ce qui se raconte et se dit sur les réseaux sociaux.

Le ravitaillement régulier de la ville d’Arlit en carburant n’a jamais manqué malgré le mauvais état de la route Agadez-Arlit qui impacte durement la circulation des véhicules, gros porteurs (les camions citernes). Le carburant (l’essence Super) est vendu dans les stations-service au prix officiel de 499 FCFA le litre. Ce sont les circuits de revente ambulante qui imposent des prix allant jusqu’à 3 000 F CFA le litre. Cela, dans un contexte où les autorités renforcent les contrôles pour la sécurité d’une part et, de l’autre, pour protéger la population et l’ordre public. Qu’est ce qui peut expliquer le problème qui se pose et comment les revendeurs ambulants se ravitaillent-t-ils? Quelles sont les mesures prises par les autorités pour faire face à la situation?

L’impact de la désinformation sur la situation

En observant les files d’attente au niveau des stations-services, quelqu’un de passage ou qui ne connaît pas la réalité peut croire à une confirmation de tout le narratif sur les réseaux sociaux. Mais, cette prétendue pénurie est plutôt une situation sciemment créée. Les usagers des réseaux sociaux ont joué un rôle central dans cette situation en contribuant à l’amplification des témoignages isolés, en relayant des informations non vérifiées et en diffusant des interprétations erronées. Ils transforment ainsi une fraude localisée en une crise perçue comme généralisée.

« La polémique autour de la question est d’abord née sur les réseaux sociaux. Des messages vocaux ont été partagés dans des groupes WhatsApp, des publications virales contre les autorités administratives sont diffusées sur tous les réseaux, des vidéos courtes et commentaires alarmistes diffusés ont construit un récit d’une ville en rupture d’approvisionnement, livrée à la pénurie et à la flambée incontrôlée des prix, sans se poser la question de savoir d’où vient le carburant vendu sur le marché noir à des prix exorbitants », souligne un acteur clé du secteur. « Les stations-service sont approvisionnées, les circuits officiels de ravitaillement fonctionnent normalement, et le prix réglementaire de 499 F CFA le litre de l’essence Super est appliqué à la pompe. L’essence est vendue au même prix que partout ailleurs au Niger, soit 499 F CFA le litre. Aucune décision administrative n’a autorisé une augmentation des prix. Nous le vendons au prix normal. Le problème est en dehors de la pompe », explique le gérant d’une station, tout en évoquant l’état de la route comme une des principales causes du retard dans l’approvisionnement.

Les vérifications effectuées révèlent qu’entre le 1er et le 4 février 2026, Arlit a reçu 199 500 litres. Mais dès les jours suivants, il n’y a plus de carburant dans les stations-services. Étonnant ! Où est passée toute cette importante quantité de carburant? Il y a certainement et sûrement quelque chose qui ne va pas du tout.

Stabilité à la pompe, spéculation dans la rue

Le cœur du problème ne se situe donc pas dans les stations-services, le circuit normal, mais dans la rue, parce que il n’y a aucune mesure qui limite le ravitaillement autant de fois par jour surtout pour les taxis motos, notamment les tricycles. Les investigations ont révélé que des individus s’approvisionnent légalement à la pompe, au même prix que tous les citoyens, avant de reverser leur réservoir, clandestinement, dans des bidons, bouteilles et réservoirs de fortune pour revendre illégalement l’essence à des prix multipliés par trois, quatre ou six, atteignant 1 500, 2 000, voire 3 000 F CFA le litre. « Face à cette situation, la peur nourrit la spéculation », explique un agent de sécurité, interrogé sur sa compréhension de la situation.

Et c’est ce que certaines personnes mal intentionnées ou mal informées saisissent pour se jeter sur les réseaux sociaux et annoncer une pénurie. Pour les autorités, il y a lieu de prendre des mesures de contrôle parce que la situation fait croire à une pénurie, provoque une hausse artificielle des prix, fragilise les populations, et nourrit la désinformation.

Dès leur entrée dans la ville d’Arlit, les citernes sont suivies immédiatement par un cortège de tricycles appelés communément « A DAYDAYTA » qui forment une impressionnante ligne d’attente autour de la station. Le réservoir de ce type de moyen de transport est de 8 litres. « Le plein me fait un peu moins de 48 heures, mais, s’il y a beaucoup de course, ça fait juste 24 heures (…) tu sais parmi nous, beauc,oup ne sont pas en règle. Peut-être ils sont plus nombreux que nous, donc la plupart des accusations sur certains comportements des conducteurs de tricycles, concernent ceux qui ne sont pas en règle. Notre syndicat ne fait rien pour les amener à se conformer (…) bon, ce n’est vraiment pas mon problème. Ma préoccupation, c’est de me réveiller et chercher des clients pour des courses afin de gagner ma vie et, depuis plus de 2 ans je n’ai jamais manqué aux règles. J’ai mes papiers au complet », confie un conducteur de tricycle.

Certains conducteurs de A DAYDAYTA refusent catégoriquement de parler de ce sujet. « Monsieur, je pense que toutes les voies qui te permettent d’avoir de l’argent et subvenir à tes besoins et à ceux de tes parents, sont légales, si ce n’est pas du terrorisme et du vol », dit un autre conducteur, ignorant que la pratique en question est une autre forme de delit. Il ressort dès lors un besoin d’éducation, de communication et d’information pour sensibiliser et conscientiser cette catégorie d’acteurs.

Sécurité, contrôle et régulation

Face à cette situation, les autorités locales ont engagé une riposte structurée. Le préfet du Département d’Arlit, le Lieutenant-colonel Almoustapha Ousmane, a publiquement dénoncé les pratiques frauduleuses, notamment celles impliquant certains conducteurs de tricycles, de taxis-motos et de transporteurs. Dans le point de presse qu’il a animé sur la question, le préfet du Département d’Arlit a rappelé que l’approvisionnement pour la consommation domestique n’a jamais été interdit, mais que sont strictement interdits: le double plein des véhicules, l’achat en bidons, le stockage non autorisé et la revente illicite. « Pour les transporteurs à destination de Tchibarkatane, il y a une autorisation spéciale qui leur permet de faire le plein et avoir des réserves pour leur retour ; ce qui est normal. Cela n’a jamais été un problème. Le besoin pour ces transporteurs est de 400 litres mais nous n’autorisons que 350 litres et, par jour, nous n’avons jamais dépassé 30 autorisations. Donc, contrairement à ce que les gens racontent, voilà la vérité. Nous autorisons l’approvisionnement que nous pouvons contrôler pour éviter que notre carburant serve les terroristes. Voilà la vraie question que les gens refusent de comprendre. Même cette restructuration sur le nombre des autorisations, c’est pour des raison de sécurité. Et c’est pour cette raison principale que nous n’avons pas voulu répondre à toutes les invectives, mais comme vous avez insisté, voilà ce qui se », a déclaré le préfet face à la presse locale.

En effet, pour des raison de sécurité, un dispositif de contrôle renforcé a été mis en place pour contrôler les quantités achetées, identifier les acheteurs suspects, connaître la destination du carburant, démanteler les réseaux de fraude, protéger l’approvisionnement normal. Des opérations ont déjà permis de saisir des stocks clandestins et d’identifier des réseaux de revente parallèle.

« Ce contrôle n’est pas contre la population, il est pour la population. Il s’agit de bloquer la spéculation, pas l’accès au carburant. La crise n’est donc pas une crise d’approvisionnement, mais une crise créée par des individus qui cherchent à s’enrichir sur le dos de la population, en exploitant la peur, les rumeurs et la désinformation. C’est cela que nous voulons faire connaître à la population pour qu’elle collabore avec les force de sécurité afin de mettre fin à cette pratique », explique le préfet. Ainsi, a-t-il indiqué, le jeudi 5 février, Arlit a reçu 170 000 litres, mais le vendredi soir, on apprend qu’il n’ y a plus de carburant. Le weekend, samedi et dimanche, ce sont 100 000 litres enregistrés, mais le lundi déjà, il n’y a plus de carburant. « Tant que la question de contrôle sur les tricycles n’est pas réglée, ça sera difficile, parce qu’ils sont les plus nombreux et réguliers dans les lignes au niveau de toutes les stations. C’est pourquoi, nous avons demandé à la Mairie de prendre ses responsabilités pour enregistrer ces moyens de transports. Nous envisageons également des mesures supplémentaires comme dans d’autres localités du pays, l’installation des caméras de surveillance au niveau des stations-services », a annoncé le préfet, précisant que les FDS sont fortement mobilisées pour mettre de l’ordre.

Les tricycles au cœur des accusations

Dans cette affaire, les tricycles figurent parmi les principaux moyens de transport mis en cause dans la fraude, notamment pour le transport, le stockage et la redistribution illicite du carburant. Les autorités relèvent par ailleurs que de nombreux engins et conducteurs ne sont pas en règle, tant sur le plan administratif que sécuritaire. Face à cette situation, le préfet d’Arlit a engagé plusieurs rencontres de concertation avec les acteurs du secteur, notamment les syndicats des transporteurs, des taxis motos et des conducteurs de tricycles, afin de privilégier la sensibilisation, le dialogue et la responsabilisation collective.

A l’issue de la dernière réunion tenue avec le syndicat des transporteurs, taxis motos et tricycles, au mois de janvier 2026, les autorités ont pris une décision claire: « Tous les acteurs non en règle sont appelés à se conformer strictement à la réglementation en vigueur avant le mois de mars 2026. Un délai de trois mois leur a été accordé, à compter de janvier 2026, pour régulariser leur situation notamment pour le dédouanement et autres pièces nécessaires à leur activité ».

Le préfet a souligné que cette démarche s’inscrit dans une stratégie progressive visant à sensibiliser, prévenir, réguler le secteur. Il a réaffirmé que l’objectif n’est pas de pénaliser ceux qui sont en règle, mais de mettre fin aux pratiques illicites, de démanteler les circuits parallèles, de sécuriser l’approvisionnement, et de restaurer l’ordre public. Au-delà du carburant, cette affaire révèle un enjeu structurel. Il s’agit de la nécessité de l’assainissement du secteur du transport urbain, la lutte contre l’économie informelle, et la restauration de l’autorité de l’État.

En effet, la fraude du carburant apparaît comme le symptôme d’un désordre plus large que les autorités entendent corriger par une action coordonnée, durable et progressive, fondée sur la sécurité, le respect de la loi et l’intérêt général.

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